Des clous dans la tête

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Des clous dans la tête

Message par FRançoise GRDR le Sam 1 Déc 2018 - 18:56

Voilà, je poste Smile
J'espère que ce texte vous parlera et ne sera pas hors-sujet.

14222 signes
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Des clous dans la tête

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Texte en spoiler
Spoiler:

00.42
Tristan, avachi depuis plusieurs heures devant son ordi, terminait un compte-rendu important que son « boss » attendait pour le lendemain. La conclusion manquait, il y réfléchissait quand l’écran s’éteignit brusquement. Il tripota sur plusieurs touches, « entrée », ensuite « Windows + Ctrl + maj + B », « Echap ». Il essaya de l’éteindre puis de le redémarrer manuellement. Cette fichue machine ne voulait rien savoir !
Comme le témoin vert d’alimentation continuait de briller et que la lampe de son bureau envoyait toujours de la lumière, il en conclut que le courant électrique fonctionnait encore.
Par acquit de conscience, il vérifia le câble d’alimentation reliant son appareil à la prise électrique. En place, il rechargeait la batterie d’une manière automatique. Le trentenaire ne détecta pas d’anomalie de ce côté-là.
Il chercha des solutions sur internet en se servant de son téléphone portable. Cependant, ce qu’il trouva n’allait pas car il n’avait pas la main sur sa machine.
— Pourquoi tu ne t’allumes pas !? Allez…
Après avoir improvisé, car il ne possédait aucune notion sérieuse en informatique, il passa par plusieurs degrés d’agacement. Plutôt calme au début, il se mit à insulter cet outil technologique dont il ne pouvait plus se passer. Pour finir, il aurait pu étrangler la première personne qui se matérialiserait à côté de lui. Heureusement que sa femme dormait depuis un moment. Il l’enviait : elle pouvait s’allonger et à la minute ronfler sans retenue.
Son énervement prit fin faute de combattants. Au bout du rouleau, il se résigna à remettre au lendemain la pénible tâche d’écrire le dernier paragraphe de ce pensum débile. Il devrait se lever aux aurores, ce qu’il détestait par-dessus tout. En plus des gens. Inapte à la vie en société, il donnait le change. Beaucoup voyaient en lui un leader et un orateur hors pair. Certes, mais cette impression lui coûtait beaucoup d’efforts. Il s’infligeait une torture de tous les instants afin de paraître détendu en face de ses supérieurs ou simples collègues. En fait, il détestait la compagnie de ses semblables. Était-il maso ? Pourquoi agissait-il ainsi, à l’inverse de ce que sa nature profonde lui indiquait ? Il n’en savait rien et à ce moment crucial, il s’en fichait. Un seul problème le maintenait à peu près éveillé : que ce foutu ordinateur affiche la page de son document Word.
Pourtant, au lieu d’agir, Tristan fixait l’écran de ténèbres sans bouger. Était-ce la fatigue qui, insidieuse, le prenait en traître et le transformait en poisson mort ? Lorsqu’il prit conscience d’un rayonnement anormal au-dessus de sa tête, il émergea de sa torpeur presque mécaniquement et tendit le cou. La lampe brillait avec intensité, plus que d’habitude. Elle voulait jouer les super-stars ou quoi ? Et que je te projette des étincelles en ondulant à la manière d’une boule de dancing. Quel contraste avec l’étendue d’un noir absolu qu’il se remit à fixer, comme hypnotisé !
Celle-ci semblait absorber les faisceaux lumineux car bientôt l’obscurité régna en maîtresse totale. La lampe émit un filet blanchâtre, puis fit la morte. Luttant contre le sommeil, Tristan sentit un courant d’air glacial. Il s’enroulait autour de son crâne. D’où venait-il ? Non content de le faire frissonner, le souffle se mit à l’agripper. Des doigts aériens tiraient ses vêtements. Une force étonnante émanait de cette chose qui le soulevait, telle une brindille de paille. Le plafonnier s’étant rallumé, il se vit projeté contre l’écran éteint. Sa surface devenant souple, il y pénétra sans problème et atterrit au milieu d’un espace sombre parsemé de poussières filandreuses.

Au début, il avança de quelques pas, les bras à l’horizontale. Ne distinguant rien et marchant à l’aveugle, il ne rencontrait que le vide et surtout un silence rare. Cela lui rappela les quelques fois où, pendant ses jours de vacances, il avait effectué des descentes en plongée sous-marine. Confronté à l’absence de bruit, il s’était senti perdu. Pas toujours. Parfois des sons étranges résonnaient en profondeur. Il essaya de se concentrer, mais il ne percevait que sa respiration et les battements de son cœur. Vivait-il une expérience réelle ou se trouvait-il dans un rêve ? Il se rappela avoir lu des articles au sujet de la chambre anéchoïque, utilisée par la NASA afin d’entraîner les astronautes amenés à évoluer avec le vide sidéral. Il y règne un silence de mort, qui peut rendre fou.
Son exploration lui faisait aussi penser à un morceau de John Cage, intitulé 4 ‘33’’ où il ne se passe rien à part l’ouverture du couvercle d’un piano au début de la pièce et sa fermeture à la fin par le musicien chargé de mettre en scène cette performance.
Il entendit un bruit de porte au loin. Très ténu. Il avançait doucement quand ses mains frôlèrent une surface granuleuse. Était-ce de la pierre, du béton ? Le contact froid ne lui apporta pas de précision sur la matière de cet élément. Mais il appréciait de rencontrer enfin quelque chose ! Il longea ce qui ressemblait à un mur. Toujours sans rien voir, il continua pendant longtemps, se demandant où il arriverait. Peut-être traversait-il une grande salle, ses pas retentissant à l’infini. Tout à ses pensées, il faillit se cogner en approchant de trop près une autre paroi. Il se rétablit en posant fermement ses paumes devant lui. Une sensation glacée traversa son corps, et tout à coup il se rendit compte de la température désagréable qui régnait à l’intérieur de l’espace qu’il arpentait. Peut-être que la situation insolite l’avait trop accaparé pour ressentir quoi que ce soit, ou bien faisait-il de plus en plus froid ?
Un nouvel obstacle fermait sa route à angle droit. Il tourna les talons à l’opposé de cette direction. Soudain, des douleurs déchirèrent le bas de son dos et ses mollets. Il souffrait aussi de pincements à l’estomac, comme s’il n’avait pas mangé suffisamment depuis des jours, ou alors étaient-ce des nausées dues à une maladie ? Une soif terrible remontait de sa bouche à son cerveau, si bien qu’il marchait tel un automate, l’esprit torturé par de basses considérations corporelles.
Il arriva au bout de cette interminable séparation pour en trouver une autre à l’identique. Il ne pouvait se repérer qu’au toucher car aucune lumière ne franchissait les limites de sa prison. En faisant glisser ses mains sur une portion de ce mur, il pouvait toucher le sol, qui ressemblait à de la terre battue. Mais il n’atteignait pas l’extrémité haute.
Tristan poursuivit et revint sur ses pas. Au milieu du chemin, il se cogna contre ce qu’il supposait être une table. Un plateau de bois assez lisse surmonté de quatre cylindres. En le palpant, ses doigts rencontrèrent ce qui ressemblait à des cagettes emplies de pommes. L’odeur de fruits trop mûrs arriva sans prévenir. Puis ses pieds, chaussés de savates, butèrent devant une sorte de tonneau. Des bouffées malodorantes de vin, de pommes de terre pourries, d’humidité lui ôtèrent l’idée d’ingurgiter quelque chose.
Sa tête tournait et il s’écroula sur le sol. Des images mentales d’une pâte se répandant autour de lui s’accrochaient à son esprit perturbé. La bouillie épaisse d’une couleur verdâtre paraissait grossir et vouloir s’approcher de sa bouche.
Le fumet qui s’en dégageait n’avait rien d’appétissant.
Mange sinon tu seras puni !
Non, il refusait d’avaler ÇA ! De plus, derrière ses yeux clos, il visionnait la descente d’êtres minuscules gesticulant avant de plonger à l’intérieur de l’abominable purée. Ceux-ci, de couleur rose pâle et complètement nus, tombaient du plafond et ressemblaient à de jeunes enfants. Ils se débattaient avant de disparaître sous la couche de nourriture brûlante.
Avale, sale gosse !
Tristan se sentait pincer les lèvres lorsque la cuillère s’approchait de son visage. Elle contenait sûrement des morceaux de chairs, provenant des petits humains sacrifiés. Il n’en voulait pas, malgré la faim qui lui vrillait l’estomac. Imaginer qu’il croquerait un œil ou un doigt lui donnait la nausée. Et s’ils vivaient encore ?
Pitié, je ne veux pas !
Ne recrache pas ou je t’en colle une !
Un faisceau lumineux inonda l’espace un court instant. L’égaré ne savait plus très bien s’il dormait ou était éveillé. Il voulut attraper le joli rayon doré afin de le garder aussi longtemps que possible. Tout ce qu’il gagna, après que la nuit eut repris ses droits, fut de sursauter car des objets roulèrent autour de lui en produisant un vacarme infernal. Suivi de cris affreux. On hurlait. Était-ce après lui ? Il ne comprenait rien.
Arpentant le sol et tâtonnant, il trouva un seau renversé, un gobelet cabossé, un vieux cartable de cuir, des cahiers, crayons, stylos, boîtes de conserves éparpillés… chaises cassées… patins à roulettes, poussette de bébé… Il découvrit un quignon de pain rassis qu’il dévora ainsi qu’une gamelle emplie d’un liquide tiède. Il la porta à sa bouche et en but quelques gorgées.
Les murs rétrécissaient, il l’aurait juré. Il respirait leur présence minérale et détestable, gorgée de pourriture suintante. Voulant en avoir le cœur net, il reprit sa déambulation de cloporte. En parcourant l’endroit tendu d’un voile opaque, il se souvint y être enfermé depuis plusieurs jours, quoique le mot « nuit » serait plus approprié. La noirceur permanente l’empêchait de se repérer. Depuis quand moisissait-il ici ? Le commercial cogitait ; il n’en pouvait plus, il devait sortir de là. Son ventre le torturait. Il grelottait. La situation oppressante le poussa à sillonner sa prison en long et en large . Oui, il mettait nettement moins de temps à rejoindre deux murs opposés en partant de n’importe quel angle. Il devait faire attention car il rencontrait de nombreux obstacles qui gênaient sa progression.
Le promeneur affaibli se rappela avoir touché ce qui ressemblait à un renfoncement et une porte. Il se mit en quête de les retrouver en parcourant de nombreuses fois le tour de sa prison. Une éternité après, ses mains reconnurent le panneau de bois. Il ne possédait pas de poignée. Impossible de le bouger. Certainement qu’un loquet, de l’autre côté, bloquait son ouverture. Il tapa avec frénésie, pourtant il ne réussit qu’à s’écorcher les doigts à cause de la surface mal dégrossie. Une écharde se planta dans sa main. Il mit toute sa patience à essayer de l’enlever. En vain.
Anéanti, il s’allongea sur une paillasse qu’il avait trouvée. Un museau vint flairer sa main, ce qui le fit tressaillir à son approche. Malgré l’immense fatigue qu’il ressentait, le sommeil l’ignorait et il ouvrit ses paupières afin de découvrir à qui appartenaient les moustaches qui le chatouillaient…
Sa vision aurait dû s’habituer à l’absence de clarté, toutefois elle continuait à lui fausser compagnie. Devenait-il non-voyant ? Rester là, dans cet état de handicap, revenait à être enterré vivant ! La terre le mangeait et personne ne s’en inquiétait.
Chancelant, Tristan se leva et franchit une courte distance. Le mur à sa droite lui barra la route. Il ne se souvenait pas qu’il fût si près de lui. Même chose à sa gauche et devant sa carcasse. Il étouffait. Un air puant emplissait ses narines. En tendant ses bras au-dessus de sa tête, il rencontra une matière granuleuse s’effritant sous ses doigts. Est-ce qu’il était tombé dans un piège, un passage secret d’où il ne pourrait jamais ressortir ?
Les jambes flageolantes, il tituba et se retrouva à genoux. Il imaginait que le sol se dérobait, qu’un précipice le happerait.
Le prisonnier, pris d’une terreur soudaine, se mit à hurler : « Venez me chercher ! Au secours ! » L’écho de sa propre voix le surprit. Elle se brisait contre les murs, si faible et vacillante, à l’opposé de celle qu’il utilisait pendant ses conférences. Il lui semblait qu’un enfant pleurait au fond des ténèbres et que c’était lui. Le petit articulait mal chacun de ses appels à l’aide. Lui se servit de son ouïe afin de le repérer. Il voulait bercer ce petit être sans défense, avide d’amour. Il crut avoir réussi lorsqu’il ne perçut plus aucun bruit. Ses yeux inutiles s’emplirent de larmes chaudes et se mêlèrent aux gémissements de son double du passé. Il resta prostré, attendant une éventuelle réponse à son malheur.
Elle arriva sous forme d’onomatopées incompréhensibles se cognant de l’autre côté de son cachot dont les parois le comprimaient. Celles-ci s’enfonçaient dans sa chair, le faisant grimacer de douleur.
Va chercher le gamin il va comprendre qu’il doit se taire !
Des coups s’abattirent sur son dos tandis que des bras l’agrippaient et le sortaient de cet exil forcé. Un autre enfer se profilait qui avait les yeux injectés de sang et une poigne de brute. Il s’évanouit de panique ou de malnutrition, ou bien à cause des violences qu’il endurait depuis longtemps. De tout à la fois.
Tu vas écouter, sale mioche, ou bien tu vas pourrir à la cave !

Des tentacules humides l’emportèrent et le jetèrent contre un miroir scintillant qui éclata de mille bulles veloutées. Elles l’emprisonnèrent et le déposèrent sur le cuir noir d’un siège de bureau.
De longs cheveux vinrent lui chatouiller le visage. Il souleva ses paupières pesant des tonnes.
« De mieux en mieux ! Tu dors devant l’ordi, maintenant ? Je te signale qu’il est 6 h du mat et que je pars bosser. J’ai une réunion à 7 h. On se retrouve à la cantine ? »
Tristan regarda sa compagne lui envoyer un baiser en quittant la pièce de son cauchemar. Qu’avait-il vécu cette nuit-là ? Son cerveau refusa de faire la lumière sur ce qu’il ressentait. Un trou noir, voilà de quoi il se souvenait, et une immense envie de sangloter lui noua la gorge. Pourtant, il ravala ses larmes et tenta de redémarrer sa machine. Elle lui obéit enfin en affichant les tuiles habituelles. Il retrouva son document intact, écrivit sa conclusion. Le commercial poussa un soupir de soulagement en mettant le point final.
Il ne lui restait plus qu’à imprimer l’ensemble, ce qu’il fit aussitôt. Soulagé, il put éteindre l’appareil, boire un bol de café pour faire bonne figure à la boîte de com… Il n’affichait pas une super forme. Alors, le jeune loup allait devoir redoubler d’efforts afin d’impressionner ses collaborateurs et clients. Les manipuler devenait une question de survie.

FIN




Dernière édition par FRançoise GRDR le Mar 4 Déc 2018 - 0:27, édité 3 fois


Françoise Grenier Droesch
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Re: Des clous dans la tête

Message par Murphy Myers le Sam 1 Déc 2018 - 19:01

Le lien marche pas de mon côté :/


NOUVEAU : L'ombre

"Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher." Baudelaire, Chacun sa chimère
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Re: Des clous dans la tête

Message par FRançoise GRDR le Sam 1 Déc 2018 - 19:04

Zut ! Je l'ai testé et il fonctionnait de mon côté Rolling Eyes

Bon, je mets en spoiler

Des clous dans la tête :

00.42
Tristan, avachi depuis plusieurs heures devant son ordi, terminait un compte-rendu important que son « boss » attendait pour le lendemain. La conclusion manquait, il y réfléchissait quand l’écran s’éteignit brusquement. Il tripota sur plusieurs touches, « entrée », ensuite « Windows + Ctrl + maj + B », « Echap ». Il essaya de l’éteindre puis de le redémarrer manuellement. Cette fichue machine ne voulait rien savoir !
Comme le témoin vert d’alimentation continuait de briller et que la lampe de son bureau envoyait toujours de la lumière, il en conclut que le courant électrique fonctionnait encore.
Par acquit de conscience, il vérifia le câble d’alimentation reliant son appareil à la prise électrique. En place, il rechargeait la batterie d’une manière automatique. Le trentenaire ne détecta pas d’anomalie de ce côté-là.
Il chercha des solutions sur internet en se servant de son téléphone portable. Cependant, ce qu’il trouva n’allait pas car il n’avait pas la main sur sa machine.
— Pourquoi tu ne t’allumes pas !? Allez…
Après avoir improvisé, car il ne possédait aucune notion sérieuse en informatique, il passa par plusieurs degrés d’agacement. Plutôt calme au début, il se mit à insulter cet outil technologique dont il ne pouvait plus se passer. Pour finir, il aurait pu étrangler la première personne qui se matérialiserait à côté de lui. Heureusement que sa femme dormait depuis un moment. Il l’enviait : elle pouvait s’allonger et à la minute ronfler sans retenue.
Son énervement prit fin faute de combattants. Au bout du rouleau, il se résigna à remettre au lendemain la pénible tâche d’écrire le dernier paragraphe de ce pensum débile. Il devrait se lever aux aurores, ce qu’il détestait par-dessus tout. En plus des gens. Inapte à la vie en société, il donnait le change. Beaucoup voyaient en lui un leader et un orateur hors pair. Certes, mais cette impression lui coûtait beaucoup d’efforts. Il s’infligeait une torture de tous les instants afin de paraître détendu en face de ses supérieurs ou simples collègues. En fait, il détestait la compagnie de ses semblables. Était-il maso ? Pourquoi agissait-il ainsi, à l’inverse de ce que sa nature profonde lui indiquait ? Il n’en savait rien et à ce moment crucial, il s’en fichait. Un seul problème le maintenait à peu près éveillé : que ce foutu ordinateur affiche la page de son document Word.
Pourtant, au lieu d’agir, Tristan fixait l’écran de ténèbres sans bouger. Était-ce la fatigue qui, insidieuse, le prenait en traître et le transformait en poisson mort ? Lorsqu’il prit conscience d’un rayonnement anormal au-dessus de sa tête, il émergea de sa torpeur presque mécaniquement et tendit le cou. La lampe brillait avec intensité, plus que d’habitude. Elle voulait jouer les super-stars ou quoi ?  Et que je te projette des étincelles en ondulant à la manière d’une boule de dancing. Quel contraste avec l’étendue d’un noir absolu qu’il se remit à fixer, comme hypnotisé !
Celle-ci semblait absorber les faisceaux lumineux car bientôt l’obscurité régna en maîtresse totale. La lampe émit un filet blanchâtre, puis fit la morte. Luttant contre le sommeil, Tristan sentit un courant d’air glacial. Il s’enroulait autour de son crâne. D’où venait-il ? Non content de le faire frissonner, le souffle se mit à l’agripper. Des doigts aériens tiraient ses vêtements. Une force étonnante émanait de cette chose qui le soulevait, telle une brindille de paille.  Le plafonnier s’étant rallumé, il se vit projeté contre l’écran éteint. Sa surface devenant souple, il y pénétra sans problème et atterrit au milieu d’un espace sombre parsemé de poussières filandreuses.  

Au début, il avança de quelques pas, les bras à l’horizontale. Ne distinguant rien et marchant à l’aveugle, il ne rencontrait que le vide et surtout un silence rare. Cela lui rappela les quelques fois où, pendant ses jours de vacances, il avait effectué des descentes en plongée sous-marine. Confronté à l’absence de bruit, il s’était senti perdu. Pas toujours. Parfois des sons étranges résonnaient en profondeur. Il essaya de se concentrer, mais il ne percevait que sa respiration et les battements de son cœur. Vivait-il une expérience réelle ou se trouvait-il dans un rêve ? Il se rappela avoir lu des articles au sujet de la chambre anéchoïque, utilisée par la NASA afin d’entraîner les astronautes amenés à évoluer avec le vide sidéral. Il y règne un silence de mort, qui peut rendre fou.
Son exploration lui faisait aussi penser à un morceau de John Cage, intitulé 4 ‘33’’ où il ne se passe rien à part l’ouverture du couvercle d’un piano au début de la pièce et sa fermeture à la fin par le musicien chargé de mettre en scène cette performance.
Il entendit un bruit de porte au loin. Très ténu. Il avançait doucement quand ses mains frôlèrent une surface granuleuse. Était-ce de la pierre, du béton ? Le contact froid ne lui apporta pas de précision sur la matière de cet élément. Mais il appréciait de rencontrer enfin quelque chose ! Il longea ce qui ressemblait à un mur. Toujours sans rien voir, il continua pendant longtemps, se demandant où il arriverait. Peut-être traversait-il une grande salle, ses pas retentissant à l’infini. Tout à ses pensées, il faillit se cogner en approchant de trop près une autre paroi. Il se rétablit en posant fermement ses paumes devant lui. Une sensation glacée traversa son corps, et tout à coup il se rendit compte de la température désagréable qui régnait à l’intérieur de l’espace qu’il arpentait. Peut-être que la situation insolite l’avait trop accaparé pour ressentir quoi que ce soit, ou bien faisait-il de plus en plus froid ?  
Un nouvel obstacle fermait sa route à angle droit. Il tourna les talons à l’opposé de cette direction. Soudain, des douleurs déchirèrent le bas de son dos et ses mollets. Il souffrait aussi de pincements à l’estomac, comme s’il n’avait pas mangé suffisamment depuis des jours, ou alors étaient-ce des nausées dues à une maladie ? Une soif terrible remontait de sa bouche à son cerveau, si bien qu’il marchait tel un automate, l’esprit torturé par de basses considérations corporelles.  
Il arriva au bout de cette interminable séparation pour en trouver une autre à l’identique. Il ne pouvait se repérer qu’au toucher car aucune lumière ne franchissait les limites de sa prison. En faisant glisser ses mains sur une portion de ce mur, il pouvait toucher le sol, qui ressemblait à de la terre battue. Mais il n’atteignait pas l’extrémité haute.  
Tristan poursuivit et revint sur ses pas. Au milieu du chemin, il se cogna contre ce qu’il supposait être une table. Un plateau de bois assez lisse surmonté de quatre cylindres. En le palpant, ses doigts rencontrèrent ce qui ressemblait à des cagettes emplies de pommes. L’odeur de fruits trop mûrs arriva sans prévenir. Puis ses pieds, chaussés de savates, butèrent devant une sorte de tonneau. Des bouffées malodorantes de vin, de pommes de terre pourries, d’humidité lui ôtèrent l’idée d’ingurgiter quelque chose.
Sa tête tournait et il s’écroula sur le sol. Des images mentales d’une pâte se répandant autour de lui s’accrochaient à son esprit perturbé. La bouillie épaisse d’une couleur verdâtre paraissait grossir et vouloir s’approcher de sa bouche.
Le fumet qui s’en dégageait n’avait rien d’appétissant.                          
Mange sinon tu seras puni !
Non, il refusait d’avaler ÇA ! De plus, derrière ses yeux clos, il visionnait la descente d’êtres minuscules gesticulant avant de plonger à l’intérieur de l’abominable purée. Ceux-ci, de couleur rose pâle et complètement nus, tombaient du plafond et ressemblaient à de jeunes enfants. Ils se débattaient avant de disparaître sous la couche de nourriture brûlante.
Avale, sale gosse !
Tristan se sentait pincer les lèvres lorsque la cuillère s’approchait de son visage. Elle contenait sûrement des morceaux de chairs, provenant des petits humains sacrifiés. Il n’en voulait pas, malgré la faim qui lui vrillait l’estomac. Imaginer qu’il croquerait un œil ou un doigt lui donnait la nausée. Et s’ils vivaient encore ?
Pitié, je ne veux pas !
Ne recrache pas ou je t’en colle une !
Un faisceau lumineux inonda l’espace un court instant. L’égaré ne savait plus très bien s’il dormait ou était éveillé. Il voulut attraper le joli rayon doré afin de le garder aussi longtemps que possible. Tout ce qu’il gagna, après que la nuit eut repris ses droits, fut de sursauter car des objets roulèrent autour de lui en produisant un vacarme infernal. Suivi de cris affreux. On hurlait. Était-ce après lui ? Il ne comprenait rien.
Arpentant le sol et tâtonnant, il trouva un seau renversé, un gobelet cabossé, un vieux cartable de cuir, des cahiers, crayons, stylos, boîtes de conserves éparpillés… chaises cassées… patins à roulettes, poussette de bébé… Il découvrit un quignon de pain rassis qu’il dévora ainsi qu’une gamelle emplie d’un liquide tiède. Il la porta à sa bouche et en but quelques gorgées.
Les murs rétrécissaient, il l’aurait juré. Il respirait leur présence minérale et détestable, gorgée de pourriture suintante. Voulant en avoir le cœur net, il reprit sa déambulation de cloporte. En parcourant l’endroit tendu d’un voile opaque, il se souvint y être enfermé depuis plusieurs jours, quoique le mot « nuit » serait plus approprié. La noirceur permanente l’empêchait de se repérer. Depuis quand moisissait-il ici ? Le commercial cogitait ; il n’en pouvait plus, il devait sortir de là. Son ventre le torturait. Il grelottait. La situation oppressante le poussa à sillonner sa prison en long et en large . Oui, il mettait nettement moins de temps à rejoindre deux murs opposés en partant de n’importe quel angle. Il devait faire attention car il rencontrait de nombreux obstacles qui gênaient sa progression.
Le promeneur affaibli se rappela avoir touché ce qui ressemblait à un renfoncement et une porte. Il se mit en quête de les retrouver en parcourant de nombreuses fois le tour de sa prison. Une éternité après, ses mains reconnurent le panneau de bois. Il ne possédait pas de poignée. Impossible de le bouger. Certainement qu’un loquet, de l’autre côté, bloquait son ouverture. Il tapa avec frénésie, pourtant il ne réussit qu’à s’écorcher les doigts à cause de la surface mal dégrossie. Une écharde se planta dans sa main. Il mit toute sa patience à essayer de l’enlever. En vain.
Anéanti, il s’allongea sur une paillasse qu’il avait trouvée. Un museau vint flairer sa main, ce qui le fit tressaillir à son approche. Malgré l’immense fatigue qu’il ressentait, le sommeil l’ignorait et il ouvrit ses paupières afin de découvrir à qui appartenaient les moustaches qui le chatouillaient…
Sa vision aurait dû s’habituer à l’absence de clarté, toutefois elle continuait à lui fausser compagnie. Devenait-il non-voyant ? Rester là, dans cet état de handicap, revenait à être enterré vivant ! La terre le mangeait et personne ne s’en inquiétait.
Chancelant, Tristan se leva et franchit une courte distance. Le mur à sa droite lui barra la route. Il ne se souvenait pas qu’il fût si près de lui. Même chose à sa gauche et devant sa carcasse. Il étouffait. Un air puant emplissait ses narines. En tendant ses bras au-dessus de sa tête, il rencontra une matière granuleuse s’effritant sous ses doigts. Est-ce qu’il était tombé dans un piège, un passage secret d’où il ne pourrait jamais ressortir ?
Les jambes flageolantes, il tituba et se retrouva à genoux. Il imaginait que le sol se dérobait, qu’un précipice le happerait.
Le prisonnier, pris d’une terreur soudaine, se mit à hurler : « Venez me chercher ! Au secours ! » L’écho de sa propre voix le surprit. Elle se brisait contre les murs, si faible et vacillante, à l’opposé de celle qu’il utilisait pendant ses conférences. Il lui semblait qu’un enfant pleurait au fond des ténèbres et que c’était lui. Le petit articulait mal chacun de ses appels à l’aide. Lui se servit de son ouïe afin de le repérer. Il voulait bercer ce petit être sans défense, avide d’amour. Il crut avoir réussi lorsqu’il ne perçut plus aucun bruit. Ses yeux inutiles s’emplirent de larmes chaudes et se mêlèrent aux gémissements de son double du passé. Il resta prostré, attendant une éventuelle réponse à son malheur.
Elle arriva sous forme d’onomatopées incompréhensibles se cognant de l’autre côté de son cachot dont les parois le comprimaient. Celles-ci s’enfonçaient dans sa chair, le faisant grimacer de douleur.
Va chercher le gamin, il va comprendre qu’il doit se taire !
Des coups s’abattirent sur son dos tandis que des bras l’agrippaient et le sortaient de cet exil forcé. Un autre enfer se profilait qui avait les yeux injectés de sang et une poigne de brute. Il s’évanouit de panique ou de malnutrition, ou bien à cause des violences qu’il endurait depuis longtemps. De tout à la fois.
Tu vas écouter, sale mioche, ou bien tu vas pourrir à la cave !

Des tentacules humides l’emportèrent et le jetèrent contre un miroir scintillant qui éclata de mille bulles veloutées. Elles l’emprisonnèrent et le déposèrent sur le cuir noir d’un siège de bureau.    
De longs cheveux vinrent lui chatouiller le visage. Il souleva ses paupières pesant des tonnes.
« De mieux en mieux ! Tu dors devant l’ordi, maintenant ? Je te signale qu’il est 6 h du mat et que je pars bosser. J’ai une réunion à 7 h. On se retrouve à la cantine ? »
Tristan regarda sa compagne lui envoyer un baiser en quittant la pièce de son cauchemar. Qu’avait-il vécu cette nuit-là ? Son cerveau refusa de faire la lumière sur ce qu’il ressentait. Un trou noir, voilà de quoi il se souvenait, et une immense envie de sangloter lui noua la gorge. Pourtant, il ravala ses larmes et tenta de redémarrer sa machine. Elle lui obéit enfin en affichant les tuiles habituelles. Il retrouva son document intact, écrivit sa conclusion. Le commercial poussa un soupir de soulagement en mettant le point final.
Il ne lui restait plus qu’à imprimer l’ensemble, ce qu’il fit aussitôt. Soulagé, il put éteindre l’appareil, boire un bol de café pour faire bonne figure à la boîte de com… Il n’affichait pas une super forme. Alors, le jeune loup allait devoir redoubler d’efforts afin d’impressionner ses collaborateurs et clients. Les manipuler devenait une question de survie.  

FIN



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Re: Des clous dans la tête

Message par SILENCE le Sam 1 Déc 2018 - 23:51

Le lien ne marche pas non plus en ce qui me concerne !
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Re: Des clous dans la tête

Message par mémoiredutemps le Dim 2 Déc 2018 - 21:16

J’ai lu ton texte.
Le développement est intéressant, il est bien écrit, pas de souci de ce point de vue.
Spoiler:
Mais pour moi un cauchemar seul ne peut être un black-out, il manque d’éléments pour entrer vraiment dans le sujet, puisque ce n’est qu’un rêve stressant oui, mais pas plus.
Comme j'ai dit en commentaire sur ma propre nouvelle
"Quant au cauchemar/rêve : oui raconter toute une histoire pour terminer par "ce n'était qu'un rêve" déçoit beaucoup de lecteurs (en tant que membre de CDL, j'en ai lu beaucoup comme ça) et ôte souvent le côté SFFF"
S’il se réveillait dans un univers parallèle ou au moins changé de la routine de la vie, ou s'il était blessé lors de son "séjour"... ou au moins que son ordinateur devienne fou  :mrgreen: … En ce qui concerne la narration, on a du mal à se trouver des repères par exemple le temps, pourquoi "il se souvint y être enfermé depuis plusieurs jours" (remarque : dans les phrases qui entourent cela, beaucoup de participes présents) qui vient brutalement sans préalable ? Et ces interventions d'on ne sait qui, par exemple "Mange sinon tu seras puni !"… pas de références à une enfance tourmentée par exemple, cela s'adresse-t-il à lui ?.Et quel genre de voix ? Intérieure, une femme, un homme ?
En toute fin, répétition de faire.
Un texte à retravailler pour entrer vraiment dans une catégorie et dans le sujet.


Parce que moi je rêve, moi je ne le suis pas. ("Léolo" - Jean-Claude Lauzon).
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Re: Des clous dans la tête

Message par FRançoise GRDR le Dim 2 Déc 2018 - 23:07

Merci Mémoire pour ton avis, le premier ^^
Spoiler:
En fait comme je te le disais par ailleurs, mon perso ne rêve pas. Il a des souvenirs de l'époque de son enfance que son esprit a occultés. La situation de son ordi bloqué lui révèle un moment particulier de maltraitance (où l'enfant éprouve de la sidération et ne se souvient plus sauf quand il se trouve confronté à des "catalyseurs").
En effet, j'ai été maladroite à écrire cette situation traumatisante et j'ai plutôt esquivé avec des images, pensant que c'était plus compréhensible.

P.S. J'ai compris, il manque l'écriture italique dans mon spoilier :facepalm:




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Re: Des clous dans la tête

Message par mémoiredutemps le Mar 4 Déc 2018 - 10:15

Spoiler:
Je pense que ton texte est à retravailler pour insister sur le sujet important pour qu'il apparaisse vraiment comme thème, là on suppose que c'est le thème, que c'est lui le petit garçon, mais à la fin de ma lecture, je n'en étais pas sûre, cela pouvait être un autre enfant. Et à mon avis un cauchemar ne suffit pas pour le sujet, il faut que ça soit par exemple perçu comme une plongée dans des scènes qu'on a occultées… c'est un peu pour ton texte que j'ai demandé s'il était possible qu'un auteur revoie son texte d'ici la deadline… bien sûr ma remarque sur les interventions tombe d'elle-même pour mon vote Smile
Et puis les vieux écrans cathodiques étaient plus adaptés à un univers riche que nos écrans plats actuels  :mrgreen:  


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Re: Des clous dans la tête

Message par SILENCE le Mer 5 Déc 2018 - 9:08

J'ai enfin pu télécharger ton texte Françoise, j'essaie de le lire dans la journée. Merci en tout cas d'avoir mis d'autres liens PDF. Fichier pdf semble avoir la préférence de mon ordinateur !
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Re: Des clous dans la tête

Message par Murphy Myers le Mer 5 Déc 2018 - 12:29

J'avoue avoir été plus ou moins hermétique à ce texte. :/

Spoiler:
L'idée est sympa et bien exposée (je n'ai eu aucun problème à comprendre que le type revivait son enfance malmenée, pour ma part) mais il manque, pour me convaincre, une "finalité". En l'état, ça tient plus à une "tranche de vie" (macabre, certes) et, en toute subjectivité, je n'ai jamais été fan des "tranches de vie".
Aussi, j'ai eu du mal à raccorder le vécu du personnage à la présentation qu'il doit faire et à la manipulation de ses collègues qu'il doit à tout prix réussir : s'adapter et mentir pour survivre lui viendrait de son enfance, il est devenu parano et voit des choses du quotidien comme une menace ? Le lien m'a paru ténu sur le moment, ou alors c'est moi qui suis passé à côté.

Pour le thème et les genres, dans la mesure où "Black out" peut être utilisé dans ses sens les plus larges, aucun problème pour moi, on y est : la fin d'un blackout et le retour de souvenirs fragmentés, le tout provoqué par une panne d'écran qui pourrait être tout à fait normale comme avoir une raison moins rationnelle (après tout, c'est ce black out d'écran qui provoque "l'hypnose" dont le personnage est victime), ce qui touche parfaitement au fantastique tel qu'il était à ses débuts : incertain et ambiguë. Le rêve en lui-même n'a rien de surnaturel, c'est ce qui le provoque qui peut poser question donc ; et là, rien à redire.

Enfin voilà. Peut-être que je suis passé à côté d'un détail important, peut-être que c'est juste une "incompatibilité" de goût (rapport à l'aspect "tranche de vie"). En tout cas, on retrouve bien ta patte toute personnelle avec cette folie qui saisit tes personnages et nous entraine avec eux.


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Re: Des clous dans la tête

Message par Petit-Carmin le Jeu 6 Déc 2018 - 17:44

Bonjour Françoise, j'ai également lu !

Spoiler:


Excellent, mais quelle histoire spectaculaire et si effroyable, onirique. A vrai dire, je m'y suis senti enfermé comme dans un trou noir. Smile

En revanche, je ne saurais pas en dire autre chose que ce qui est précédemment écrit, désolé...

Merci pour la lecture.


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Re: Des clous dans la tête

Message par FRançoise GRDR le Jeu 6 Déc 2018 - 18:26

Merci pour vos lectures Murphy et Petit Carmin...
 
Spoiler:
En fait, il n'y a pas d'explication logique à l'attitude de mon personnage englué dans son histoire personnelle. J'ai voulu utiliser des images pour décrire une situation de noeud conflictuel. Ce que je pense avoir posé est un double black out, celui des souvenirs de l'enfance maintenus à distance puis révélés (donc, il ne rêve pas) et celui d'un retour au présent où ces souvenirs traumatisants ne peuvent franchir la barrière de sa conscience. Pour cela, il devrait faire un travail avec un thérapeute). À la fin, il redevient le type exécrable car pour moi un "manipulateur" est quelqu'un qui a eu une enfance fracassée.

Comme mon ordi ne s'allume plus (de là mon idée), je tape sur mon portable et je n'ai pas la fonction "Spoiler". Faudra pas lire ceux qui découvre mon texte -_-

EDIT : mon PC refonctionne (je l'ai réinitialisé)


Dernière édition par FRançoise GRDR le Lun 10 Déc 2018 - 0:26, édité 1 fois


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Re: Des clous dans la tête

Message par kalcidian le Ven 7 Déc 2018 - 16:03

Salut Françoise. Après avoir lu ton texte, j'ai été très partagé. J'ai beaucoup aimé mais la fin a fait retomber toute l'ambiance que tu as installée en amont.

spoiler:
Du coup, on est pas sur de la SFFF si ton personnage fait simplement un rêve.

Je m'attendais a une fin plus fantastique justement. Dans la veine du reste de ton histoire. C'est dommage parce toute ton histoire est bien menée tant sur le fond que sur la forme.

J'ai aimé te lire et je vais aller voir tes anciens textes.
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Re: Des clous dans la tête

Message par SILENCE le Ven 7 Déc 2018 - 19:52

Bonjour Françoise,
Désolé pour le retard dans ma lecture, mais je me tape une rage de dents carabinée depuis quelques jours, du coup...
Bref, aujourd'hui, j'ai donc lu ton texte. Et je trouve l'idée plutôt bonne, voire excellente. Ceci étant dit, j'ai plusieurs problèmes.
Je commencerai par dire que j'ai trouvé la première page bien écrite en ce sens où je ne me suis pas senti mis à distance, comme c'est souvent le cas dans tes récits. Il me semble que tu réussis au début de ta nouvelle à montrer plus qu'à dire. C'est bien tenu, intriguant, on veut connaître la suite. Et puis... Et puis le style s'effrite et tu décris plus que tu ne montres. (Difficile d'ailleurs de montrer quand le sujet est le black-out !). Par exemple, ton protagoniste ne s'appelle plus vraiment Tristan, mais "le commercial", "le trentenaire" ou "le promeneur", ce qui contribue à écarter le lecteur que je suis de ton récit. En ce sens, appeler un personnage par son prénom est une chose importante car cela participe de l'identification, de la caractérisation et par conséquent de cette fameuse "suspension d'incrédulité" nécessaire au lecteur. Si on ajoute à cela des formules parfois abstraites ("une sensation glacée traversa son corps", "une soif terrible remontait de sa bouche à son cerveau", etc), il devient alors parfois difficile d'entrer dans ton histoire. J'ai souvent eu par ailleurs l'impression d'une suite d'événements plus que d'avoir affaire à un tout.
Un autre problème vient de ton utilisation de la couleur. C'est étrange, je sais, mais tu décris un homme plongé dans l'obscurité (de ce point de vue, il y a bien black-out), mais ce qui est problématique, c'est qu'en dépit de cette obscurité, qui par ailleurs semble totale, tu parles d'une "bouillie épaisse de couleur verdâtre" et plus loin d'êtres minuscules de couleur rose pale. C'est un problème car du coup on ne sait plus si ce sont les souvenirs d'un black-out, ou si c'est un rêve ou...
Bref, j'aurais encore beaucoup de choses à dire sur ton texte, mais je ne compte pas écrire un pavé non plus. L'idée était excellente, encore une fois, mais je suis resté hermétique à l'histoire et tu m'en vois désolé...


Dernière édition par SILENCE le Sam 8 Déc 2018 - 11:39, édité 1 fois
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Re: Des clous dans la tête

Message par Mélodie Or le Sam 8 Déc 2018 - 11:12

Bonjour Françoise,

Je viens de lire ta nouvelle... Alors tout d'abord, j'aime ton style d'écriture, c'est fluide et agréable à lire. Concernant l'histoire, j'avoue moi aussi avoir été un peu déçue de la fin, le côté réveil d'un cauchemar, classique. J'ai bien lu les coms précédents mais c'est vrai que ça demanderait de novelles retouches pour comprendre que ce sont des souvenirs englués qui remontent à la surface. Le cauchemar de toute façon nous révèle toujours des choses cachées. Et j'aurai bien aimé me plonger plus dans la tête du personnage à l'état d'éveil pour comprendre sa façon d'être, les conséquences pour lui de cette enfance... Smile


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Re: Des clous dans la tête

Message par FRançoise GRDR le Lun 10 Déc 2018 - 0:34

kalcidian a écrit:Salut Françoise. Après avoir lu ton texte, j'ai été très partagé. J'ai beaucoup aimé mais la fin a fait retomber toute l'ambiance que tu as installée en amont.

Merci pour ta lecture et ton avis me fait bien plaisir (tout du moins pour l'aspect "ambiance")

kalcidian a écrit:
spoiler:
Du coup, on est pas sur de la SFFF si ton personnage fait simplement un rêve.

Spoiler:
En fait, il ne rêve pas ! Ce sont des souvenirs qui remontent à la surface. Je pense que c'est différent.

kalcidian a écrit:Je m'attendais a une fin plus fantastique justement. Dans la veine du reste de ton histoire. C'est dommage parce toute ton histoire est bien menée tant sur le fond que sur la forme.

J'ai aimé te lire et je vais aller voir tes anciens textes.

Merci pour ton intérêt en espérant qu'il reste des textes à lire car parfois ils sont publiés et j'enlève les liens.

Ce texte va devoir être retravaillé Rolling Eyes (comme souvent).


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Re: Des clous dans la tête

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