Le camelot

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Le camelot

Message par anouk le Ven 10 Oct 2014 - 8:29

LE CAMELOT

Il promettait toujours, tenait rarement. Dans les affaires, cela l'avait un peu desservi mais personne ne résistait à son sourire irrésistible. On pouvait lire sur l’enseigne : « Au bon choix ». A la minute où il croisa son regard, il sut qu'elle lui tomberait toute rôtie dans les bras. Un oisillon perdu, une âme simple et effarouchée. Il ne doutait jamais de ses perceptions. L'affaire était dans le sac. Il reprit le ton du bonimenteur en représentation. Son étal, placé sur la grande place du village, présentait l'attirail complet des ustensiles de cuisine. Le moulin à légumes côtoyait le presse-fruit tandis que la râpeuse s'appuyait sur la planche à découper. Jusque-là, rien d'affriolant !
Le temps lourd durait depuis quelques jours. Les après-midi étaient étouffantes. Il confia la garde de son petit commerce au voisin et s'engagea dans la ruelle tout en épiant les faits et gestes de la demoiselle. Le sourire aux lèvres, il l'accosta. Elle répondit à ses avances en rougissant. Il ne comprit pas son balbutiement. Elle buvait ses paroles, c'était indéniable. Il lui donna rendez-vous pour le soir. Elle acquiesça et s'enfuit par un étroit chemin.
Il était presque 19 heures lorsqu'il se dirigea vers l'entrée du bourg. Personne ne se promenait hormis une vieille femme qui trottinait, un cabas vide au bras. Elle ne parut pas le voir. Il l'oublia aussitôt et continua de grimper la côte qui menait au calvaire. Il n'y avait personne. Il s'assit sur la pierre chaude. Les murets dessinaient dans la campagne des traits rectilignes. Entre les pierres fleurissaient des plantes sauvages. Les couleurs se tintaient de violet dans le crépuscule tiédi par une légère brise.
La jeune fille apparut soudain, comme surgie de nulle part. Il frissonna d’un plaisir anticipé mais une sensation inconnue l’envahit peu à peu : une oppression, un début d’étouffement, une difficulté à respirer. C’était donc cela, ce mal profond et insidieux que l’on nomme l’angoisse ? Pour la première fois de sa vie, il manquait d’assurance et doutait de sa raison.

Voulant s’écarter, il trébucha et s’affala au pied du calvaire. Dans l’éblouissement du soleil couchant, l’espace tout entier lui sembla contenu dans la flamboyante silhouette dressée au-dessus de lui. Les yeux de la fille étaient légèrement exorbités. De sa bouche entrouverte coulait une salive écarlate. Elle s’abattit sur lui avec un cri rauque. De la gorge incisée jaillissait un sang vermeil que la créature buvait à la régalade entre deux rires diaboliques.

Il rendit son dernier soupir alors qu’un sourire enjôleur se dessinait sur ses lèvres exsangues.


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Re: Le camelot

Message par Gernier le Ven 10 Oct 2014 - 10:28

Premier texte que je lis d'@Anouk (à part le concours) et c'est plutôt sympathique, doté d'une narration efficace quoique parfois un peu élliptique.

Les éléments sont réduits au strict minimum mais cela fonctionne. Selon mon propre goût, on va dire, il manque un peu de mise en scène mais cela aurait allongé le texte, et apparemment ce n'était pas le but de l'auteur.

Voilà, voilà Wink


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Re: Le camelot

Message par anouk le Ven 10 Oct 2014 - 11:55

Bien vu Gernier merci pour ta lecture intelligente.
Tu as saisi l'essentiel et la vie d'un camelot c'est comme celle d'un marin. On ne traîne pas mais on va de ville en ville, de port en port. Mauvaise recontre !


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Re: Le camelot

Message par Perroccina le Ven 10 Oct 2014 - 13:55

J'adore ton nouvel avatar Anouk.

Le texte est très bien écrit, la progression est fort bien gérée jusqu'à la fin.

J'ai trouvé un ou deux trucs :

mais personne ne résistait à son sourire irrésistible Répétition
il sut qu'elle lui tomberait toute rôtie dans les bras. L'expression introduit sans doute "l'oisillon" mais je ne la trouve pas très bien venue "tomberait toute frémissante" mais ça modifie un peu le sens, "tomberait toute acquise" ou "tomberait déjà pleine de désirs" je ne sais pas.
Le temps lourd durait depuis quelques jours. Les après-midi étaient étouffantes. D'accord mais à quoi ça sert dans la suite de l'histoire, le format est très court et il faut aller à l'essentiel.
Entre les pierres fleurissaient des plantes sauvages. J'aurais mis quelques plantes sauvages
C’était donc cela, ce mal profond et insidieux que l’on nomme l’angoisse pas de l' devant angoisse.

Bon d'accord un peu plus qu'un ou deux, mais des petits détails.


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Re: Le camelot

Message par anouk le Lun 13 Oct 2014 - 11:41

merci Perro


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Re: Le camelot

Message par Newold le Jeu 16 Oct 2014 - 20:30

Voilà mes qq commentaires :

Il promettait toujours, tenait rarement (J'ai dû relire deux fois la phrase pour la comprendre ;-). Dans les affaires, cela l'avait un peu desservi mais personne ne résistait à son sourire irrésistible. On pouvait lire sur l’enseigne : « Au bon choix » (L'enseigne d'où?de quoi? Un peu brutal l'arrivée de cette phrase, je trouve) . A la minute où il croisa son regard, il sut qu'elle lui tomberait toute rôtie dans les bras. Un oisillon perdu, une âme simple et effarouchée. Il ne doutait jamais de ses perceptions. L'affaire était dans le sac. Il reprit le ton du bonimenteur en représentation. Son étal, placé sur la grande place du village, présentait l'attirail complet des ustensiles de cuisine. Le moulin à légumes côtoyait le presse-fruit tandis que la râpeuse s'appuyait sur la planche à découper (La description du lieu devrait peut être du coup être au début du texte pour qu'on situe mieux où se passe l'action). Jusque-là, rien d'affriolant !
Le temps lourd durait depuis quelques jours. Les après-midi étaient étouffantes. Il confia la garde de son petit commerce au voisin et s'engagea dans la ruelle tout en épiant les faits et gestes de la demoiselle. Le sourire aux lèvres, il l'accosta. Elle répondit à ses avances en rougissant. Il ne comprit pas son balbutiement (le sien à lui ou à elle? La première fois j'ai crû qu'on parlait d'elle mais en le relisant je me dit que c'est peut être lui). Elle buvait ses paroles, c'était indéniable. Il lui donna rendez-vous pour le soir. Elle acquiesça et s'enfuit par un étroit chemin.
Il était presque 19 heures lorsqu'il se dirigea vers l'entrée du bourg. Personne ne se promenait hormis une vieille femme qui trottinait, un cabas vide au bras. Elle ne parut pas le voir. Il l'oublia aussitôt et continua de grimper la côte qui menait au calvaire. Il n'y avait personne. Il s'assit sur la pierre chaude. Les murets dessinaient dans la campagne des traits rectilignes. Entre les pierres fleurissaient des plantes sauvages. Les couleurs se tintaient de violet dans le crépuscule tiédi par une légère brise.
La jeune fille apparut soudain, comme surgie de nulle part. (il me manque une description d'elle avant de passer à la suite) Il frissonna d’un plaisir anticipé mais une sensation inconnue l’envahit peu à peu : une oppression, un début d’étouffement, une difficulté à respirer. C’était donc cela, ce mal profond et insidieux que l’on nomme l’angoisse ? Pour la première fois de sa vie, il manquait d’assurance et doutait de sa raison.

Voulant s’écarter, il trébucha et s’affala au pied du calvaire. Dans l’éblouissement du soleil couchant, l’espace tout entier lui sembla contenu dans la flamboyante silhouette dressée au-dessus de lui. Les yeux de la fille étaient légèrement exorbités. De sa bouche entrouverte coulait une salive écarlate. Elle s’abattit sur lui avec un cri rauque. De la gorge incisée jaillissait un sang vermeil que la créature buvait à la régalade entre deux rires diaboliques.

Il rendit son dernier soupir alors qu’un sourire enjôleur se dessinait sur ses lèvres exsangues.

Je comprend que tu veuilles faire court, mais j'ai un petit soucis concernant l'organisation de ton texte. Tu nous fait des descriptions de l'étal, de la rue, des pierres, d'une vieille... Mais je trouve qu'il en manque concernant la fille et je pense qu'elle gagnerait à être plus décrite vu que c'est peut être le personnage le plus important.
Pour moi il faudrait en faire un texte un peu plus long pour vraiment s'immerger dans l'histoire.

Bien sûr, mes commentaires ne sont en rien des vérités absolues Laughing

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Re: Le camelot

Message par  le Jeu 16 Oct 2014 - 22:39

Il ne doutait jamais de ses perceptions. Dans le contexte, j'aurais simplement de ses capacités, parce que sinon quelles sont ces perceptions ? Ce qu'il ressent là vient de lui c'est plus une conviction.
Il reprit le ton du bonimenteur en représentation. Il s'était interrompu ? Pourquoi ? quand ? à quelle occasion?
Jusque-là, rien d'affriolant ! Parce qu'après ça le devient ?
Le temps lourd durait depuis quelques jours. Les après-midi étaient étouffantes. Pas nécessaire, à moins que ça n'est des implications dans le texte: transpiration, oppression, gêne. Je comprends que ça participe à l'atmosphère, mais dans ce cas ça manque de liant avec le reste
Personne ne se promenait hormis une vieille femme qui trottinait, un cabas vide au bras. Pourquoi parler de promenade, ça donne l'impression qu'il y a d'autres gens présents qui eux ne se promènent pas.
Il l'oublia aussitôt et continua de grimper la côte qui menait au calvaire. S'il l'oublie, pourquoi en parler ? A moins qu'elle n'ait un intérêt pour la suite. solution : ne pas dire qu'il l'oublit et continuer le récit comme si de rien nétait
C’était donc cela, ce mal profond et insidieux que l’on nomme l’angoisse ? Pour la première fois de sa vie, il manquait d’assurance et doutait de sa raison. D'où lui vient cette angoisse ? Qu'est-ce qui lui fait douter de sa raison ? Son angoisse ? Ou l'absence de fondement de ce sentiment ?
De sa bouche entrouverte coulait une salive écarlate. Elle s’abattit sur lui avec un cri rauque. De la gorge incisée jaillissait un sang vermeil que la créature buvait à la régalade entre deux rires diaboliques. Au début, j'ai cru qu'elle avait été égorgée et qu'elle crachait du sang... Je pense qu'il faut plus expliquer ce passage.
Il rendit son dernier soupir alors qu’un sourire enjôleur se dessinait sur ses lèvres exsangues.Pourquoi ce sourire ? Il était angoissé, en proie au doute ? Qu'est-ce qui l'a ravi comme ça ?

Bien sûr, toutes mes remarques n'engagent que mon opinion personnelle. Sinon, l'idée est bonne. ça manque à mon avis de structure.

Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que ce texte aurait été plus efficace au présent, l'immédiateté de la narration s'y prête bien.


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Re: Le camelot

Message par Jack-the-rimeur le Ven 17 Oct 2014 - 1:06

J'aime bien le jeu d'images, des vignettes elliptiques ou insolites distribuées selon un ordre parfois mystérieux mais le tableau final ne manque pas de couleur.


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Re: Le camelot

Message par anouk le Sam 18 Oct 2014 - 12:43

Bien vu Jack, j'ai voulu le texte elliptique qui désoriente un peu pour finir dans le tableau final du calvaire et de la mort avec le sourire enjôleur du camelot qui vend sa vie.
Désolée K2 tes remarques peuvent se justifier mais ce n'était mon intention de faire un récit plein de logique. Merci pour ta lecture.


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Re: Le camelot

Message par  le Lun 20 Oct 2014 - 11:57

Ah, mais ya pas de souci, Anouk. C'est ton texte, moi je donne mon opinion, après, tu en fais ce que tu veux.

Personnellement, sans logique, j'ai du mal à adhérer, mais l'important, c'est avant tout que ton texte te plaise !


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