Coupure

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Coupure

Message par Cancereugène le Sam 8 Déc 2018 - 23:01

Oui, ce titre est d'une grande originalité pour un tel thème, n'est-ce pas ?
En tout cas, voici avec un peu d'avance ma proposition.
30919 signes.





Coupure:

1

Alex s'éveilla avec une gueule de bois monumentale. Fantastique soirée. Une bouteille de rhum, accompagnée de sucre de canne, de citron vert, et de gingembre en poudre, devant l'écran de son moniteur diffusant des reportages sur feu dame nature, un mélange tout à fait recommandé pour oublier les tourments de ces dernières semaines. Cela valait ce que valait, mais une bonne cuite, en période de crise existentielle, avait pour mérite de bien poser les choses. Soit vous mourrez dans la nuit, et tout est réglé, soit vous survivez et d'un point de vue spirituel, vous savez que votre heure n'est pas encore venue, et que vous pouvez, si vous le décidez, agir pour rendre votre vie meilleure.
Alex en était là. Malgré la quantité d'alcool ingérée dans la soirée du 12 au 13 mars, il vivait encore. Par contre, le moyen de rendre son existence meilleure lui échappait toujours. Et le monde autour de lui ne cessait de partir en vrilles.
Le réveil n'avait pas sonné. L'heure ne s'affichait d'ailleurs plus. Écran noir.
Peu importe. Nous étions lundi. Une trace imprécise de sa mémoire s'en souvenait. Le début d'une nouvelle quinte de jours de travail intensif, où la productivité devrait être encore plus élevée que les semaines précédentes, alors qu'on en chiait déjà pas mal, et que les récompenses se réduisaient à peu de balle, même avec des résultats monumentaux. Résultats qu'il n'obtenaient jamais, au grand dam de son botmanager, qui lui signifiait chaque mois de novembre, mois anniversaire des augmentations, qu'il ne pouvait rien lui accorder, car il n'entrait pas dans les critères d'octroi – alors que sans aucun doute, il en avait le potentiel !
Il prit sa douche dans l'obscurité et s'installa devant son poste de travail, avant de comprendre qu'il ne pourrait pas commencer sa journée sans électricité. Merde ! Chômage technique ! Embarrassé, il voulut contacter les ressources humaines, mais son smartphone refusa de s'allumer. Il le mit en recharge, sans succès. Plus de jus dans les prises ! Une boule d'angoisse prit naissance au fond de ses entrailles. La cuisine était plongée dans les ténèbres. Les diodes orangées de ses appareils électroménagers étaient éteintes. Sa main ébouriffa sa chevelure poivre et sel. Son cœur s'emballa soudain. Une idée noire tomba sur lui comme une feuille de papier dans de l'huile.
Qui dit pouvoir d'achat en berne dit système D et économies. Il ne commandait que des produits en promotion, et en grandes quantités. Sur ses deux congélateurs, l'un était rempli à craquer, et l'autre arrivait à moitié de sa contenance. Par contre, si la situation perdurait, ses précieuses réserves seraient menacées ! Heureusement, c'était impossible ! Personne ne saurait vivre sans électricité. Les pouvoirs publics ne laisseraient jamais une telle catastrophe s'éterniser. Le rétablissement devait être imminent.
Après avoir fermé les yeux et soupiré longuement pour se calmer, il entreprit d'apporter un peu de lumière naturelle à son logement, la douce ambiance prodiguée par les néonatures étant inaccessible. Relever les stores des persiennes du salon et de la cuisine prodigua une luminosité grisâtre, d'un ennui mortel, créant plus d'ombres qu'elle n'en dissipait.
Il eut envie d'un café, mais la cafetière... bah ! Il pouvait bien faire bouillir de l'eau et percer ses dosettes... Euh non plus ! Pas grave, il passerait comman... ah mais ! L'écran noir de son téléphone semblait se moquer de son absence de lucidité.
Un comprimé d'aspirine remplaça à merveille la caféine.
Que faire ?
De l'exercice. Voilà une saine activité, à laquelle il s'adonnait régulièrement pour entretenir sa fine musculature et prévenir les problèmes de dos. Il avait aménagé son intérieur de 70m2 en y traçant un circuit de course. Dix minutes de footing par jour équivalaient à cinquante tours. Il en fit cent, se reposa longuement, reprit une douche – au moins, elle répondait toujours à l'appel ! – et songea durant ses ablutions que l'eau était chauffée par un ballon électrique. Et qu'une fois vidé, il aurait le plaisir de se laver à l'eau froide. Écœuré, il se rhabilla et entreprit de se préparer un repas. Ses efforts avaient creusé un vide.
La plupart des aliments du réfrigérateur étaient précuits, des barquettes de poulet ou porc émincés, prêts à réchauffer. On pouvait les manger froids, accompagnés d'une sauce en bidon. Mais pour le moment les crudités et la salade verte livrés la veille feraient l'affaire.
Il se restaura le plus lentement possible, guettant avec névrose l'écran de son poste-réseau multifonctions. Il nettoya ensuite sa vaisselle à l'eau froide. Tomba au fond de son divan, le regard fixé sur le vide.
Ses yeux se fermèrent. Privé de réseau, qu'avait-il de mieux à faire ?

2

Les nuits s'allongeaient. Dormir devenait un loisir à part entière. Combien de temps s'était-il écoulé depuis la coupure ? Trois, quatre jours ? Comment en être sûr sans horloge ?
Il prit une douche froide et s'habilla.
En équilibre précaire sur son évier, il tenta d'observer l'extérieur, mais les étroites persiennes ne portaient que sur les façades écrues des bâtiments voisins. Le silence le rassura un peu, car une idée atroce lui avait transpercé le moral, quelque temps plus tôt.
Et s'il était le seul logement touché par ce black-out ?
L'unique moyen de s'en assurer revenait à sortir. Franchir le seuil de son appartement.
Impensable !
Déjà à cause des voisins. Ceux qui vous espionnent, vous suivent, fouillent vos poubelles, dans l'espoir de trouver une faille leur permettant de vous attaquer en justice pour des faits imaginaires inspirés de vos habitudes, ou de s'introduire chez vous à la moindre négligence pour vous dépouiller...
Le pire étant la rue ! S'aventurer à l'air libre même de jour revenait à se suicider. Les déséquilibrés que l'on ne peut interner faute de moyens, les marginaux sans foi ni loi, capables de toutes les exactions pour glaner quelques crédits, les immigrés, affamés et assoiffés de sang, grouillaient dans les rues, prêts à se jeter sur vous à la moindre occasion !
Les infos en parlaient chaque jour...
Et pourtant...
L'idée faisait son chemin. Il n'irait pas loin. Surtout pas à l'extérieur. Jusqu'au sous-sol, dans les caves.  Il trouverait peut-être quelque chose d'utile. Rien que cinq étages à descendre. Et à remonter. À pied.
Pourrait-il parcourir un si long trajet sans croiser personne ?
Son taser ne fonctionnait plus. À plat, lui aussi ! Restait un long couteau de cuisine. Pas évident à négocier sans avoir appris quelques techniques de combat. Mais le silence pesant l'encourageait à passer à l'action.
Deux jours furent nécessaires pour accroître sa motivation.
Enfin, il se décida. Et découvrit avec horreur que la porte de son logement n'était plus verrouillée. La terreur lui fit ployer le genou. Un élancement atroce lui comprima les entrailles. Ainsi, depuis tout ce temps, il était à la merci des inconnus ? Des psychopathes, assassins et autres schizophrènes ? Comment était-ce possible ? La logique lui apparut si évidente qu'il s'insulta intérieurement de sa débilité. L'absence d'énergie entraînait l'ouverture de tous les verrous électroniques. Cette révélation faillit le pousser à se retrancher chez lui, à se claquemurer, quitte à en crever. Quel scandale ! L'ensemble de la résidence serait à la merci du premier venu ? Non, impensable !  La raison fut plus forte. Si depuis six jours on le laissait en paix, à quoi bon perdre son sang-froid ? Les infos nous vendaient des tueurs nichés à chaque coin de rue, pouvait-on s'y fier ? L'effroi tétanisait ses pensées, mais sa réflexion relevait d'un bon sens difficile à contrer. Pour l'instant.
Il s'engagea dans le couloir, et referma avec douceur. Après quelques secondes d'écoute, immobile, il put enfin se détendre et s'approcher de l'ascenseur.

3

La cave ployait sous le poids d'un bazar impossible à différencier dans les ténèbres. Encore une chose à laquelle il n'avait pas pensé. Bien qu'il espérât, avant de presser le bouton d'appel de l'ascenseur, que ce dernier resterait inerte, histoire de se convaincre que la coupure touchait au moins l'ensemble de ce bâtiment, argument qu'il ne manquerait pas d'avancer à son employeur le moment venu, les implications de l'absence des sources d'énergie ne lui étaient pas encore apparues dans toute leur amplitude. Il possédait bien une torche électrique, mais comme tout objet muni d'une batterie, elle était à sec. Il devait donc tâter à l'aveugle les cartons et autres ustensiles, en espérant reconnaître, au toucher tel ou tel élément.
Étant donné qu'il n'avait croisé personne lors de sa venue, il estimait ses chances de rencontres très improbables d'ici au rez-de-chaussée. Or, le hall d'entrée possédait une vitre blindée menant directement sur l'extérieur.
Il remonta le plus de cartons possibles afin de les observer sous la lumière grise de cette fin d'hiver. Il fut déçu à la fois par ce qu'il rapportait, et par ce qui se passait au-dehors du bâtiment. Les rues demeuraient désertes. Aucun mouvement. Pas un chat. Rien.
À son troisième aller-retour, il découvrit un service à fondue, quasiment neuf. Il s'agissait d'un caquelon en fonte, assorti de huit pics et d'un brûleur à alcool. Une aubaine. Il s'en empara et remonta à toute vitesse chez lui. Connaissant son goût pour les whiskys de qualité, ses collègues lui avaient fait livrer, à son quarante-cinquième anniversaire, une caisse de six bouteilles de dix-huit ans d'âge, à laquelle il n'avait pas encore touché. Une murge, ça se fait au rhum ! Cela lui crevait le cœur, mais cette manne de carburant allait lui permettre d'allumer le brûleur et de se faire cuire quelques denrées.
Il déposa sa trouvaille dans la cuisine, sélectionna un long rôti de bœuf déjà largement décongelé et se le prépara avec un peu d'huile d'olive.
Cela prit du temps, mais le plat à grillade atteignit la température nécessaire. La pièce de viande se mit à frémir. Son estomac se contracta. Pourtant, il attendit jusqu'à la fin de la cuisson avant de la dévorer...

4

Ce retour à une alimentation plus savoureuse lui permit de rester encore quelques jours enfermé dans son appartement sans se faire trop de mouron. Mais une sensation désagréable le harcelait. Les moments où il ne dormait pas s'étiraient en longueur. Le sport ne suffisait pas à les occuper. D'ailleurs, son circuit était un peu entamé par le canapé qu'il avait traîné devant la porte d'entrée. Ses contacts de réseaux sociaux lui manquaient. Que devenaient-ils ? Se préoccupaient-ils de lui ?
Son confort restait précaire. Ses réserves d'alcool pouvaient tenir encore quinze jours. Ensuite, retour à la viande crue ! Et avariée, sans doute... L'isolation des congélateurs avait ses limites et il était bien obligé de les ouvrir pour se servir. La lumière naturelle, grise et poisseuse, le déprimait. Seul le sommeil parvenait à l'occuper sans lui ruiner le moral. Malheureusement, son esprit préoccupé l’éloignait des bras de Morphée, et plusieurs fois, il avait envisagé de boire ses réserves de whisky pour s'en rapprocher. Heureusement, il n'avait jamais cédé à cette pulsion.
Que devenait son employeur ? La société Kipcom le payait grassement pour accumuler un lot de statistiques provenant de diverses fonctionnalités d'un logiciel de gestion automatisée, le Keepit, afin d'en analyser les dysfonctionnements, en vue, de programmer des solutions susceptibles d'en améliorer l'efficacité. Chaque jour, il devait remettre à son botmanager la liste des chiffres emmagasinés, et des rapports associés. Que se passait-il depuis le début de la crise ? Le pays tout entier était-il immobilisé, incapable de faire face à cette coupure de courant, ou bien le phénomène était-il seulement circonscrit à un ensemble de bâtiments ? Il avait acquis la certitude de ne pas être le seul logement concerné, mais pour autant est-ce que toute la ville l'était ? Ne pourrait-on pas lui reprocher de n'avoir rien tenté pour contacter les ressources humaines, si d'aventures, on en venait à se pencher sur ses agissements ?
L'appréhension des premiers jours se transformait en angoisse. S'il avait manqué à certains devoirs, même s'il ne voyait pas lesquels, il pourrait négocier une réduction de salaire, ce serait injuste, mais envisageable. Par contre, se faire licencier, le condamnerait à mort. Sans revenu, plus de logement ! Plus de statut social, de protection juridique et médicale. En peu de temps, on le jetterait à la rue ; or nul ne supporterait une telle déchéance. Pas une personne normale. Trop de déséquilibrés, de criminels, circulaient en toute liberté, les prisons ne pouvaient tous les accueillir,  c'était bien connu. Non, lui faire subir une telle exclusion reviendrait à l'abattre !
Comment pourrait-il s'assurer que toute la ville, au moins la ville, était à présent immobilisée, sans sortir de chez lui ? Sans chercher à se mettre en relation avec un quelconque vecteur d'informations externe ?
Merde ! Sans téléphone, ni ordinateur, il se sentait plus reclus qu'un homme préhistorique au fond de sa grotte !
Il devait s'extraire de cet immeuble, c'était vital. En s'enfermant, il se privait de toute possibilité de comprendre ce qui se passait sans pour autant se protéger. Un jour ou l'autre, les errants finiraient par découvrir que les portes des résidences étaient grandes ouvertes. Ils s'introduiraient ici.  
Il avait besoin d'aide. Et d'infos. Or, la seule manière d'en acquérir revenait à sortir. Dehors. À la merci du premier taré venu. Il avait ressassé longuement cette solution. C'était bien la meilleure. Le danger lui tordait les entrailles. Cette folie pouvait lui coûter la vie. Mais l'isolement allait le rendre fou. Et sans doute malade, à force de manger de la viande à moitié décongelée et de se laver à l'eau glacée.
La peur au ventre, il s'arma d'un long couteau de cuisine, de son taser déchargé, d'un canif pliable niché dans la chaussette et d'un briquet, le seul outil de sa cuisine en capacité de produire du feu, au cas où cela serait utile.
Enfin, il ouvrit la porte.

5

Alex referma avec précaution, sans faire de bruit. Inutile d'attirer l'attention. Son logement n'avait rien de luxueux. La plupart de ses biens provenaient de sites discount, en promotion autant que possible, pourtant l'intégrité de son appartement lui tenait à cœur, indépendamment du coût des objets contenus à l'intérieur. Mettre en vente le tout ne porterait pas atteinte à son orgueil. Mais se faire voler, même un cure-dent, par un inconnu... rien que l'idée de voir un individu non désiré s'introduire dans son espace vital, le tétanisait d'une horreur absolue.
Son cœur cognait contre sa poitrine, provoquant un bruit presque perceptible au sein du silence morbide de la cage d'escalier. Pour autant qu'il pût en juger, rien ne bougeait. Il fit un pas.
C'est alors qu'il croisa un regard. Quelqu'un se tenait devant lui. Cette fois, son palpitant s'emballa pour de bon. Sa main chercha le couteau logé dans sa ceinture, sans le trouver. Il tâtonna nerveusement. Une chaleur putride envahit ses muscles. Une sudation acide, très différente de celle provoquée par le sport, imbiba ses vêtements. Son esprit vacilla. Enfin ses doigts percutèrent le manche de l'arme. Il inspira profondément, sans dégainer. Sa réaction fut davantage mentale que physique, car dans les faits, il ne remua presque pas. Par contre, l'individu en face de lui fut vivement ébranlé.
Il s'agissait d'une jeune femme. Elle poussa un cri étouffé, s'écrasa contre le mur en brandissant un objet devant elle.
— J'ai une bombe lacrymo, n'avancez pas !
Elle s'affaissa et tomba en position assise sur les marches, toujours menaçante.
Trois mètres les séparaient. Alex fut tenté de se réfugier chez lui, mais cette personne lui parut, après quelques secondes d'observation, plutôt inoffensive. Certes, sa posture agressive n'engageait pas la sympathie, mais elle semblait si faible que cela venait en contradiction avec cette attitude. Sa maigreur faisait peine à voir. Son visage osseux exhibait un regard cerné de noir, et des yeux de la même teinte, larmoyants, implorants, et apeurés. Sa combativité factice s'écroula très vite. Son bras fléchit. Elle sombra en sanglots, se reprit, releva son arme, et laissa échapper une plainte pathétique, à la limite de la supplication :
— Je n'ai rien mangé depuis des jours. Je ne peux plus tenir... J'ai senti des odeurs de cuisine...
Alex fut saisi d'effroi. Venir en aide à cette femme supposait qu'il la fasse entrer. Jamais il ne prendrait le risque de lui préparer à manger et de la servir dans la cage d'escalier. Cela reviendrait à lancer un appel pour l’ensemble de la résidence. Et l'idée de la laisser franchir la limite de son antre le pétrifiait. Bon sang ! Sa dernière visite datait de trois ans. Sa mère avait séjourné quelques jours chez lui. Cet hébergement l'avait obligé à céder à de nombreux compromis : lui confier son code d'interphone, d'accès à la résidence, de communication extérieure. Chaque jour, il avait craint qu'elle n'oublie une consigne de sécurité et ne mette en danger ses biens, aussi peu enviables fussent-ils... Lors de son départ, il avait soupiré de soulagement.
Toutefois il relativisa le danger. Cette femme ne passerait pas plus d'une heure chez lui. En la surveillant bien, il se sentait capable de la canaliser. De la maîtriser, si nécessaire. Ses lentilles de contact lui avait coûté une fortune. Les gaz irritants ne pénétraient qu'en cas d'injection directe à moins de vingt centimètres, or jamais il ne viendrait aussi près d'elle, et jamais il ne la laisserait s'approcher à cette distance.
Il se maudit de ne plus avoir de nourriture prête à manger, en sachet, il aurait pu la lui offrir et revenir à ses occupations. Son cœur l'oppressait de ses coups de boutoir. La jeune femme avait abandonné toute attitude belligérante. Elle se tenait la tête dans les mains. Elle pleurait.
Merde ! Une portion majoritaire de son être votait pour lui jeter quelques pièces de viande crue, et de retourner chez lui, boucler la porte et attendre qu'elle disparaisse. Une autre partie voulait la recevoir, lui préparer un plat digne, et gagner sa confiance. Après tout, elle semblait convenable. Lui porter secours permettrait de créer une ambiance de solidarité pertinente compte tenu de leur situation. Et puis... elle était assez jeune et plutôt jolie. Un émoi étrange et agréable caressait ses sens, mais il refusait de se laisser aller.  C'était un piège. La beauté, le charme, l'amabilité, sont des armes redoutables, souvent plus efficaces que des flingues, qui vous poussent à baisser la garde et à vous mettre en péril.
Il observa encore la femme, en détail. Elle portait un jean sans ceinture, un pull dénué d'excroissance douteuse, sa maigreur en attestait. Aucun sac. Rien ne dépassait de ses poches. Elle était squelettique, prête à s'écrouler.
Son hypothèse minoritaire fut la plus forte.
L'estomac noué, il lui proposa d'entrer. Elle leva des yeux humides sur lui, comme si elle n'y croyait pas.

6

Il fit semblant de passer son badge sur l’œil magnétique de son verrou, et se dit que c'était stupide, elle devait avoir constaté qu'aucun d'entre eux ne fonctionnait.
Elle le suivit en silence.
Il fit claquer la porte derrière elle, encore persuadé que cela pourrait l'abuser. Dans le doute...
Elle s'assit sur une chaise, au fond de la cuisine. La honte et l'espoir se peignaient sur son visage pâle et tendu. Elle observait chaque recoin de la pièce. Une véritable espionne !
Au début, il lui avait donné la petite vingtaine, peut-être vingt-cinq ans. Après avoir observé les plis de son cou, il en conclut qu'elle s'approchait plutôt de la quarantaine. Cela prouvait qu'elle bénéficiait d'un bon niveau de revenu, et d'une excellente hygiène de vie. Elle n'avait jamais pensé à économiser, à stocker, vivant au jour le jour en se faisant livrer en moins de deux heures se dont elle avait envie. Et lorsque plus rien n'avait fonctionné, elle était restée recluse, attendant le rétablissement du réseau... avant de sortir enfin, poussée par la peur de succomber au fond de son logement, isolée au cœur des ténèbres.
Elle avait sans doute les moyens de se payer un festin de roi, mais privée du net, elle se retrouvait au même niveau qu'un exclu errant dans les ruelles à la recherche d'un container à ordures.
Alex alluma le brûleur sans la quitter des yeux. Une odeur suave et agréable emplit la pièce. Elle ne posa aucune question, humble et réservée. Il sélectionna trois filets de poulets qu'il déposa sur la plaque graissée et salée. La viande mit du temps à roussir, et durant la cuisson, ils n'échangèrent pas un mot.
Lorsque ce fut prêt, il déversa la nourriture fumante dans une assiette, déposa cette dernière sur un plateau, avec un grand verre d'eau, et poussa l'ensemble jusqu'à son invitée.
— Ne mangez pas trop vite. Votre estomac contracté ne le supporterait pas. Ce serait idiot de vomir alors que les provisions sont limitées.
Elle observa le plat, immobile, puis arbora une mine ironique.
— Cela fait trente ans que je n'ai plus mangé de viande.
— Désolé, c'est un menu unique !
— Je plaisantais. Vous me sauvez la vie, c'est déjà pas mal.
Son attitude détachée face à cette nourriture lui parut douteuse. Elle gardait son calme.
— Pas de couverts ?
Sérieux ? Elle voulait vraiment qu'il lui confie un couteau et une fourchette ? Son visage fermé eut valeur de réponse.
Elle se saisit d'une longue pièce de poulet du bout des doigts, et la grignota en fermant les yeux. Le mouvement des lèvres autour de la chair cuite et luisante d'huile eut sur lui un effet troublant. Ses pulsations cardiaques s'accélérèrent. Le sang afflua dans ses veines. Gorgea des parties qui n'avaient plus fonctionné depuis des années. Il détourna son regard.
— Je peux vous demander votre nom, sans indiscrétion ?
— Aline.
Ses yeux revinrent sur elle. Impossible de s'en détacher. Elle engouffra le reste de son filet dans la bouche. Mâcha longtemps. Avala.
— Moi, c'est Alex...
Il s’efforçait de respirer profondément, mais rien ne pouvait freiner les symptômes de son excitation. Une chaleur étourdissante enflammait son front, ses oreilles, ses aisselles ; ses boyaux se nouaient. Bon sang ! Il s'en voulait d'être si faible. Embarrassé, il se posta sur le seuil de la pièce et observa le couloir.
Une impression étrange le saisit alors. La porte d'entrée semblait entrouverte. La pénombre ne facilitait pas l'observation, mais son regard refusait de s'écarter de cette ligne anthracite, allant du sol au plafond, conduisant sans aucun doute à la pénombre de la cage d'escalier. Il se souvenait avoir claqué la porte, pas d'avoir remis le canapé en obstacle. Une vibrante panique le pétrifia. Ses pulsations cardiaques reprirent leur rythme frénétique. Aller voir plus près signifiait de laisser Aline seule, et capable de s'armer des couverts dont il lui avait refusé l'usage. Si quelqu'un s'était introduit chez lui, il se trouvait forcément dans le salon. Sa chambre était trop proche de la cuisine, l'intrus se serait trahi d'une manière ou d'une autre. Il recula et dégaina son long couteau.
La femme sauta de sa chaise en hurlant. Elle s'adossa au réfrigérateur, regard exorbité.
— Mon Dieu ! Que faites-vous ?
— Je crois que quelqu'un est entré. Je vais devoir vous attacher. Par précaution.
— Non, c'est impossible... il n'y a personne.
— Désolé. Si c'est une fausse alerte, je vous libérerais, mais en attendant, je dois couvrir mes arrières. J'ai pris un grand risque en vous accueillant chez moi. Ne me mettez pas en danger.
— Je vous assure qu'il n'y a plus personne dans cette résidence. Les gens ont vite compris que les portes étaient ouvertes, ils se sont enfuis. Vous êtes le seul à ne pas avoir bougé.
— Vous avez l'air sincère, je ne doute pas de vos talents de conteuse. Je vais quand même vous attacher, de gré ou de force. Alors, soyez sympa, mettez les mains dans le dos et serrez les jambes.
Deux torchons torsadés en corde feraient l'affaire.
Un bruit le fit sursauter. Un bruit familier. Comme des pieds nus foulant le linoléum. Son regard revint vers Aline. Elle pleurait en silence. L'évidence le percuta avec la force d'un uppercut. Elle connaissait le visiteur. Voilà pourquoi elle prétendait qu'il n'y avait personne.
La colère s'empara de son bras armé. Il n'avait pas le temps de la maîtriser et de l'attacher. Il devait mettre hors d'état de nuire l'autre. Et si l'autre n'était pas encore passé à l'attaque, c'est qu'il manquait de moyens pour le faire. Aline avait joué le rôle d'un cheval de Troie.
D'accord... ça lui apprendra ! Trop bon, trop con !
Il se rua brusquement dans le salon. Comme il s'y attendait, quelqu'un était caché derrière le bureau. Il frappa sans sommation, avec le manche du couteau. Sa victime s’effondra contre la commode, inerte. C'était une fillette. Huit ou neuf ans.
Ce qu'il pouvait être idiot ! Une quadragénaire si bien apprêtée avait évidemment les moyens de se payer un enfant !
Furieux, il se retourna et reçut à bout portant, un long cracha de gaz lacrymogène.
— Mon Dieu ! Julie, Julie, réveille-toi !
La douleur fut terrible, mais le sentiment de trahison eut un effet si violent qu'il l'oublia presque aussitôt. À moins que ce ne fût grâce au film protecteur de ses lentilles de contact. Le visage ruisselant, au bord du déséquilibre, il se lança à la poursuite de la garce qui détalait avec sa gamine dans les bras, portant un sac en bandoulière. D'où sortait-il, ce sac ? Elle devait l'avoir plié en huit dans le fond d'une poche. Invisible à l’œil nu. Il aurait mieux fait de la fouiller. À présent, il semblait plein à craquer ! Quel imbécile !
Alors voilà ! Il l'accueillait chez lui, lui offrait un plat chaud, et elle se permettait de le dépouiller, comme ça, en interprétant le rôle d'une victime éplorée ? Quel jeu d'actrice phénoménal !
Ses phalanges blanchirent autour du manche du couteau, tellement il serrait fort.
Elle n'allait pas s'en tirer si facilement.
Il se rua dans l'escalier. Ses jambes franchirent les marches avec la force de l'entraînement. Même ses yeux s'asséchaient déjà. Une vigueur étonnante l'animait. Elles allaient apprendre à le connaître. Il les rattrapa très vite. La petite se traînait, encore étourdie. La lame transperça son épaule, en passant sous la clavicule, et en raclant contre l'os. Elle s'écroula sans coup férir au bas de l'escalier, sous les hurlements de sa mère.
Aline laissa tomber le sac, et au moment où elle rejoignait sa fille, Alex lui asséna une violente béquille au sternum. Elle tomba à genoux, suffocante.
— Reprends tes vivres, maugréa-t-elle entre deux borborygmes. Mais je t'en prie. Laisse là. Elle n'y est pour rien.
Un coup de manche semblable à celui que la gamine avait encaissé la réduisit au silence. Elle tomba sur le dos, tenta de reprendre son souffle, sans cesser de sangloter et de supplier.
— Pourquoi tu m'as fait ça ?
Il vint sur elle à califourchon, lui asséna plusieurs gifles.
— Espèce de salope !
Encore des gifles.
— J'aurais voulu pouvoir te faire confiance !
Il gifla encore, plusieurs allers-retours.
— Tu m'aurais demandé ces vivres, je te les aurais offerts. Ils seront bientôt pourris, de toute façon...
Sa main cessa de frapper. Elle retomba sur la poitrine d'Aline, chaude et moelleuse. Il releva la tête, vit à travers ses larmes le hall de la résidence totalement vide. La porte à double battant menait sur une rue déserte. Elle était offerte à toutes les intrusions et pourtant personne n'en profitait.
Personne.
Le magma de colère qui grondait encore en lui changea soudain de nature. Son corps tout entier fut saisi d'une intense ardeur, comme soumit à une combustion spontanée. Ses lèvres tombèrent sur le cou offert. C'était la première fois qu'il goûtait à une vraie peau. Ses yeux encore irrités se fermèrent sous l'effet du plaisir. quelle saveur délicieuse ! Légèrement salée, sans parfum inutile. Une note musquée, un léger bouquet de miel et de foin. Son esprit partit à la dérive. Elle était si douce, si chaude. Il lécha avec avidité, en pétrissant les seins de sa main libre.
Elle se raidit tout à coup, et tenta de se débattre.
— Non ! Pas ça !
Il frappa, et cette fois ce ne fut pas une gifle. Colla sa bouche sur ses lèvres encore maculée du gras de poulet. Introduisit sa langue. C'était meilleur que tous les repas du monde ! Elle ne répondit pas, et tourna la tête, horrifiée :
— Non, Alex ! Ce n'est pas vous ! Vous n'êtes pas comme ça !
C'était vrai. Il n'était pas comme ça. Toujours sage, toujours obéissant. Toujours à avoir peur. Ras le bol de cette terreur. Ras le bol de cette vie !
Son érection devenait douloureuse. Il défit d'une main le bouton de son pantalon et le baissa dans le même mouvement. Aline en profita pour essayer de glisser de côté. Il posa alors la lame de son couteau sur sa gorge, y traçant un fin sillon écarlate.
— Si tu te débats, je t'égorge !
Il procéda plus difficilement avec le froc de sa victime, mais parvint à son but.
Elle était à lui, toute à lui !
Alors, tu voulais profiter de la naïveté d'Alex, hein, salope !
Tu voulais lui faire croire que t'étais une fille bien, alors qu'en réalité, t'es juste une voleuse. Une menteuse. Une traîtresse !
Il la pénétra en gémissant. Bon sang ! C'était brûlant. Un peu sec, mais brûlant ! Il assura son maintien. Le coude du bras armé contre le plancher, la main libre sur un sein. Ensuite débuta le va-et-vient. Tout d'abord prudent, pour ne pas partir trop vite. Puis de plus en plus vif. Elle criait, suppliait, implorait. Il n'entendait rien. Rien d'autre que le sang qui pulsait contre ses tympans. Il se mit à charger si fort qu'il craignit de la saigner par accident. Comme elle lui paraissait résignée, il relâcha sa menace, pointa la lame vers le haut. Se pencha plus en avant, se cambra.
Et enfin la déflagration lui arracha un long cri de jouissance. Un véritable torrent déferla de son bas-ventre. Il s'effondra sur le flanc, en nage.
Bordel ! Quel pied ! C'était autre chose que les simulations 3D !
Il jeta son couteau au loin. Marcha dans le hall. Goûta aux délices de l'impunité. Il n'y avait pas âme qui vive. Le monde était peut-être anéanti. Tant mieux.
Le froid le poussa à se rhabiller. Il retourna vers les deux garces. La gamine avait le visage tuméfié et ensanglanté. Son nez était sans doute cassé. La blessure à l'épaule saignait modérément. Il pourrait la retaper. La mère n'avait rien, si ce n'est une légère coupure à la gorge.
Il récupéra deux tendeurs, une chaîne de vélo d'intérieur et une longue corde dans le matériel qu'il avait remonté de la cave.
Puisqu'il ne pouvait pas leur faire confiance, il les obligerait à rester tranquilles.  
Aujourd'hui, le nouvel Alex prenait naissance. Cela durerait le temps que cela durerait, un jour, une semaine, un mois. Aucune importance. Il se sentait libéré de tous les carcans de la société. La peur avait déserté son cœur. La loi, la morale, l'insécurité, la mort... Non, terminé ! Plus rien à foutre.
Il allait enfin pouvoir vivre...


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Message par Mélodie Or le Dim 9 Déc 2018 - 7:34

Je n'arrive pas à trouver ton texte.... Jeme suis inscrite sur le site de fichiers PDF mais je vois rien..


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Re: Coupure

Message par SILENCE le Dim 9 Déc 2018 - 10:48

Super un texte de Cancer ! Et le lien fonctionne pour moi ! j'essaie de lire ta nouvelle dans la journée et putain j'ai hâte de voir ce que tu nous a concocté !
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Message par Mélodie Or le Dim 9 Déc 2018 - 11:56

Ah oui c'est bon, j'ai réussi ^^ Alors je viens d'aller le lire. I'm Shoking!

Déjà j'adore ton style, ça se lit d'une traite. Les mots sont bien trouvés, j'ai parfois bien rigolé devant cet homme pétri de peurs irrationnelles. Contenant le forme, je ne saura rentrer plus dans les détails, je ne suis pas encore experte mais j'ai aimé. Concernant le fond:
"
Spoiler:
Plus on avance dans la lecture, plus je ressens ce qui va se passer. J'avoue ça me tord les boyaux. C'est une chose d'évoquer ces violences (je l'évoque moi-même dans ma propre nouvelle) d'un point de vue extérieur, mais de se retrouver dans la tête de ce psychopathe ça glace d'effroi... Du coup je reste sur un sentiment de malaise à la fin. Ce qui était certainement voulu ^^ . À un moment tu dis que les gens de l'immeuble se sont enfuis en voyant les portes ouvertes", j'avoue avoir pensé un instant que le mec était peut-être à l'asile ou un immeuble spécialisé...C'est le cas? Car tu en reparles pas à la fin. Parce que bon, pourquoi s'enfuir de chez soi? "
Tu es en plein dans le thème en tout cas!


Dernière édition par Mélodie Or le Dim 9 Déc 2018 - 12:56, édité 2 fois


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Message par Petit-Carmin le Dim 9 Déc 2018 - 12:07

Salut Cancer, je la lis dans la journée également. Smile


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Re: Coupure

Message par Murphy Myers le Dim 9 Déc 2018 - 13:04

La partie la plus difficile est faite : réussir à télécharger le fichier (c'est moi ou fichier-pdf est ultra chiant en ce moment ? rien qu'avec ce concours, déjà 2 liens morts et 1 qui impose une inscription à la noix pour atteindre le fichier...).
Bref, je lis ton texte dès que j'ai 10 minutes, Cancereugène.


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Re: Coupure

Message par SILENCE le Dim 9 Déc 2018 - 13:19

Ok Cancer, j'ai lu ! Que dire ? Comme Mélodie Or, je reste sur un sentiment d'effroi tellement ton histoire est glaçante et, bordel, je ne dois pas être normal car j'ai aimé ça. Je veux dire par là qu'après une première partie de récit assez lente et descriptive, tu réussis presque à placer une rupture de ton afin de nous mener vers une fin pour le moins radicale. Une société déshumanisée, engendre des êtres déshumanisés. Autant te dire que si je me suis senti assez en retrait sur les 4 ou 5 premières pages, les 4 ou 5 dernières ont été lues d'une traite avec un égal sentiment de malaise. Entre-temps, tu évoques l'existence d'un voire deux nouveaux personnages qui viennent crever la bulle de solitude de ton protagoniste, ce passage est comme un sas menant vers la partie plus sombre de ton récit... Bref, à mon sens un putain de bon travail !
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Re: Coupure

Message par kalcidian le Dim 9 Déc 2018 - 13:31

Je viens de lire ton texte Cancer...et j'ai adoré malgré le malaise que tu installe progressivement.

Techniquement, rien a dire. Je suis loin de ta maitrise et de ton écriture. C'est fluide et les 12 pages se lisent très facilement.

Le fond est également très bien maitrisé. l'ambiance est parfaite et les personnages bien construits.

Ce monde dans lequel ils évoluent fait froid dans le dos mais est également logique vis a vis de l'intrigue que tu mets en place.

Un véritable plaisirs.
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Re: Coupure

Message par Petit-Carmin le Dim 9 Déc 2018 - 13:58

Salut Cancer,

Cette histoire est folle, abjecte..., mais grâce à ta plume elle passe comme un bébé de lait, oups, ça m'a échappé, enfin, tu vois le petit du cochon. Bien qu'il ma fallut deux pages pour rentrer dedans, j'aime.

A plut'ch !





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Re: Coupure

Message par Cancereugène le Dim 9 Déc 2018 - 17:44

C'est premiers retours sont très encourageants, merci à tous ! Very Happy
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Re: Coupure

Message par Blahom le Dim 9 Déc 2018 - 18:24

Il m'est impossible d'accéder à ce texte. Serait-il possible de l'avoir sous forme de "spoiler" (comme on fait pour les concours estivaux) ? Merci d'avance.


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Re: Coupure

Message par Cancereugène le Dim 9 Déc 2018 - 18:38

C'est fait. Bon courage, il est un peu long à lire de cette façon...
Je peux te l'envoyer par mail, si tu veux.
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Re: Coupure

Message par Blahom le Dim 9 Déc 2018 - 18:43

Merci infiniment. Les premiers retours sur ton texte sont tellement positifs que je ne concevais pas de terminer mon week-end sans le lire. Smile


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Re: Coupure

Message par mémoiredutemps le Dim 9 Déc 2018 - 22:25

J’ai adoré  drunken  … sauf les deux dernières pages bien qu’elle soient parfaitement logiques avec un personnage aussi parano, une manière aussi de démontrer que l’être humain coupé des relations sociales n’est plus qu’une bête monstrueuse (les bêtes ne sont généralement pas comme cela)… donc j’espérais mieux comme fin au vu de ce qui précédait, voilà, mais je respecte bien sûr ta construction.
Spoiler:
De même, il y a quelques fautes sur la fin aussi comme si le texte avait manqué de relecture :
Laisse
— Tu m'aurais demandé ces vivres, je te les aurais offerts. Ils seront bientôt pourris, de toute façon...
fut saisi d'une intense ardeur, comme soumit à une combustion spontanée.
Un moment tu oublies les cadratins.
Oui aussi quelques répétitions trop proches (faire, sans), et puis non se faire licencier Rolling Eyes   ou se faire voler  Rolling Eyes … se faire signifie une action volontaire et non contrainte… erreur hélas fréquente dans les textes que je lis.


Parce que moi je rêve, moi je ne le suis pas. ("Léolo" - Jean-Claude Lauzon).
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Re: Coupure

Message par Cancereugène le Dim 9 Déc 2018 - 23:08

La première version de mon histoire se terminait autrement, mais elle me demandait trop de développements. Et cela aurait été moins percutant, même si plus "agréable" !
Et mea culpa pour les fautes, j'ai beau me relire, passer au correcteur, il en reste toujours... Tu en as cité quelques-unes, mais je suis persuadé qu'il y en bien d'autres ! J'admire ceux qui parviennent à tout nettoyer !
Merci pour ce retour. Tu as adoré 10 pages sur 12, ça fait quand même 83,33% !!
Spoiler:

Par contre, vivres, c'est bien masculin pluriel...
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