Sanslois

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Sanslois

Message par Catherine Robert le Sam 22 Sep 2018 - 15:09

Une dernière relecture, avec quelques modif légères, un total de 6748 signes pour un petit récit dystopique écrit grâce à mon défi perso.
Sanslois

Et le spoiler au cas où ça plante avec le lien
Spoiler:

… La loi portant sur la libéralisation du crime est entrée en vigueur depuis aujourd’hui minuit…

… Des manifestants se sont rassemblés devant le sénat. Leur réclamation : annuler la loi qui fait débat…

… Un an plus tard les premières analyses démontrent une hausse de la croissance économique, les dépenses de l’état, le chômage, et la pauvreté en baisse…

… Graves échauffourées un peu partout entre les sanslois et les anti-sanslois, des milliers de morts…

… Les statistiques montrent une forte hausse des crimes dans tout le pays…

… 72 ans après la libéralisation du crime, où en sommes-nous ?...
Ewin traversait les bois. De chaque côté, les arbres masquaient la vue. L’homme n’aimait pas ce chemin, dangereux et imprévisible. A tout moment, quelqu’un pouvait l’agresser. Mais avait-il un autre choix ? Il n’existait aucune autre possibilité d’arriver chez lui. Heureusement, passé ce tronçon, il retrouverait une sécurité presque optimale.

Marion l’attendait, il devait se dépêcher. Et si le travail avait commencé ? Et si l’enfant était né ? Pire : si les choses s’étaient mal passées ? Que la mère et le nourrisson n’aient pas survécu ? Que deviendrait-il ?
Serrant les dents, Ewin pressa le pas. Non ! Tout irait bien. L’accouchement ne devait pas se déclencher avant trois semaines, sa compagne se portait parfaitement bien, le bébé bougeait comme un beau diable. Le médecin qu’ils avaient déniché le mois précédent – un vieillard soignant à la sauvette les victimes blessées des sanslois – leur avait assuré que l’une et l’autre se trouvaient aussi bien qu’il était possible de l’être.

Mais…

Chaque fois qu’Ewin partait en ravitaillement et laissait Marion derrière lui, il angoissait. Trop de choses pouvaient arriver en son absence, tant d’horreurs.

Il se mit à galoper, soudain incapable de perdre la moindre minute. Dans cette société décadente, n’importe quel taré pouvait surgir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et commettre son forfait en toute impunité. Et il y en avait un paquet de ces hommes et de ces femmes cherchant leur plaisir dans la souffrance des autres. Une future maman au ventre bien arrondi représentait pour eux une proie de choix.


Ne pense pas à ça, reste concentré.

Trop tard, les images avaient commencé à se former dans son esprit :

Sa femme violée, démembrée petit à petit, le bruit mouillé des chairs qui se déchirent, à peine masqué par les hurlements de douleur. L’abdomen ouvert au couteau rouillé, le sang qui éclabousse tout, puis l’enfant, vivant, arraché de son cocon maternel, et son cri primal, l’air qui pénètre dans ses poumons minuscules, l’incompréhension de ce petit être incapable d’appréhender cette violence inconnue, inconcevable. Les rires tout autour, alors que les dingues se lancent le poupon innocent qui pleure à se briser des cordes vocales qui ne serviront jamais à rien d’autre. Et Marion supplie, encore et encore, tandis qu’on la frappe à nouveau, qu’un des fous joue dans ses entrailles à l’air libre, tandis que la vie se retire de son corps, que ses yeux se ferment sur le calvaire de son enfant.

Face aux visions d’horreur, Ewin perdait pieds. Il ne se maîtrisait plus, suffoquait presque de panique, ses jambes mollissaient, puis durcissaient, il était proche de la nausée.


Marion !

Mais le bâtiment sur la falaise apparut enfin, entouré de ses barbelés électrifiés, de ses pièges que le jeune homme connaissait par cœur, de ses spots qui éclairaient les ténèbres quand le soir venait. Une ancienne maison bourgeoise équipée par les propriétaires précédents, abandonnée sans que les locataires actuels sachent pourquoi. Ces gens-là devaient pourrir dans un coin ou un autre, assassinés. La même fin pour tous. Seules incertitudes : quand et dans quelles souffrances ?

A bout de souffle, Ewin parcourut les derniers mètres, cria le prénom de celle qui devait l’attendre, la mère de son futur enfant.

— Marion ! Marion !

Toute prudence l’avait quitté. On pouvait l’entendre ? Il s’en moquait. Là, plus rien ne comptait, rien sauf Marion.

Et elle fut là, sur le seuil. Elle avait surgi affolée, prête à faire face à la menace.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Le fusil entre les mains, elle fouillait du regard les alentours, en état d’alerte. Où se tapissait le danger ? Ewin la rejoignit, la saisit, la serra contre lui. Il pleurait presque de soulagement.

— J’ai cru que je t’avais perdue !
— Mais t’es con ! Tout va bien. Que veux-tu qu’il m’arrive ici ?... Calme-toi maintenant et rentrons. Faut jeter un œil aux caméras, tes cris ont pu attirer quelqu’un.

Le jeune homme la suivit, vidé. Il se sentait mou, déconnecté. Elle n’avait rien. Rien. Marion rejoignit la salle de séjour, se planta devant les écrans qui reproduisaient les quatre coins du parc, fit tourner les objectifs. Pas un mouvement dans les taillis, près des murs, devant le portail. Personne n’avait l’air d’avoir pénétré les lieux. Elle poussa un soupir et se laissa tomber dans le canapé.

— Tu sais que tu m’as fichu une sacrée trouille avec tes beuglements. Merde ! Tu pourrais éviter, j’ai pas besoin de ça.
— Pardonne-moi. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mon imagination m’a joué des tours... Putain !... Si je devais te perdre, j’en mourrais.
— Comme si ça allait arriver. Allez, viens près de moi.

Ewin ne se le fit pas dire deux fois, s’assit et se colla à elle, savoura sa chaleur si douce. Elle était si belle. Sa compagne.

— Et si on descendait s’amuser un peu ?

Marion se fit mutine dans ses bras, de toute évidence excitée. L’adrénaline de l’alerte certainement. Le jeune homme se demanda vaguement si c’était une bonne idée, si proche du terme de la grossesse, mais elle savait se montrer convaincante. Il se promit de faire attention, lui prit la main et se leva.

Le couple emprunta l’escalier, aboutit à la cave, véritable bunker inviolable dont ils avaient fait leur nid. Rien n’y manquait, ni les réserves de nourriture ou d’eau, ni même un système pourvoyeur d’oxygène, sans compter les armes de défenses, nombreuses. Ils passèrent la petite cuisine, la salle d’eau et le séjour, poursuivirent jusqu’au bout du couloir, vers la dernière porte. Marion avait glissé sa main dans le pantalon de son compagnon et lui pétrissait une fesse. Ewin se sentit durcir. Il s’arrêta pour embrasser sa maîtresse, tandis que ses doigts descendirent et dessinèrent la courbe de la poitrine rendue opulente par la gestation et l’allaitement futur.

— Tu es sûr que ce n’est pas une bêtise ? Dans ton état, ce n’est peut-être pas recommandé.
— Chut ! Je suis en pleine forme. Tu peux me faire confiance, ce ne sont pas ce genre de petits plaisirs qui vont me faire du mal. Viens, on y va.

Marion ouvrit la porte, le lit les attendait.

Sur celui-ci, l’homme allongé hurla.

La jeune femme saliva en se saisissant d’une scie et d’une pince.


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Re: Sanslois

Message par Petit-Carmin le Sam 22 Sep 2018 - 16:06

Mdr !!! Elle m'a tué ta nouvelle !

Magistrale, la chute est mortelle, bravo, mais quel sadisme tu as en toi Catherine.

J'ai adooré, merci.


Ravagé du système neuronal... Mais n'est-ce pas là l'atout de ma lumière créative.
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Re: Sanslois

Message par laufeust le Dim 23 Sep 2018 - 15:45

Ha ha je m'y attendais à cette chute mais impossible de ne pas sourire.
J'ai aussi ce petit côté sadique quand j'écris ce genre d'histoire^^.

Ton écriture est vraiment agréable, le sujet a beau être un classique du post-apo, on est directement happé dans l'histoire. On en veut plus !
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Re: Sanslois

Message par Catherine Robert le Mar 25 Sep 2018 - 19:14

J'avais pas eu le temps de répondre, puis, à mon habitude, j'ai oublié, avant d'y repenser.
Merci à vous deux les garçons, ravie que cette petite histoire sans prétention vous ait plu.


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Re: Sanslois

Message par Tak le Sam 3 Nov 2018 - 23:09

"Sans prétention" peut-être, mais ceci dit parfaitement exécuté.
Tu arrives à insérer un concept fort et beaucoup d'informations en peu de lignes, ce qui te permet de prendre tout ton temps (enfin si on peut dire, sur un format court comme celui-ci) pour raconter ton histoire, sans te perdre en détails inutiles. Un point que j'apprécie hautement (d'autant plus que j'essaie beaucoup moi-même de travailler sur la concision) et pas si évident que ça à gérer sur ce type de formats...
Quant au récit lui-même, c'est court et efficace, toujours avec ce fond très noir qui te caractérise. Que rajouter ? Ben pas grand-chose, hormis que j'ai beaucoup aimé ce court récit, qui peut éventuellement inviter à une suite (vis-à-vis de l'univers où celui-ci prend place).

En bref : beaucoup apprécié ce court, merci à toi Cath !


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Re: Sanslois

Message par Catherine Robert le Jeu 8 Nov 2018 - 0:30

Et merci à toi (oui, avec cinq jours de retard, mais j'avais oublié) Tak pour ce sympathique commentaire. J'aime bien le monde inventé, j'aurais voulu pouvoir le décliner en un truc plus long, mais le long ce n'est pas à l'ordre du jour, ni même le moyen, donc je suis contente d'avoir pu le négocier dans un très court. Et puis j'aime beaucoup le très court, je m'y sens plutôt à l'aise.


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