Le roi des Pirates

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Le roi des Pirates

Message par Martin- le Mer 3 Jan 2018 - 3:00

Je me réveille dans tes bras. Hagard et tremblant. Tout tangue dans ma tête, nausée. Comme un air de mal de mer.
Ton souffle régulier me rassure une seconde puis tu te retournes en gémissant alors que je m’extirpe de notre écrin de coton.
Mon écran marque quatre heures, plus que trois avant de retourner me jeter dans l’hiver, m’écorcher les mains pour remplir le frigidaire…
J’hésite un instant entre whisky et thé.
Je renonce à cette habitude pas si lointaine et branche la bouilloire.
Curieux, j’ouvre quand même la bouteille de scotch, comme en souvenir d’une époque passée… L’effluve s’en échappe, déversant un torrent de souvenirs.

Paris, une nuit de mai.
La chaleur est écrasante, glaçons dans mon single malt, blonde à mes lèvres, elle retire ma cigarette de ma bouche pour y coller la sienne en secouant ses boucles dorées.
Son rire est une cascade de pièces d’or.
La chaleur est délicieuse. Une flamme remonte de mon bas ventre à mes reins alors qu’elle me serre dans ses bras en soupirant mon prénom. Nos haleines alcoolisées se mélangent tandis que sous mes mains, son corps se cambre encore et encore...
Ses soupirs sont de l’ambre et de la soie.
La chaleur est plus supportable alors que le jour se lève. Je la pousse doucement pour quitter les draps. Son regard encore éteint croise le mien alors que j’allume une nouvelle blonde.
Ses yeux tristes sont des joyaux.

Lyon, un soir de juin.
Le bras tendu, je commande un autre verre. La serveuse me remarque enfin, je tire un billet de ma poche, me glisse à travers la foule. J'atteins le zinc, tend l’argent et un peu de feraille.
Encore un, s’il vous plait.
Le bras tendu, je tord son poignet et balaye ses jambes. Il s’écrase lourdement alors que j’élève la voix pour lui assener un coup de verbe dont j’ai le secret. J'essuie le sang sur ma joue et rallume ma clope tandis que les larmes perlent à ses yeux.
Encore un, je pense que je m'y fait.
Le bras tendu, je lui tiens la main alors qu’elle marche en équilibre sur un muret. Elle me demande si je l’aimerais plus qu’une nuit. Honnête, je la prend par la taille, l’attire contre moi, défais un bouton de son chemisier et lui annonce qu’à l’aube, c’est moi qui me détacherais.
Elle m’embrasse et l’amertume que je ressens ne vient pas du rhum séché sur ses lèvres…Sa langue porte comme un goût de chagrin…
Encore un, on ne s’y habitue jamais pour de vrai

Bordeaux, à l’aube. Juillet.
Le vent souffle sur les quais et tu me serres l’épaule en riant. Tu as raison, comme souvent. Je te tend une cigarette alors que le soleil daigne enfin se lever pour allumer le fleuve. Il est temps que je jette l’ancre quelque part, loin de cet enfer bourguignon.
Prendre la mer une bonne fois pour toutes.
Le vent souffle sur les quais et emporte nos cendres alors que tu jettes ton mégot en insultant les écolos. Tu rajustes tes collants et passe ta main dans mes cheveux en me traitant de petit pirate.
Et j’ai envie d’aborder un nouveau gallion.
Le vent souffle sur les quais mais nous n’y sommes plus. Je pars pour une dernière croisière dans tes bras incognita, m’emparer d’un nouveau trésor dont je ne garderais qu’une poignée de joyaux et quelques souvenirs brumeux.
Et yo-ho ! Une bouteille de rhum !

Je referme le bouchon de la bouteille.
Malgré le thé brûlant et le jour qui jaillit par la fenêtre, les images défilent encore dans mes yeux vitreux. J’ai choisi de m’échouer dans tes bras et le naufragé sentimental que j’ai toujours été y a trouvé le trésor qu’il cherchait depuis longtemps. J’ai laissé les tempêtes et les déferlantes pour la chaleur et la stabilité d’un foyer
Pourtant, il m’arrive de regretter ces aventures nocturnes, ces combats hasardeux et ces pillages affectifs qui rythmaient mes voyages.
Je remonte jusqu’à l’époque où je descendais ces single malt à la lumière des lampadaires…  Comme un vieux marin, je rêve parfois de reprendre la mer.
Alors je m’assied auprès de toi et caresse ton visage comme j’ai effleuré celui de toutes ces autres, il y a quelques temps. Toujours endormie, tu serres ma main alors que je m’allonge à tes côtés.
Une nouvelle effluve emplit mes narines, de nouvelles images défilent… Non plus des souvenirs, mais des images d’un futur, d’une aventure qui m’attend, qui nous attend tous les deux.
L’odeur de tes cheveux est celle de ces îles que nous explorerons à deux, celle de ces nuits auxquelles nous mettrons le feu et de tous ces dangers que nous surmonterons.
Je ferme les yeux et te prends dans mes bras. Que mon patron aille se faire mettre : On embarque, moussaillon !


Je ne crois pas en Dieu, mon père... Et de toutes façons, cela semble réciproque.
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