Mission dans la zone

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Mission dans la zone

Message par Catherine Robert le Mar 7 Nov 2017 - 10:13

Allez, assez lu, relu, et rerelu. Je balance mon truc, et je pourrai penser à une suite pour ce projet, puisque ce texte s'intègre à Mnémotopia. Ce que j'en pense ? Euh... J'en sais rien, je vais vous laisser juge.
Mission dans la zone
Mission dans la zone (via mon ancien blog laissé à l'abandon)
Mission dans la zone:

Mission dans la zone
Régis rêvait. Il parcourait une plaine immense, un pas après l’autre, sans jamais s’arrêter. L’herbe jaunâtre, balayée par des vents sauvages, se desséchait sur pied au fur et à mesure de sa progression. Quelques arbres balançaient un feuillage moribond en bruissant, mélodie étrange dans le silence absolu. Au loin, un troupeau de vaches paissaient indifférentes, arrière-fond sur un ciel d’un gris uniforme. L’enfant ne savait pas où il se rendait, mais il n’avait pas d’autres choix, malgré les cris de maman qui  ne voulait pas qu’il parte. Il devait poursuivre sa route, trouver les nuages blancs.

Une main sur son épaule réveilla le gamin. Vito le secouait en murmurant qu’il était l’heure. Mais l’heure pour quoi ? Régis réfléchit un peu puis, se redressa d’un bond. Les bribes oniriques et l’image des bovins qu’il n’avait jamais vus s’effacèrent de sa mémoire.

Sa première mission d’importance.

Un an qu’il accompagnait le vieil infiltré dans son vagabondage. Et toujours, le même train-train : marcher dans la zone, s’installer dans un quartier pour quelques jours, donner des spectacles au milieu de petites salles minables, devant des poivrots et des catins décaties ; et surtout, écouter les gens parler. Mais Régis ne savait pas trop ce qu’il était censé entendre ; à force de ne rien relever d’inhabituel dans les conversations, il avait fini par se convaincre que le nomade taciturne, devenu son instructeur imposé, n’était qu’un original de plus. Un parmi tant d’autres.

Mais la veille, Vito l’avait regardé avec une nouvelle expression sur le visage. Il avait paru réfléchir un moment, hésiter, avant d’enfin se décider :

— Ça te dirait de changer la routine ?

L’enfant l’avait regardé intrigué et s’était contenté d’un hochement de tête affirmatif.

— C’est une mission un peu risquée, tu es sûr de toi ?

Et Régis avait dit oui.

L’homme et le gamin était arrivés dans l’hôpital désaffecté au milieu de la nuit, après un court trajet dans des rues vidées de leur faune. « Discrétion indispensable », avait assuré le vieillard à son élève. Sur leur route, ils n’avaient croisé personne, à l’exception d’un gars à la démarche vacillante, sans nul doute imbibé d’une vinasse locale, et incapable de se souvenir d’eux à son réveil.

Après s’être emmitouflé dans des couvertures usées, le jeune squatteur s’était endormi sans rien apprendre de sa future mission. Malgré ses nombreuses questions, Vito avait refusé de révéler le moindre détail de la journée du lendemain.

Mais le moment tant attendu était arrivé. Il allait enfin pouvoir accomplir autre chose que des pitreries devant des spectateurs grossiers. L’enfant trépignait d’excitation.

— Ils vont bientôt arriver. Où sont Zarbi, Doll et Don Juan ? Trouve-les bon sang. Et fais attention à ne pas te faire remarquer… Cap, va avec lui !

Le chien se leva, étira ses pattes mécaniques, et prit le sillage de Régis. Celui-ci sortit de l’ancienne salle de chirurgie, longea le couloir, pénétra dans chaque pièce à gauche et à droite, mais ne détecta aucune trace des fugueurs.

— Tu crois qu’ils sont dehors ?... Allez viens, on va voir.

Les deux compères se précipitèrent à l’extérieur. Les lieux disparaissaient sous les broussailles et les mauvaises herbes, un espace à l’abandon, délaissé par le corps médical. Pour beaucoup, il rappelait trop la catastrophe, la terre stérile et empoisonnée, les morts par milliards, la claustration obligée dans la ville-tour. Le gamin ne savait pas trop quoi en penser, il se demandait bien parfois s’il existait quelque part autre chose que cette Babel immense, mais ça ne durait pas. Il n’avait connu qu’elle, s’en accommodait, et malgré la tristesse d’être éloigné de sa famille, il se trouvait plutôt chanceux d’avoir rencontré Vito.

Et puis, cette mission, elle avait un parfum d’aventure qu’il n’aurait jamais vécu s’il était resté au quatrième. Explorer le premier l’avait ravi, stupéfié, et effrayé. Toute cette misère découverte au gré de ses pérégrinations l’interpellait. Son existence auprès de sa mère n’était pas luxueuse, il pouvait même la qualifier de pauvre, mais comparée à celle des résidents de la zone, elle devenait un privilège. Après quelques semaines de sa nouvelle vie, la conclusion s’imposa, évidente : s’il ne voulait pas être abandonné parmi ces gens vulgaires, il devait contenter son employeur. Son maître n’avait jamais évoqué une telle perspective, mais Régis pleurait encore son ancien foyer, et l’éventualité de perdre le nouveau l’angoissait.

Du coup, il courait un peu trop vite pour retrouver les chiens et le petit singe, Cap dans ses pas, attentif pour deux.

Après un regard rapide au parking désert, Régis poursuivit ses recherches, bifurqua sur sa gauche au bout de la façade, et stoppa net. Il laissa échapper une plainte aiguë, avant de se précipiter.

Les corps de Zarbi et Doll reposaient sur le sol pierreux. Les pattes mécaniques avaient été arrachées, l’abdomen et le torse ouverts de bas en haut, les viscères s’étalaient en une masse écœurante. Les bêtes baignaient dans leur sang, gueule ouverte et langue pendante.

L’enfant s’écroula auprès de ses compagnons des derniers mois, incapable d’agir. Il voulait les aider, tenter un truc, n’importe quoi, mais au fond de lui, il savait déjà qu’il était trop tard. Sanglotant sans bruit, il ne se décidait pas à partir. Ces animaux, il les avait appréciés dès le premier jour. Zarbi à la force incroyable, capable de tirer des poids énormes, étonnant à chaque fois le maigre public assistant à leurs numéros. Et Doll, si mignonne et sautillante, un peu fofolle aussi. Régis les avait adoptés tout de suite. Maintenant, il ne restait plus que Cap.

Et Don Juan.

À son évocation, la question s’imposa tel un coup de poing sur le nez dans l’esprit du gamin. Où se cachait le ouistiti ? Il aurait dû se trouver là. Puisqu’il n’y était pas, il avait sans doute réussi à s’enfuir. L’espoir revint pour atténuer, un peu, la douleur. Avec un zeste de chance, le singe avait échappé au massacre. Régis se releva, puis se tourna vers Cap :

— Viens, il faut qu’on le retrouve. On peut pas retourner près de Vito sans lui.

Ils se remirent en marche, prudemment. L’enfant avait perdu son insouciance ; il venait de se confronter à la mort, subite et imprévue, à la violence et au meurtre, la peur s’infiltrait en lui. Cap ne le quittait pas d’une semelle. Le chien avait augmenté la puissance de ses capteurs sensoriels, à l’affut du moindre bruit, de la plus anodine des odeurs. Une protection efficace, Régis le savait et en était reconnaissant. Il posa une main légère sur le pelage du chien, avant de l’entraîner vers l’entrée des urgences.

Dans un silence tendu, ils commencèrent à fouiller les différentes pièces : l’entrée et ses sièges cassés, les salles d’examens pour les soucis bénins, l’espace privé réservé au personnel soignant. De temps en temps, Régis osait lancer un appel discret à son minuscule ami. Tout en progressant, il songeait à ses mimiques. Don Juan savait jongler et marcher sur un ballon, mais surtout, il était agile et souple, des caractéristiques de choix pour l’espionnage, augmentées grâce à la mécatronique. Le soir, la bestiole, se lovait tout contre l’enfant et s’endormait comme n’importe quel autre animal domestique, ce qui ne cessait de provoquer l’étonnement du gamin conquis.

Régis et Cap avaient passé au peigne le service radiologie, le comptoir d’accueil, ainsi que quatre cabinets de consultation, le ouistiti ne se montrait toujours pas. La résignation commençait à gagner du terrain. Bientôt, il faudrait rejoindre Vito et lui annoncer la triste nouvelle. C’était cette perspective peu réjouissante qui poussait le gamin à continuer ses recherches. Comment le vieil homme allait-il réagir ? Sa ménagerie ambulante représentait tout pour lui. Il les avait choisis bébé, les avait dressés durant des mois, soignés, choyés, aimés. Son unique famille.

Soudain, Régis poussa un cri étouffé, la cheville agrippée par une petite main griffue. Il se dégagea et recula, avant de reconnaître Don Juan. La bête gisait à l’abri de caisses entassées dans un coin du couloir. Il lui manquait une patte avant et la deuxième pendouillait tristement. Du sang avait séché sur sa poitrine, et son œil droit refusait de s’ouvrir.

Cap le renifla longuement, avant de lui donner plusieurs coups de langue. Le ouistiti gémit sans bouger sous l’assaut affectueux, puis Régis le prit dans ses bras. Des larmes lui coulaient sur les joues. Il ne les sentait pas. Une seule pensée prenait toute la place dans ses préoccupations :

Il faut le sauver ! Il faut le sauver !

Mais que faire ? Il ne connaissait rien à la médecine, encore moins à sa branche vétérinaire. Où aller ? Pour lui, la zone demeurait un territoire peu exploré, et les animaux, à l’exception des rats, n’y existaient quasi plus. Il mettrait des heures à trouver quelqu’un pour soigner Don Juan, si tant est qu’il finisse par la trouver cette personne miraculeuse.

Après un instant de réflexion, toujours sans la moindre idée, il décida de rejoindre Vito. Le vieil espion avait exploré des tas d’endroits, rencontré des tas de gens, récolté des tas d’informations ignorées de l’enfant. A coup sûr, il saurait quoi faire. Oui, il saurait. Il devait savoir.

L’enfant courut rejoindre son maître sans plus se soucier du danger. Nul ne vint pourtant interrompre sa course affolée. Il s’écroula, haletant, auprès de Vito, le ouistiti au creux des bras.

— Il est blessé ! Vous allez le guérir, n’est-ce pas. Dites-moi que vous pouvez le sauver.

Alerté par l’arrivée bruyante de son apprenti, le vieillard avait dégainé son arme, mais vite compris la situation. Son visage s’était fermé en recueillant le petit singe.

Il l’ausculta avec douceur, tâtant ses membres, soulevant la paupière baissée, écoutant le souffle court et les battements de cœur désordonnés. Puis, il baissa la tête avant de regarder l’enfant anxieux à ses côtés.

— Je ne peux rien faire. J’ai pas ce qu’il faut, et les blessures sont graves.
— Mais il va mourir !
— Je sais.

Régis éclata en sanglot, et Cap vint se blottir contre lui, comme pour le consoler, mais le gamin était inconsolable.

— Écoute, on va terminer la mission et…
— La mission ! Mais on peut pas, on doit sauver Don Juan… Pas lui… Je ne veux pas. Déjà, Zarbi et Doll qui sont… sont…

Et il ne se tut, incapable de poursuivre. Alarmé, Vito se redressa soudain, lui saisit le bras, et le secoua.

— Tu veux dire quoi ? Hein ? Ils sont morts, c’est ça ? Parle bon sang !

Seuls des sanglots répondirent à la question, mais il n’y avait nul besoin d’être plus précis. Le vieil homme soupira, réfléchit un peu, et prit sa décision.

— On n’a pas le choix. Si on veut trouver une solution pour Don Juan, on doit poursuivre. Après, on nous accordera sûrement les moyens de l’aider. Mais pour ça, on doit réussir. Alors, tiens-toi près, notre cible va bientôt arriver.

L’enfant renifla, essuya la morve de son nez sur sa manche, agrippa la minuscule main de son petit ami, et se tourna vers son maître.

— Pourquoi ils ont fait ça ?
— Il y a des choses moches qui se passent dans la ville, des êtres mauvais, toujours prêts pour un sale coup. C’est comme ça dans la zone. Incompréhensible. On ne peut pas faire grand-chose, juste apprendre à être prudent.

Régis sursauta. « Prudent ! » Ça lui revenait. Il avait oublié d’enclencher la fonction garde des trois animaux, une de ses tâches journalières depuis plusieurs semaines. Tout était de sa faute. En les laissant sur le mode spectacle, ça revenait à les envoyer dans une tempête de neige par des températures glaciales. Dans cet état conçu pour préserver leur incognito, les bêtes restaient joueuses, toujours à l’affut d’une bêtise à commettre. Leurs maîtres endormis, elles devaient s’être précipitées dehors. Puis, était survenue une rencontre funeste, avec un gang ou l’autre, probablement des revendeurs de pièces mécaniques. Le gamin hoqueta, mais ne dit rien. Impossible d’avouer une telle négligence. Et il n’eut pas l’occasion d’y réfléchir ou de changer d’avis, son maître posa ses doigts sur son poignet.

— Chut ! Ils arrivent.

Cap s’était redressé, un grondement presque inaudible montant de sa gorge. Vito le fit taire d’un geste, et les trois compagnons se cachèrent derrière un amas de gravas.

Au loin, des voix se firent entendre. Plusieurs, pour la plupart masculines. Elles se rapprochaient tout en se chahutant l’une l’autre. Plutôt des jeunes gens d’après les intonations.

— Z’allez arrêter de faire les cons. Ou bien, j’me garde la gnole juste pour moi.
— Casse pas l’ambiance Max. On fait qu’rigoler. T’as l’reste aussi j’espère.
— T’inquiète mec, j’ai marchandé avec Iggy. J’lui ai laissé tâter de ma frangine, et il m’en a donné plus que prévu. On va s’défoncer comme jamais. Macha, viens là.

Une jeune fille se détacha des autres pour rejoindre le chef de la bande. Il lui plaqua une main au cul et rit grassement. Dans son crâne devait passer des images salaces. Macha ne le repoussa pas, mais paraissait songeuse. Au milieu des autres, elle seule ne souriait pas.

Vito se pencha à l’oreille de son élève :

— C’est elle notre cible. Nous devons… l’arrêter.

Régis regarda son maître, perplexe, mais n’osa pas poser de questions. Encore bouleversé par les récents événements, il craignait une nouvelle bévue. Il voulait juste écouter les ordres, se montrer à la hauteur, et se racheter. S’il lui était possible de se racheter.

— L’opération va être compliquée. Au départ, Don Juan devait les distraire, ensuite les chiens seraient intervenus en fonçant sur les trois garçons. Et nous, nous n’aurions plus eu qu’à nous occuper de Macha. Mais là… On va faire autrement. C’est Cap qui va détourner leur attention. Nous, on va s’approcher dans les ombres. Au plus près possible.
— Mais Cap va être exposé. C’est dangereux… Je n’veux pas qu’il lui arrive quelque chose.
— Tais-toi ! On n’a pas le choix. Et tu sais très bien que Cap est spécial, il ne risque rien.

Oui, Cap était spécial, Régis en avait bien conscience. Un des derniers modèles d’animaux augmentés. Pour passer d’une fonction à l’autre, il ne nécessitait aucun réglage spécifique, au contraire de Zarbi, Doll, et Don Juan. Mais ça ne garantissait rien, et ça aussi l’enfant le savait. Pourtant, il fit silence, culpabilité et désir de trouver le moyen de sauver le ouistiti trop ancrés dans son esprit.

— Bon, si on agit vite, on devrait pouvoir s’en sortir sans dommage. Cap va les attirer vers le fond de la pièce. D’après mes renseignements, Macha va traîner des pieds, elle est perturbée pour le moment. Moi, je surgirai de là-bas, ajouta-t-il avec un geste vers la droite de la porte, toi de l’autre côté. On la saisit, je la bâillonne, et on se tire.
— Et Cap ?
— Cap nous rejoindra après. Je t’ai dit de ne pas te soucier de lui. Concentre-toi plutôt sur la mission. C’est notre seule chance de sauver Don Juan… Allez, vas-y Cap !

Le chien s’extirpa de la cachette, puis tranquillement, se mit à trotter vers le groupe. Les garçons avaient commencé à se passer la flasque de tord-boyaux. L’alcool agissait déjà sur leur comportement, ils n’en étaient visiblement pas à leur première bouteille. Peut-être un avantage, peut-être pas. Assis en cercle, les jeunes s’excitaient les uns les autres. Seule Macha semblait perdue dans ses pensées. Lorsque la gourde lui parvenait, elle la portait à sa bouche et n’en buvait pas. Ses camarades de débauche ne s’en apercevaient pas, mais Vito avait remarqué le geste arrêté trop tôt.

Peu à peu, Cap se rapprochait. A une distance qu’il jugea appropriée, il s’arrêta et aboya. Les gosses sursautèrent, se relevèrent d’un bon, sur leurs gardes, cherchèrent d’où venait ce bruit incongru, puis éclatèrent de rire face au spectacle. Le chien debout sur ses pattes arrière fit une cabriole, puis les laissa venir à lui. Un peu. Et recula. Recommença son saut périlleux. Refit quelques pas vers le mur. Attirant les jeunes de plus en plus loin de la sortie.

Macha parut un instant vouloir les suivre, puis se ravisa, et se rassit. Exactement comme l’avait prévu Vito. Le vieillard sortit de l’ombre. A l’exception de Cap et Régis, tous les autres lui tournaient le dos. L’enfant, imitant son maître, s’avança à son tour.

Il posait un pied après l’autre, prudent et attentif, mais la luminosité réduite rendait sa progression difficile. Il ne vit pas la canette rouillée qui traînait, trébucha dessus, avant de se rétablir de justesse. Mais il était trop tard, le bruit avait explosé comme un pétard dans la nuit. Les garçons abandonnèrent le chien et ses pirouettes. Les torches étaient maintenant toutes braquées sur Régis.

Tout se passa ensuite très vite. Le chef de la petite bande poussa un juron, sortit une arme, la pointa vers l’enfant tétanisé. Puis fit un bond en arrière, jeta sa main libre dans son dos, se débattit. Cap se lança vers un des comparses, lui sauta à la gorge, ne lui laissant aucune chance. Vito se précipita vers le dernier adolescent. Une bagarre s’ensuivit. Deux esquives, et le jeune homme se trouvait étalé dans la poussière.

De son côté, le leader du groupe se saisit de la masse de poil dans son dos. Don Juan, sans l’appui de ses pattes avant ne tint pas une seconde la position. Il fut jeté à terre, sans ménagement. Son cri sortit Régis de sa léthargie, et il se précipita vers l’animal.

— Don Juan, ça va ?... Réveille-toi ! Je veux pas que tu meures !

Le gamin ne prêtait plus aucune attention aux combats. Cap et Vito en avaient fini avec leurs adversaires respectifs, mais le petit ami de Macha, trop loin d’eux, eut le temps de viser de nouveau l’enfant. La détonation éclata dans la salle. Régis n’eut même pas le temps de soulever la tête. Il fut bousculé, poussé au sol où il se cogna le crâne. Cap grogna et attaqua. Le voyou s’écroula, lâcha le revolver, lutta quelques instants, et perdit la bataille.

Le silence revint d’un coup, presque palpable. Il dura quelques secondes, juste celles nécessaires à Régis pour revenir à lui, à Macha pour pousser un cri, à Cap pour aboyer. Le chien dressé depuis des années fonça vers la jeune fille et la força à reculer. Il connaissait son boulot. Elle ne bougerait plus tant qu’il la surveillerait.

Régis se souvint du petit singe. Celui-ci était toujours là, étalé sur le béton, sans plus un mouvement de vie, dans une immobilité flasque qui ne laissait aucun doute.

— Maître ! Il est mort ! D’abord, Zarbi et Doll, maintenant lui. Tout est de ma faute. C’est à cause de moi tout ça.

Et l’enfant ne quittait pas des yeux son ami simiesque, sanglotant d’un désespoir physiquement douloureux.

— C’est pas ta faute gamin… C’est pas ta faute…

La voix se fraya un chemin à travers les larmes de Régis jusqu’à atteindre son cerveau. Elle ne ressemblait pas à celle de Vito. Elle était affaiblie, laborieuse. Tellement loin de l’intonation grave et forte du vieil homme.
Le jeune garçon le découvrit juste derrière lui, couché dans la poussière, en réplique géante de Don Juan, avec un trou béant au niveau du foie. Le sang formait déjà une flaque poisseuse.

— Maître ! Non…
— Tais-toi… Je n’en ai… plus pour… pour longtemps.

L’espion toussa, crachant un flot d’hémoglobine, puis reprit péniblement la parole :

— Écoute… Je vais mourir… C’est comme ça… On ne décide pas… de son destin. Il y a des… forces… au-dessus… Mais la… mission… on a… réussi… Ils vont… vont venir… pour récu… pérer… la… fille… Prends Cap… il veil… lera… sur… toi… Tu… dois… trou… ver Ig… gy… Un des… ma… gouil…eurs… de… la… zone… Il… peut… t’aid…

Le dernier mot du vieillard s’éteignit dans un râle douloureux. Régis hurla de chagrin, d’angoisse, et de culpabilité. Il était seul. De sa faute, son maître, Zarbi, Doll, Don Juan, tous avaient péri. Ils ne les reverraient plus. L’enfant s’écroula, terrassé par la souffrance. Cap n’avaient pas bougé, empêchant toujours Macha de s’échapper.

Du côté de l’entrée, on entendit des pas lourds et le gravier écrasé par les chenillettes des robots-policiers. Régis ne remarqua qu’à peine la prise en charge de la cible. Tout cela ne l’intéressait pas. Rien ne l’intéressait plus.

Cap vint se coucher contre le gamin, lui offrant sa chaleur. Et il attendit. Son jeune maître finirait bien par se relever pour se remettre en route. Avait-il seulement un autre choix ?

20 170 sec


Dernière édition par Catherine Robert le Lun 13 Nov 2017 - 9:12, édité 1 fois


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Re: Mission dans la zone

Message par Purple-fan le Mer 8 Nov 2017 - 21:49

Spoiler:
J'ai trouvé la référence. Bon j'ai galérer puisque j'ai jamais lu l'histoire originale. Les pistes sont floutés, mais de manière très jolie, comme si c'était un écho de l'histoire originale ou un univers parallèle.
Et puis...bon je vais être honnête... j'ai du retenir des larmes à la fin... Je me sens mal pour ce gamin, mal pour Don juan, Doll et Zarbi, mais aussi pour Vito. D'ailleurs ce dernier avait compris l'erreur de l'enfant ?  C'est l'impression que ca me donne quand il lui dit que c'est pas de sa faute.
Un excellent texte en tout cas. J'ai rien à redire dessus, j'ai accroché dès les premières lignes, et les 8 pages sont passées à une vitesse éclair. Je voudrais essayer de développer, mais non, à chaque fois que je repense au texte je deviens triste. Y a rien à dire, t'a juste réussi ton coup. On ne sait pas grand chose sur Régis, Vito et sa troupe, mais suffisamment pour être affectés par leur histoire. Et pour moi, tu a réussi à rendre "humain" des animaux mi robotique mi biologique. J'imagine très bien Don Juan: un petit singe affectueux et joueur.



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Re: Mission dans la zone

Message par Catherine Robert le Mer 8 Nov 2017 - 21:58

Merci de ce joli commentaire Purple. Il me rassure un peu. Et savoir que le texte t'a rendue triste est un beau compliment.
Spoiler:
Pour le classique, "Sans famille" d'Hector Malot (et tant pis pour ceux qui lisent le spoiler avant le texte :mrgreen: ), j'ai lu le livre, mais ça remonte à tellement loin, je crois que je me rappelle plus le dessin animé en fait. Quand j'imagine les perso, ce sont ceux-là que je visualise. Mais même ainsi, j'ai dû aller fouiller Wikipédia pour lire un bon résumé et me remettre l'histoire en tête. Je suis restée aussi proche que possible de la partie d'histoire que j'utilise tout en essayant malgré tout d'en raconter une autre. Comme beaucoup d'entre nous, je suppose, j'avais peur qu'on ne reconnaisse pas l'oeuvre originale. Mais si tu l'as reconnue sans la connaître, ça fait plaisir à entendre, ou plutôt à lire.


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Re: Mission dans la zone

Message par Blahom le Sam 11 Nov 2017 - 17:01

Désolé mais je ne parviens pas à accéder au texte : même problème qu'avec celui de Purple.


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Re: Mission dans la zone

Message par Catherine Robert le Lun 13 Nov 2017 - 9:15

J'ai édité pour proposer deux autres solutions de lecture. Une via mon ancien blog inactif depuis un bail (et donc plus fréquenté, ce qui m'arrange) et une autre via un spoiler.
Et c'était bien chiant, j'ai dû pour les deux m'amuser à refaire toute la mise en page (justifier, supprimer des sauts de ligne incongrus après chaque ligne sur mon blog, ici remettre une phrase en italique, insérer tous les sauts de paragraphe...) pour que ça donne un truc pas trop moche à lire.


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Re: Mission dans la zone

Message par Blahom le Lun 13 Nov 2017 - 18:23

Merci beaucoup Catherine.
Du coup, je ne sais pas comment je mettrai mon histoire en ligne (si je parviens toutefois à en venir à bout dans les délais impartis).


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Re: Mission dans la zone

Message par Nao76 le Mer 15 Nov 2017 - 9:00

J'ai beaucoup aimé ton texte Cat. Je n'ai pas reconnu la référence, mais c'est parce que je ne la connais tout simplement pas... voilà.

Deux petits détails :
Spoiler:
Dans cet état conçu pour préserver leur incognito, les bêtes restaient joueuses, toujours à l’affut d’une bêtise à commettre. Leurs maîtres endormis, elles devaient s’être précipitées dehors.
Je pense que tu voulais dire "Sans cet état" ? où alors j'ai pas compris la phrase lol

Alerté par l’arrivée bruyante de son apprenti, le vieillard avait dégainé son arme, mais vite compris la situation.
mais vite compris la situation, ça sonne mal dans ma tête, comme si il manquait des mots...

Après je suis loin d'être la mieux placée pour te parler de ce genre de choses !

En tous cas, j'ai trouvé ton texte très émouvant, bien écrit. Les personnages sont très attachants, mais comme je suis un être insensible, je n'ai pas versé ma petite larme... ^^


"Quand la main abandonna les caresses et commença à tordre, à forcer et à tirer, ça ne la surprit pas. D'une étrange façon, elle accueillit la douleur avec gratitude. Une douleur concrète était plus facile à gérer que la terreur dans l'attente de l'inconnu."
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Re: Mission dans la zone

Message par FRançoise GRDR le Mer 15 Nov 2017 - 10:36

J'ai réussi à le lire sur ton blog, quoiqu'à un moment j'ai eu une fenêtre pour avoir la suite et une alerte : je devais télécharger une nouvelle version de Word alors que la mienne est on ne peut plus récente Rolling Eyes Bref, j'ai pas cliqué sur "télécharger" et tout est rentré dans l'ordre en fermant cette fenêtre !!!
Mon avis : je n'ai pas deviné le classique de départ (je l'ai donc découvert dans le spoiler), mais cela n'est pas grave.
J'ai bien aimé ce côté steampunk des animaux accompagnant le groupe du garçon et les situations que tu as amenées les concernant. Par contre, je suis restée en dehors de l'aspect dramatique, peut-être parce que tu allais trop vite d'une scène à l'autre. Pour moi, il manque un peu de liant entre les événements subis.
De très bonnes idées qui auraient besoin de développement plus conséquent.


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Re: Mission dans la zone

Message par Blahom le Ven 17 Nov 2017 - 20:25

La référence littéraire m'est passée au-dessus de la tête : c'est uniquement à la lecture des commentaires que j'ai percuté... Il est vrai que l’œuvre originale m'est inconnue. Quand j'étais ado, la télé diffusait l'adaptation nipponne. Pas vraiment ma tasse de thé, j'étais plutôt Goldorak. :mrgreen:
Pour en revenir à ton récit, Catherine, il est bien écrit et donne dans une ambiance post-apocalyptique. Je déplore cependant l'absence de détails sur la catastrophe à l'origine de tout cela, ainsi que sur le monde que tu dépeins. Pourquoi sommes-nous dans un hôpital ? Contre qui lutte-t-on précisément ? J'aurais aussi aimé avoir davantage de détails sur le jeune héros. Une description physique n'aurait pas été inutile.    
La principale raison pour laquelle je n'ai pas été totalement emballé tient au fait qu'il est très difficile de m'émouvoir, surtout en mettant en avant les souffrances de pauvres petites bêtes ( a fortiori bioniques ) et d'un malheureux gamin. Ce genre de prose ne me touche généralement pas. Autrement dit, et cela n'a rien de personnel, j'ai du mal à être bouleversifié par ton texte, au demeurant sympa. Trop cynique je suis...


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Re: Mission dans la zone

Message par Paladin le Sam 18 Nov 2017 - 12:11

J'ai vite reconnu une de mes lectures d'enfant, alors que j'ai oublié la plupart de ce que j'ai lu vers cet âge-là, je me souviens bien de ce roman, un peu du Zola pour enfant, du genre qui fait pleurer à 8 huit ans (Que le vieux Vitallis meure, d'accord, mais pas le singe ! Crying or Very sad ) D'autant plus qu'Hector Malot à vécu un temps à Moisselles, village du Val d'Oise où se trouve le premier hôpital psy où j'ai travaillé, là où j'ai fait mes études, et où j'ai passé le plus de temps. Bon, ça c'était la séquence "souvenirs".

J'aime bien l'écriture, c'est vif, tu nous suggère en quelques allusion tout un univers, et je trouve très bien imaginé ce glissement d'un roman quasi naturaliste à une mission, on dira "d'agents spéciaux" dans contexte post-apo. Le seul truc qui me contrarie un peu, c'est que l'histoire se situe dans un contexte plus large que je ne connais pas (Oui, je sais il correspond à d'autres textes de toi, que je n'ai pas lu, mea culpa !), et j'aurais aimé en savoir plus sur le background, qui est Macha, pourquoi la veut-on elle ? Il me faudrait une explication sur le but et les enjeux de cette mission.

Encore un texte court qui pourrait être développé en un véritable cycle !


Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens qui nous empêche d'en inventer un?

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