Renaissance

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Renaissance

Message par Tobermory le Sam 31 Déc 2016 - 23:13

Désolé, mais j'ai loupé à plusieurs reprises le manip du lien PDF ( le lien que j'obtiens renvoie à mon fichier word et non au PDF) Donc dans l'immédiat je copie mon texte ici. Dès que j'aurai réussi la manip, je remplacerai cette copie par le lien.

Renaissance

Mon texte (12450 caractères):

Renaissance

Si je m’attendais à ça ! Depuis plus d’un siècle, moi, le fantôme de Lucie Chabreuil, je me décarcasse en vain pour accomplir ma vengeance sur cette famille et voilà que le dernier de ses descendants vient me rendre visite à domicile. Oui, à domicile, dans ma dernière demeure au cimetière de la petite ville de Chanterac. Mais il vaudrait peut-être mieux commencer par le commencement, à savoir mon bref début de vie et mon début de mort déjà nettement plus long.

Ma vie proprement dite ne présente que fort peu d’intérêt et je vais m’efforcer de la résumer en quelques phrases. Humble fille du peuple, j’avais 17 ans en 1910 lorsque mes parents me placèrent comme servante au château du Comte de Chanterac. J’étais très jolie et je plaisais beaucoup au maître des lieux, qui de son côté me déplaisait fort, surtout quand il prétendait s’autoriser de dégoûtantes privautés ou du moins que je considérai comme telles, car j’étais très prude et je tenais à ma virginité. Jusque là, j’avais toujours réussi à contenir ses avances dans les compliments galants et les pince-fesses. Les choses changèrent lorsque je rencontrai Bill Robson, un jeune américain en affaire avec le Comte. Bill était encore plus riche que ce dernier, infiniment plus beau et d’une prévenance envers moi dont l’idée n’aurait même pas effleuré l’autre. Nous tombâmes amoureux et avec la bénédiction de mes parents,  enchantés par la perspective d’un aussi beau mariage, nous nous fiançâmes bientôt. Un début digne des rêves de prince charmant qui avaient bercé mon adolescence. Hélas, de me voir au bras de Bill poussa le Comte à exercer ce qu’il estimait être son droit de cuissage avant que je n’aie quitté le château pour ma nouvelle destinée. Un soir il vint me surprendre à l’endroit où Bill et mois nous donnions rendez-vous. Là il tenta de m’embrasser et d’explorer mes dessous et lorsque je commençai à crier, il me serra le cou si fort qu’il m’étrangla. Son influence dans la région et ses accointances avec les notables lui permirent d’étouffer l’affaire. Une enquête bâclée attribua le crime à un vagabond et on n’en parla plus.

Le pauvre Bill qui m’aimait tant m’offrit des funérailles somptueuses et consacra une bonne part de sa fortune à me faire édifier une sépulture d’exception. Pas la simple tombe, ni même le caveau abrité par une chapelle. Non, c’était une véritable maison, réplique à peine miniaturisée de la chaumière qui aurait abrité nos amours. A l’intérieur, un salon, garni des meubles que nous avions d’ores et déjà choisis chez un artisan, une bibliothèque où l’on trouvait tous les livres que Bill avait promis de me faire lire. Et bien sûr une chambre, où s’étalait un lit à baldaquin dont le centre avait été évidé pour y placer le sarcophage de bronze contenant ma dépouille. Ah j’oubliais, une cuisine aussi, aux placards pleins de vivres divers pour le cas où je serais prise d’une petite faim, comme les pharaons dans leur pyramide.  Dommage que je ne sois pas née quelques dizaines d’années plus tard : j’aurais eu ma cuisine intégrée, ma télé et ma climatisation. Bill passa pour un fou. Les uns le critiquèrent de gaspiller ainsi l’argent qui aurait pu être investi avec plus de profit. D’autres au contraire admiraient  cette folie si romantique.

A l’instant de ma mort, mon sentiment dominant était celui de la haine pour l’infâme qui brisait ma vie et mon bonheur naissant. Une haine qui sans doute m’aida post mortem à maintenir en moi une force en quelque sorte vitale. Sentiment de regret aussi, regret d’avoir avoir été trop sage dans mon amour pour Bill. Il me respectait, trop sans doute, et nous n’avions pas été plus loin que des baisers du bout des lèvres. Comme je l’ai dit, j’étais très prude à l’époque. Depuis, j’ai changé. Quand vous avez été tripotée, explorée, trifouillée jusqu’au plus profond de vos diverses intimités, vous voyez les choses d’un œil différent. C’est avec les vers que j’ai perdu ma virginité. Je leur dois un grand merci, ils m’ont initié à la sensualité. Ah les baisers dévorants de leurs mille bouches minuscules, leurs caresses ondulantes sur ma peau, leurs titillements de mes nerfs, leur empressement sur tout mon corps, sur toute ma chair. On nous rebat les oreilles des visions consolantes générées par la mort, la lumière au bout du tunnel, l’extase spirituelle. D’accord, c’est bon à prendre, mais un peu lénifiant quand même. Et par rapport à la suite, c’est comme comparer un bon repas avec une nuit d’amour torride.

Après ces éblouissements charnels, ces béatitudes de la matière, je me suis sentie vidée, rongée, sucée jusqu’à l’os. Ne restaient de moi que quelques linéaments de pensées frileusement blottis contre les replis du squelette et dans ses cavités ouvertes à tous les vents. Puis ce fut au tour de mes os eux-mêmes de disparaître.

Et ce fut une fois mon corps désagrégé, dissout, que je ressentis les prémisses d’une renaissance. Mon esprit, mon âme, qu’on l’appelle comme on veut, retrouvait une vague identité faite de bribes de souvenirs, de sensations, de sentiments qui se succédaient capricieusement, comme dans un rêve. Au début, évaporée de mon sarcophage, j’errais dans cette maison, ma dernière demeure. Maintenant, je parviens à en sortir. Je me lance, je vagabonde dans la ville et dans les alentours. Je suis en quête, je cherche, sans savoir quoi. Je ne vois rien, je n’entends pas, mes sens sont hors circuit, mais  je  perçois l’essence des choses et des êtres, j’assimile le contenu des livres sans avoir besoin de les ouvrir et je lis dans les cerveaux mieux que leur propriétaire. J’apprends, j’apprends énormément.

J’ai reconnu le château. C’est en flottant au dessus de ses murs et de ses tours qu’une intuition a transpercé mon être vaporeux : je suis un fantôme animé par la force de la haine, l’esprit de vengeance. Hélas, j’ai beau reconnaitre le Comte, virevolter autour de sa personne,  impossible de réaliser contre lui une action concrète telle que le faire chuter dans l’escalier ou le pousser à s’empaler sur les pointes d’acier de la grille d’entrée, à se défenestrer, ou encore à avaler une dose de mort-aux-rats. Je me sens privée de tout pouvoir, aussi impuissante que dans ces cauchemars où on voudrait fuir, et qu’on se trouve paralysé, incapable de faire un geste.

Alors, déçue,  je m'en retourne, je me transporte ou me téléporte –  les conditions du processus m’échappent –  chez moi, dans mes appartements du cimetière.

Le temps s’écoule. Le temps n’a guère de sens pour moi, mais je sais que plusieurs époques se sont succédé. Je l’ai appris par les livres, par les journaux, et par les pensées des gens. Je suis gonflée de toutes sortes de connaissances savantes ou triviales. Je pourrais, si j’avais le don de la parole, parler comme une fille de la banlieue ou comme un bobo des beaux quartiers. Le château tombe en ruine, le Comte l’a quitté depuis longtemps. Vu l’âge qu’il aurait, il est sûrement mort. Et enterré, mais pas dans mon cimetière. Dommage, peut-être que j’aurais pu hanter son âme pourrie. Ma quête se poursuit. Si le Comte est hors d’atteinte, reste sa descendance pour assouvir ma vengeance de fantôme. Hélas, cette lignée maudite vit bien loin d’ici, et plus je m’écarte de ma sépulture, moins j’ai de pouvoir.

Un miracle s’est produit. Je sais que je ne me trompe pas. C’est comme si je sentais l’odeur des gènes de la famille. C’est un homme, peut-être son petit fils ou arrière-petit fils. Il est entré dans le cimetière. Il déambule parmi les tombes. Il s’approche. Il est là, juste devant ma demeure, mon nid d’amour et de mort.


J’ai voulu revenir à Chanterac, le berceau de ma famille. Chanterac, dont mes parents ne parlaient jamais, et encore moins mon grand-père Xavier, le dernier à avoir occupé les lieux, avant de les quitter pour toujours. Pourquoi ? Aucune explication, sujet tabou. Ça puait le secret de famille nauséabond. J’ai voulu savoir. Depuis une semaine que je suis ici, j’en ai appris des choses. J’ai interrogé les habitants. Ils ne sont pas bavards. On ne tient pas à parler des Chanterac et encore moins de Xavier. Le château n’est plus qu’une ruine, l’office du tourisme n’en parle même pas ; personne ne s’est soucié de l’entretenir. Toute la population serait d’accord pour rebaptiser le patelin. J’ai fouillé dans les archives, dans les journaux. Beaucoup de rumeurs autour du dernier châtelain, Xavier. Brutalités, harcèlement sexuel, même si on ne l’appelait pas encore ainsi. Des faits aussi, des disparitions de jeunes filles, domestiques au château, corps jamais retrouvés, sauf celui de la première, Lucie. Chaque fois, l’affaire était classée, avec pour explication la fugue, et pour Lucie, crime d’un rôdeur. Le tout ensemble, les rumeurs et les faits, ça a fini par faire beaucoup. Trop. Xavier  a compris que se refermait sur lui, que malgré son nom et son importance locale, la justice ne pourrait plus classer sans suite. Lors de sa mort, son assassinat, Lucie venait de se fiancer à un américain, Bill Robson. Il parait qu’il lui a fait édifier le plus extraordinaire, le plus étrange des tombeaux.

Derrière moi la grille du cimetière s’est refermée  en grinçant. Entre les murs gris, le ciel bas, les dalles muettes et les fleurs de faïence figées, je me sens déjà dans un tombeau. Me voici parvenu au point ultime de ma quête, l’origine, l’épicentre du cyclone qui a secoué ma famille, la tombe de Lucie. C’est une maisonnette presque pimpante. Sur la porte, une plaque de bronze « Lucie Chabreuil 1893-1910 » et une autre en dessous : «  Mon amour, repose  en paix dans cette demeure qui aurait dû voir notre vie de bonheur – ton fiancé pour toujours, Bill ».

Pauvre Bill, il ne lui a pas survécu longtemps, il est mort au début de la guerre de 14, engagé volontaire de la première heure. Comme il devait l’aimer sa Lucie et comme elle était belle sûrement, bien que je n’aie pas trouvé la moindre photo ni portrait d’elle. Je ne parviens pas à m’arracher d’ici. J’imagine Lucie, sourire aux lèvres dans cette demeure, bordant avec amour les draps du lit conjugal. Bill est mort, Lucie, tu le sais ? Mort depuis si longtemps. Comme j’aimerais faire ton bonheur. Nous pourrions être heureux tous deux. Tu l’as bien mérité.

Elle m’appelle, elle m’invite à entrer. Mais la porte est bloquée. Ne t’inquiète pas, Lucie, je vais arranger ça. Je me précipite dans la cabane là-bas et j’en rapporte une pioche et une bêche. Après un quart d’heure d’efforts, la porte s’ouvre. Il fait sombre là dedans. Je balaye une pièce après l’autre de ma lampe de poche. Voici la cuisine… le salon… la bibliothèque, bien fournie, beaucoup d’ouvrages de poésie. Et voici la chambre. J’hésite devant la porte. Tu m’autorises, Lucie, à entrer dans ta chambre ?


Quelle chance inespérée qu’il soit venu dans ce cimetière. Ensuite j’ai réussi à l’attirer dans la maison, dans la chambre.  Il est à ma merci. Chez moi, je suis forte, j’ai des pouvoirs. Je vais enfin pouvoir accompli cette vengeance pour  laquelle j’ai tenu le néant à distance pendant si longtemps. Mon esprit de fantôme circule dans son corps, se perd dans ses neurones. Je l’ai envoûté, mais maintenant c’est à mon tour de l’être. Quel bonheur cette fusion de nos deux esprits. Comme le sien est beau, rien à voir avec celui de son ancêtre Xavier de Chanterac. Ce garçon, il s’appelle Eric,  est un romantique comme je l’étais. Mon histoire l’a touché,  je le fascine, il m’aime par delà ma mort, il veut réparer le mal de son aïeul.   Eh là, pas de doute, je suis amoureuse… C’est réussi, pour un fantôme qui rêve de vengeance depuis plus d’un siècle ! Je voudrais le serrer contre moi, le couvrir de baisers. Mais je ne suis qu’un esprit désincarné. Ses bras vont se refermer sur une illusion de femme, sur du vide. Dieu ou Diable, qui avez permis à ma haine de hanter ces lieux, donnez à l’amour la force de recréer mon corps !

Un flux d’énergie vitale me parcourt. La matière renait dans mon aura immatérielle. Du dur, du solide, du concret, mes os se reforment, maintenant ils sont au complet. Bientôt je serai à nouveau la jeune fille de 17 ans dans sa resplendissante et charnelle beauté. Et cette fois ce ne seront pas des baisers du bout des lèvres. Des ondes de désir m’envahissent, je tends les bras vers Eric.

Mais qu’est-ce qui se passe ? J’ai beau me concentrer, vouloir très fort que le processus continue, peine perdue, ma renaissance s’est arrêtée en chemin. Pas de chair, pas de sang. Les os, point final. Les froides ardeurs d’un squelette et le sourire ricanant d’une tête-de-mort, voilà tout ce que je peux offrir à cet amant !
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Re: Renaissance

Message par Catherine Robert le Dim 1 Jan 2017 - 17:15

J'ai fait la manip et rajouté le lien.
Je lirai probablement un peu plus tard dans la journée.

Edit : Voilà, c'est lu. Ton texte est écrit très proprement, mais il ne m'a pas emportée. Je le trouve un peu trop dans le tell (la narration au "je" amène plus facilement ce défaut je pense) et l'histoire est un peu "naïve" (entre guillemets, je ne trouve pas vraiment le terme que j'aimerais utiliser), c'est à dire que les éléments d'intrigue utilisés sont plutôt cliché. Le cimetière me semble aussi ne pas être vraiment central, c'est plus une histoire de fantôme/hantise/vengeance qui n'a pas spécialement besoin du cimetière pour exister. (en fait, c'est comme ça que je vois le raccord au thème : est-ce que le cimetière doit être là ?)
Mais que ces quelques remarques ne te découragent pas, tu sais écrire, le reste, c'est surtout une question d'inspiration et de bouteille.


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Re: Renaissance

Message par Blahom le Dim 1 Jan 2017 - 19:40

Agapit, sors de ce corps ! Voilà ma réaction première. J'ai l'impression d'avoir lu un inédit de Marc Agapit. C'est un texte plaisant narré par un personnage féminin frustré. Cela aurait pu n'être qu'une gentille histoire d'amour mais c'est bien plus que cela. La fin est délicieusement cruelle. Quant au passage sur la perte de virginité de l'héroïne, il vaut son pesant de cacahouètes (il m'a de plus remis en mémoire l'une des répliques cultes du film Flash Gordon, le célèbre "Non, pas les vers perforants !").
Décidément, ce concours est de très haute tenue.


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Re: Renaissance

Message par FRançoise GRDR le Mar 3 Jan 2017 - 17:02

J'ai vraiment aimé ce personnage de
Spoiler:
fantôme avec son idée fixe de vengeance qui malheureusement sera détournée à cause d'une libido pour le moins savoureuse
! La pincée d'humour noir à la fin va bien.
Pour moi, le thème du cimetière est respecté puisqu'elle y a sa dernière demeure.


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Re: Renaissance

Message par Perroccina le Mar 3 Jan 2017 - 21:59

Une petite histoire sympathique mais qui ne m'a pas vraiment emportée. Le thème est plus en filigranne que vraiment respecté. Malgré tout l'histoire se tient très bien et la chute est inattendue.


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Re: Renaissance

Message par paulux le Jeu 5 Jan 2017 - 8:46

Vraiment un très bon texte, bien écrit et narré, on est emporté dans cette histoire, voire ces histoires. Le récit est très poétique, et le dénouement surprenant, un peu caustique. J'ai apprécié les différentes voix narratives, la façon dont s'est rendue.
Pour l'instant, je le classe parmi les meilleurs !
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Re: Renaissance

Message par François Fischer le Jeu 5 Jan 2017 - 11:12

Un brin réticent au départ, l’histoire m’a emporté au fil des pages : jouer la carte du romantisme gothique et de l'idylle impossible - sans sombrer dans la mièvrerie - est un pari osé de nos jours, et c’est justement ce qui m’a plu. Le final est poignant et empreint de poésie macabre.

En raison du traitement narratif adopté, il y a quelques redites entre le monologue de Lucie et celui d’Eric : rien de bien gênant pour cette belle histoire.
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Re: Renaissance

Message par Murphy Myers le Ven 6 Jan 2017 - 13:31

Pour moi, le thème colle. Dans le sens où le cimetière est le dortoir des morts, leur dernière demeure, et où tout se passe ici dans la dernière demeure du personnage justement, son cimetière personnel. C'est une définition possible qui a d'ailleurs été suggérée dans les règles du concours je crois. Et là, l'histoire de ce personnage ne pourrait se passer ailleurs puisque, comme elle le répète plusieurs fois, elle ne peut pas atteindre son but hors de sa "tombe". Elle doit y rester pour y arriver.

Après, j'ai beaucoup aimé le début. Le premier paragraphe à lui-même est géant, tout en humour noir, avec un ton désabusé que j'adore. Le coup des vers est horrible et génial aussi.

Pour moi, là où le bats blesse, c'est sur la fin.
Le coup de foudre me parait vraiment "forcé", pour que l'histoire suive le cours que tu lui avais réservé.
Troquer la vengeance irréfléchie contre ça en quelques secondes, ça colle pas pour moi. Pas un esprit qui mélange si facilement son tueur avec la descendance innocente de ce dernier pendant si longtemps. Je veux dire, en un siècle, jamais elle ne s'est dit "en fait, c'est con comme projet, le mec qui m'a tué est déjà mort, et sa descendance a rien à voir avec tout ça". Et puis en quelques secondes, elle se "convertit" finalement.

De même que Eric qui s'entiche d'un cadavre mort depuis un siècle. Si c'était un détraqué nécrophile, pourquoi pas, ça rajouterait même dans l'horreur de l'histoire. Mais il est montré comme un personnage normal, voire même innocent et aimable.

Bref, du très bon à mes yeux, bien cynique et sombre. Jusqu'au 3-4 derniers paragraphes qui pour moi ne collent pas au ton installé et auxquels je n'ai pas accrochés (même si le coup final du squelette est bien pensé, mais pas suffisant pour me réconcilier avec cette fin quand même).


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Re: Renaissance

Message par mormir le Lun 9 Jan 2017 - 15:07

Le début de cette histoire m'a vraiment happé. L'idée est excellente, le style agréable à lire. La fin ne m'a pas semblé à la hauteur des promesses : il lui manque un côté poétique, onirique qui pourrait tout à fait être rendu avec une histoire si romantique.

Reste que ce texte est bien dans le thème et présente une histoire originale.

Merci à toi !


CONFUCIUS : lorsque l’on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ça n’est pas forcément le pot qui est vide.
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Re: Renaissance

Message par Paladin le Lun 9 Jan 2017 - 22:00

Moi aussi je reste sur ma faim, malgré d'excellentes choses dans ce texte. C'est vrai qu'on pense à Agapit. Mais Agapit aurait été plus grinçant (Et sa misogynie aurait donné un moins beau rôle au fantôme féminin). Le côté grinçant apparaît quand même dans la fin, mais il manque un peu de punch, je crois que la toute dernière partie aurait mérité d'être plus développée, et d’autres passages moins.

Catherine parle d'un côté trop "tell" : c'est vrai, quoi que ça passe. Mais pour rendre le récit un peu plus "vivant" (Si on peut dire, vu le thème...) tu aurais pu, par exemple, commencer par la "vie" de Lucie dans sa maison/tombeau, puis quelques retours en arrière pour expliquer progressivement ce qui s'est passé, et tu aurais aussi pu alterner la narration de Lucie avec celle du descendant du Comte de Chanterac, chacun dévoilant une partie de l'histoire, jusqu'au final surprenant.

C'est vrai aussi que le "retournement" brutal de Lucie sonne mal.

Tu suggères à un moment que l'attirance étrange du descendant pour Lucie aurait pu être provoquée par elle, par sa mystérieuse influence :"Quelle chance inespérée qu’il soit venu dans ce cimetière. Ensuite j’ai réussi à l’attirer dans la maison, dans la chambre. Il est à ma merci. Chez moi, je suis forte, j’ai des pouvoirs." Plutôt que, tout à coup, elle se sente elle aussi amoureuse de lui, elle aurait pu trouver sa vengeance : quand il ouvre le catafalque, c'est un squelette animé qui se dresse devant lui !

J'aime bien l'idée de la découverte de l'amour physique par les vers !

Pour le respect du thème, je dirais que tu y es, sans y être vraiment : l'histoire est plus orientée vers la tombe de Lucie que vers le cimetière en lui-même, mais en même temps, la tombe ne saurait être ailleurs.

En tout cas, moi aussi je trouve que tu sais écrire. Je te suggère de reprendre cette histoire, en travaillant la construction et en cherchant une chute plus forte.


Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens qui nous empêche d'en inventer un?

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Re: Renaissance

Message par Jack-the-rimeur le Mar 10 Jan 2017 - 19:48

Ne m'en veux pas mais je n'ai pas réussi à entrer dans ton histoire. L'impression d'un récit survolé, pas vraiment construit, d'éléments brodés au gré de l'inspiration mais sans conviction particulière sur un thème somme toute classique (Barbe-Bleue, Baskerville). Comme si tu n'osais pas encore te prendre au sérieux. C'est dommage parce que ton écriture ne manque pas de qualités mais, en l'état, elles font un peu dispersées.
Bien entendu, ne vois là qu'un sentiment purement subjectif et qui n'engage que moi.


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Re: Renaissance

Message par Cancereugène le Mer 11 Jan 2017 - 21:24

J'aime beaucoup cette histoire très sentimentale, mais morbide à souhait.
J'adore encore plus le ton léger, dérisoire, de la narratrice.
Tout se déroule avec naturel (même si j'ai peu goûté au cliché « commencer par le commencement ») ; les événements se succèdent avec humour, sans fioritures. C'est très bien raconté, vraiment agréable à lire.
Le final est très très bien trouvé !
C'est amusant, lugubre et très ironique.
J'aime beaucoup. Rien à dire sur cette histoire, donc.
Allez, un léger bémol. Très léger.
C'est trop raconté, pas suffisamment mis en scène. Le fameux tell/show me paraît déséquilibré en faveur du tell, ce qui casse un peu l'émotion. Mais cela reste une broutille. Le texte est si court...
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Re: Renaissance

Message par Raven le Lun 16 Jan 2017 - 18:41

Je découvre au téléchargement un texte très court. Dans ce genre de concours, c'est un risque car on peut t'attendre au tournant et la première critique que je t'opposerai sera le fait de n'avoir pas exploité à fond toute la latitude qui t'était donnée. Mais je suis déjà bien contente que tu aies posté in extremis, et je suis consciente que tu n'avais plus le temps d'étoffer.

Premier bon point : l'originalité de ton cimetière. Ou du moins de la tombe. Jusqu'à présent, je n'ai trouvé dans les textes du concours que des cimetières classiques, excepté celui de Blahom avec son côté futuriste.

Autre bon point, et super trouvaille : la découverte du plaisir par les vers. C'est excellent et ironique quand on considère la jeune vierge effarouchée qu'elle était au moment de sa mort. Doublement ironique compte tenu que ce plaisir ne peut pas se reproduire : une fois bouffée, il ne restera plus de terrain de jeu pour les vers.

J'aime beaucoup aussi le jeu des deux voix pour narration.

Ceci étant posé, et en me permettant un mauvais jeu de mots^^, je trouve que tu as le squelette mais ça manque de chair autour.

L'idée est là : tu as ton histoire de bout en bout, le passé, le présent, le moteur, la chute, etc. Ne reste plus qu'à l'étoffer pour la peaufiner parce qu'en l'état ça me paraît un peu rapide (et on en revient à mes craintes du début quand j'ai vu la brièveté de ton texte alors que tu disposais d'une belle marge de manœuvre).

Donc : n'hésite pas à approfondir et engraisser les scènes. Par exemple, la partie avec les vers pourrait être plus charnelle, plus érotique et, partant, plus écœurante pour le lecteur (enfin pour le lecteur non nécrophile^^).

Le personnage du comte : quelques flashbacks où tu ferais revivre à Lucie les mauvais moments rendraient ce nouveau Gilles de Rais plus concret et permettraient de générer plus d'empathie avec ton héroïne.

De même, je trouve qu'Eric tombe amoureux un peu trop vite. Je n'ai rien (bien au contraire) contre l'amour de loin, le coup de foudre sur photo ou simplement sur la réputation (procédé typique des textes médiévaux), mais là ton héros n'a ni vu de portrait de la fille, ni vraiment entendu parler de son caractère. Dans le prolongement de ton cimetière, je verrais bien soit un gisant à l'image de Lucie (dont il tombe éperdument amoureux : finesse des traits sculptés dans la pierre, douceur du visage, rondeurs des formes, etc.) soit un sarcophage/cercueil vitré où il peut voir son corps (genre les cheveux intacts et soyeux, ou une silhouette qu'on devine éblouissante en son temps, bref tu vois le genre) et tomber amoureux, ou du moins trouver un support concret à cet amour qui justifierait un coup de foudre. Ou encore faire venir Eric sur les terres de son ancêtre sur la base de recherches quelconques (généalogiques ou autres), avec un portrait de Lucie, qu'il "connaîtrait" donc déjà un peu. J'insiste sur ce point car c'est là que se situe le propos de ton texte : cette histoire d'amour/vengeance, puis amour impossible. C'est à la fois le déclencheur et la chute, tout est dans l'amour, donc ça mérite qu'on s'y attarde.

Un détail : elle dit que c'est seulement après que ses os se soient totalement désagrégés qu'elle est devenue fantôme. Or, ça se passe du vivant du Comte. Il me semble qu'il faut plus de temps que ça pour que les os finissent par disparaître, surtout qu'elle n'est au final pas vraiment enterrée mais à l'intérieur, donc mieux préservée. Je ne suis pas experte mais ce point est peut-être à vérifier.

Bref, comme je disais, un texte qui souffre d'un traitement un peu trop rapide, ce qui rend ses charnières peu crédibles. Il gagnerait à être étoffé  pour qu'on prenne le temps de comprendre les émotions des personnages (moins de tell et + de show, comme ne cesse de répéter – à raison – Paladin), surtout que tu as déjà tout le canevas.


Quiconque lit la présente ligne sait que j'ai des têtes de crevettes dans mon congélateur. 3 sacs pleins. Demandez pas pourquoi.
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Re: Renaissance

Message par Géraldine BM le Mar 17 Jan 2017 - 16:32

Un texte propre.
J'ai eu un peu de mal du fait que pour les deux personnages, le "je" est utilisé.
Un côté un peu trop narratif ce qui fait qu'il est plus difficile d'être happé dans la lecture. Un côté au un peu "naïf" parfois bien contrebalancé par les pointes d'humour.
J'ai noté le problème de la désagrégation un peu rapide du squelette, pas possible normalement dans un temps aussi bref, mais du coup ça rend la chute très savoureuse.
L'action se passe dans le cimetière, où a été construit le mausolée, dont je considère que c'est bon pour le thème même si on peut considérer que là où ailleurs l'histoire fonctionne.


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Re: Renaissance

Message par Amaranth le Sam 21 Jan 2017 - 16:01

Désolée, Tobermory, mais je n'ai pas été totalement embarquée par ton histoire. Le début est classique mais agréable à lire, bien que quelques coquilles/maladresses subsistent (mais il me semble que tu n'avais plus beaucoup de temps, donc ce n'est pas le plus important). C'est surtout la fin qui m'a moins convaincue : le coup de foudre des deux protagonistes ne m'a pas paru crédible et donc j'ai eu du mal à adhérer (même si la toute fin est chouette, ça ne "rattrape" pas cette impression, désolée).
Mais j'ai beaucoup aimé le passage avec les vers : l'idée de la perte de virginité est bien glauque et cynique, vraiment bien trouvée.
Je me suis aussi un peu embrouillée au niveau de la temporalité : le fantôme dit "Le temps n’a guère de sens pour moi, mais je sais que plusieurs époques se sont succédé." puis l'autre personnage parle de son "grand-père Xavier", ce qui laisse entendre que bien moins que plusieurs époques soient passées. Elle peut s'être trompée mais dans ce cas, il vaudrait peut-être mieux mettre "je pense que plusieurs époques…" ou quelque chose de moins affirmatif. En tout cas, ça m'a un peu perturbée. Razz
Et du coup, s'il ne s'est passé qu'une cinquantaine d'années (environ), la dégradation du corps est trop rapide, surtout qu'elle est censée être momifiée.
Donc des bonnes idées mais quelques points qui m'ont un peu sortie du texte également.


Je questionne souvent ma santé mentale.
Des fois, elle me répond.
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