Le Petite Chaperon Rouge : Ça n’arrive qu’aux autres.

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Le Petite Chaperon Rouge : Ça n’arrive qu’aux autres.

Message par Martin- le Mar 3 Mai 2016 - 0:06

Alors ça c'est un vieux vieux atelier (et le premier texte que j'ai écrit sur ce forum je crois aussi) qui a quelques années maintenant. Il datait un peu alors je l'ai retapé et je me suis rendu compte qu'à l'époque, ce petit là était resté truffé de fautes de style. Il y avait un tas de trucs à améliorer (Je parie qu'il en reste encore d'ailleurs) mais du coup cette version réactualisée me parait bien plus réussie.

Le Petite Chaperon Rouge : Ça n’arrive qu’aux autres.

Ce matin, quand Maman demande à Chaperon Rouge de courir jusqu’à l’hôpital apporter un panier à Mère-Grand, la sage enfant écoute distraitement les recommandations. Elle est trop pressée de pouvoir gambader dans la forêt citadine. Elle promet, sans vraiment y réfléchir, de se dépêcher et de faire attention au Loup qui rode,comme ils ont dit à la Télé.
De toute manière, “Ce genre d’histoires, ça n’arrive qu’aux autre”… Chantonne la petite fille en dévalant l’escalier.

Tout ici pourrait ressembler au célèbre conte dans lequel une petite fille vêtue de rouge rend visite à sa grand-mère. Figurons nous que les immeubles sont des arbres, les voitures et les piétons jouent le rôle de la faune locale. Les vitrines sont autant de fleurs qui pourraient distraire la jeune innocente de sa mission. Les klaxons chantent sous le ciel enfumé et la foule se presse au travers des broussailles et des arbres de béton. La petite suit le chemin de ciment en chantonnant.

Petit Chaperon Rouge aime beaucoup la promenade en forêt. et bien que Maman veuille la voir de retour avant la nuit, elle prend son temps et flâne. Hors des murs exigus de l’appartement, tout semble plus coloré, plus vivant. tout est différent du boîtier étroit dans lequel la Télé montre le monde. Le monde de la Télé est froid et terne : La Ville est animée et une douce brise d’été y souffle. La ville est incroyable, luxuriante, absorbante, comme une forêt merveilleuse. Mais prend garde, petite fille, dans la forêt, il y a aussi le Loup qui rôde.
De merveille en merveille, elle s’enfonce de plus en plus loin… Chaque carrefour livre à la jeune fille son lot de prodiges, de spectacles et mène à une autre intersection encore plus surprenante.

Une fleuriste arrange des bouquets colorés, de jeunes garçons jouent au football contre un mur tandis qu’un cuisinier fait des ronds de fumée avec sa cigarette, assis devant un kebab. Des collégiennes courent pour arriver à l’heure, un vieil homme nourrit les pigeons dans le parc voisin. C’est d’ailleurs dans ce même square que Petit Chaperon Rouge observe deux tourtereaux qui gazouillent sur un banc avant de s’envoler. Une vieille pie crie après ses petits et un vieil ours fume la pipe en rêvant sur son banc.
Il y a tellement de monde et d’animation dans cette clairière !

Mais le temps court tandis que la jeune fille flâne. Le jour se brise doucement et l’or solaire se consume dans le lointain, enflammant le ciel de mai. Pendant un instant, tout semble vide. Calme et muet. C’est l’heure où les anges s’envolent vers de lieux plus sûrs, c’est l’heure où les petites filles devraient en faire autant.
Fascinée par la mort de l’astre flamboyant qui fait du ciel un théâtre fantasmagorique, Petit Chaperon Rouge ne voit pas la Lune de fer et de glace qui s’élève doucement dans son dos.
Le crépuscule donne au monde un nouveau visage. Une figure à la fois grotesque et sublime.
Les animaux revêtent un masque grimaçant, leurs ombres prennent des dimensions fantastiques.

Puis soudain, les merveilles du soir, de cuivre et d’or, s’abîment dans la teinte glacée du ciel nocturne. La lumière se fait plus rare et les créatures nocturnes semblent s’éveiller.
L’ébène envahit le firmament et quelques lumières jaunâtres se dressent dans les rues glacées. Petit Chaperon rouge prend peur, elle se rend compte du temps qu’elle a perdu dans sa mission !
Elle prend ses jambes à son cou… Mais elle ne reconnaît plus rien, les fleurs ont disparu, les collégiennes sont rentrées chez elles depuis longtemps déjà et les magasins ferment peu à peu.

Elle court à l’aveugle et s’enfonce dans les entrailles de la ville. Les rues sont plongées dans l’obscurité la plus totale : tout n’y est que vide, froid et solitude. Les rares rencontres qu’elle y fait la terrorisent. Elle ne sait plus où aller, elle ne sait même plus ce qu’elle cherche.
Alors elle s'assied à la lumière jaunâtre que vomit un vieux réverbère cabossé et elle se met à pleurer.

Un personnage sympathique croise alors son chemin.
“Bonjour, Petit Chaperon Rouge, es-tu perdue ?”
Elle n’a pas reconnu le Loup déguisé en agneau.
L’amical monsieur lui fait signe de la main tandis qu’elle s’éloigne dans la direction qu’il lui a indiquée pour rejoindre l’hôpital. Elle suit les réverbères le long de la route, elle est en marche, son histoire aussi.
Mais son prochain arrêt sera le dernier. et ce ne sera pas l’hôpital.

Le gentil monsieur a dû se tromper, ou bien se moquer d’elle, car la voilà perdue dans un dédale de corridors tous aussi sombres et inquiétants les uns que les autres. Elle ne trouve pas la grande porte qui lui a été indiquée. Ce couloir de caves n’a rien d’un raccourci. Une port s’ouvre soudain, de la lumière s’en échappe. La sortie ? Ce rayon de lumière jette une dernière lueur d’espoir sur le cœur du Petit Chaperon Rouge, elle court et s’engouffre droit dans la cave, dans le piège du Loup.
On la pousse, la porte claque violemment, comme celle d’une cage. Le Loup brandit une lampe de poche à la lueur de laquelle la petite fille peut le reconnaître. Mais il n’a plus l’air aussi sympathique. Il est terrifiant.
Un éclair rouge et une douleur aiguë mettent fin aux réflexions de la pauvre enfant.

Elle crie.
La lampe s’éteint.
Il fait noir.
La petite fille n’aime pas le noir.
Le Loup aime les petites filles.

Dans les ténèbres, elle se courbe sous les coups du Loup. Elle est jetée au sol. La peur et la douleur l’envahissent. Des larmes chaudes coulent le long de son visage maculé de boue et de sang. Elle est tirée brutalement sur le sol, on lui arrache ses vêtements, elle n’a pas le temps de songer à résister que le Loup s’immisce violemment en elle., lui arrachant un cri de souffrance et d’effroi. Du sang ruisselle le long de ses jambes et de celles de son agresseur.
La douleur la prend au creux du ventre tandis que son bourreau va et vient en elle. Elle hurle encore et cherche à se débattre. Elle reçoit un nouveau coup qui l’assomme presque.

Le Petit Chaperon Rouge est au bord de l’évanouissement… Trop faible pour résister, pas assez pour ne plus rien sentir. Elle souffre tellement. Elle ne comprend pas. Pourquoi cela lui arrive t’il à elle ?

Le Loup lui prend bien plus qu’un petit pot de beurre et une galette. quelques instants de délices pour le prédateur, des heures de supplices et d’humiliation pour sa victime. Des heures de cris, de soupirs, ponctuées d’un point noir et final : le poignard en plein cœur.
La fillette nue, couverte de sang et de terre ne crie plus, elle ne pleure plus non plus. Elle n’en a plus la force. Le Petit Chaperon Rouge se retourne dans un ultime effort, elle ne voit que le plafond, ciel noir, dénué d’étoiles.

Un ciel en deuil.

Tout semble faner autour d’elle alors que les pas du Loup s’éloignent avec des effluves de sang, de sueur et de terre. La vision de l’enfant se voile doucement et le froid l’enveloppe, comme pour la préparer à son dernier voyage.
Le cauchemar est bientôt terminé car la petite fille va s’endormir pour toujours, dans un royaume sans rêves, sans cauchemars, sans douleur et sans rien. Elle voudrait sangloter. Elle entend encore la voix de Maman qui lui recommande de faire attention au Loup…
La cave est devenue glaciale lorsqu’elle ferme les yeux une ultime fois.

Il fait aussi froid dehors, alors que le Loup referme son manteau.
Et dehors, il fait aussi noir que dans la cave. Aussi noir que la douleur endurée par le Petit Chaperon Rouge. Mais ce soir, le Loup, lui, peut voir les étoiles. Il peut aussi voir les chasseurs qui parcourent et fouillent les rues en quête d’une petite fille vêtue de rouge.

Badges et revolvers au poing, ils n’ont aucune sympathie pour les Loups, alors il fait vite, le Loup.
Puis au bout d’un moment, il se calme, il allume une cigarette et marche comme tout le monde marche à plus de deux heures du matin quand les rues sont désertes. Il est pensif mais pas inquiet.
Lorsque les dernières cendres de sa cigarette se fracassent silencieusement contre le béton froid, il repense à la prison, aux chasseurs qui pourraient l’attraper. Il sait que le traitement réservé aux Loups n’est pas enviable : ils l’ont dit à la Télé.

Mais pour le moment, il ne s’en fait pas : “Ce genre d’histoires, ça n’arrive qu’aux autres”.


Well... Whatever happens, happens.
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