Amour lointain

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Amour lointain

Message par Invité le Ven 29 Nov 2013 - 21:51

Bonsoir !

Voici une autre nouvelle, écrite pour m'amuser (je sais, j'ai des hobbies assez bizarres en fait !).
Bonne lecture !

Spoiler:

― Les gars, vous êtes sûrs que ça ne craint pas ?
― Arrête de flipper, Dimitri ! Y’a pas de gardiens, c’est désert.
Ouais. Ils avaient beau dire, je n’étais pas si rassuré. Si quelqu’un entendait du bruit et appelait les flics ? Franchement, finir au poste pour avoir voulu faire une soirée spiritisme dans un cimetière, je ne voyais pas plus débile.
La nuit était tombée depuis au moins deux bonnes heures. Mes potes, Franck, Simon et Christophe (Tophe, pour les intimes) voulaient être sur place avant minuit. L’heure du crime.
Nous avions laissé la voiture bien en amont pour ne pas nous faire repérer. Normalement, le lieu est fermé aux visites la nuit et nous risquions de passer au mieux pour des barjots, au pire pour des pilleurs ou des vandales. Dans les deux cas, c’était très moyen sur un CV.
Aucun verrou ne fermait la large grille principale. Les gens du coin semblaient plutôt du genre confiant. Nous la poussâmes et son grincement strident me fit mal au plus profond des dents. Dans la famille discrète, je voudrais les marioles… On avait dû nous entendre jusqu’à Ouagadougou !
Les angelots qui siégeaient de chaque côté du portail dans une posture empreinte de mélancolie paraissaient nous suivre du regard. Un regard mécontent face à notre intrusion.
Nous refermâmes derrière nous pour ne pas attirer l’attention, mais cette fois-ci je me bouchai les oreilles. Bizarrement, la grille ne grinça pas autant dans l’autre sens.

Nous remontâmes l’allée principale bordée d’arbres dont j’ignorais l’essence. Un cimetière est silencieux la nuit. Enfin c’est ce que beaucoup pensent… Tu parles, ouais ! Ben c’est faux, il n’y a pas plus bruyant ! Les petits gravillons blancs crissaient sous nos semelles. Un oiseau nocturne, chouette ou hibou (je n’ai jamais su faire la différence) ulula non loin. Des crapauds en parade nuptiale s’égosillaient au-delà des murs. Les branches craquaient et le vent, doux et léger, faisait bruisser les feuilles. Tous les sons s’amplifiaient en raison du silence de la nuit. Rien de tel pour faire monter l’angoisse et j’avais l’impression que des yeux nous épiaient par-delà les branchages. Un frisson désagréable me remonta le long de l’épine dorsale.
La lune, pleine, brillait dans un ciel assez dégagé. Elle me faisait l’effet d’un visage fantomatique qui nous matait. Sa lumière blafarde donnait à toute chose des reflets argentés. Ça aurait pu être joli si mon état d’esprit avait été autre. Lorsqu’un petit nuage passait devant sa face osseuse, les ombres se déplaçaient. Les statues et les croix paraissaient alors se pencher vers nous (pour nous attraper ?). Bref, une ambiance bien glauque tout à fait propice à notre activité. Activité que j’aurais aimé différente, et surtout ailleurs !

― Regardez là ! lança Tophe. On serait pas mal installés…
Il nous désignait un tombeau appartenant certainement à une famille assez friquée pour se faire construire ce genre de mausolée.
La petite bâtisse, carrée, était surmontée d’un toit pyramidal. La pierre composant l’édifice me sembla être du granit gris foncé. Un brin lourdingue à mon goût. Une grille noire composée de lances aux pointes dorées barrait l’accès. Dans le genre bling-bling… Au-dessus du linteau, un nom gravé : Villeneuve.
― Ça doit être les châtelains du coin, pour se payer un truc pareil !
Nous nous mîmes à rire. Certes, certains ne savaient pas être modestes, même dans la mort.
La grille résista bien un peu, mais face à la détermination de quatre jeunes hommes vigoureux, elle capitula rapidement.
Une fois à l’intérieur, nous sortîmes le matériel de nos sacs à dos. Tout d’abord, des lampes, histoire d’y voir un peu clair, puis des couvertures, pour ne pas se geler les fesses. Suivirent les packs de bières et les paquets de chips et de M&M’s. Eh oui, nous prenions notre santé à cœur, avec une alimentation saine et variée.
― Les gars, on commence à être un peu trop vieux pour ce genre de conneries…
Mes trois compères me jetèrent un regard désapprobateur.
― Dimitri, t’as TOUJOURS été vieux !
― Ouais, c’est ça ton problème.
J’abdiquai en triturant ma chevalière. Elle était un peu grande et tournait autour de mon doigt. Appeler les esprits des morts dans un cimetière en pleine nuit, ça me faisait frissonner à quinze ans. Mais nous avions tous maintenant la vingtaine et je trouvais ça un peu puérile. Mais bon, vouloir faire changer d’avis mes amis revenait à vouloir aller sur la lune en trottinette.
Avant de commencer, nous fîmes un rapide tour du propriétaire. La pièce devait mesurer entre dix et douze mètres carrés. Des niches s’ouvraient dans les murs, abritant des statuettes de Marie ou des crucifix. Des fenêtres aux vitraux intacts devaient amener un peu de lumière en journée. Un petit autel s’adossait au mur du fond. Dessus, des bouquets desséchés traînaient. Sûrement là depuis des années. Il semblait évident que les visiteurs ne se bousculaient pas ici. Si ça se trouve, il n’y avait même plus de descendants pour venir fleurir les ancêtres.
Au sol, des dalles plus larges que les autres, avec des inscriptions sculptées, indiquaient les tombes. Il y en avait au moins six. Toutes les dates d’inhumation remontaient au XIXe siècle, sauf une qui indiquait 1917.
Nous nous installâmes au centre de cette pièce carrée. Assis en cercle, nous tenant les mains, nous commençâmes nos incantations. Evidemment, il ne se passa rien. A quoi s’attendre d’autre ? Les cannettes de bières se vidèrent, l’ambiance s’échauffa. Simon sortit de son sac des mignonettes vertes avec une jolie fille stylisée sur l’étiquette.
― C’est quoi ? demandai-je.
― Ça les gars, c’est de nouveau permis après presque cent ans d’interdiction ! De l’absinthe !
Je regardai les mignonnettes. Simon en ouvrit une et la descendit cul sec. Il se mit à tousser et je crus même un instant qu’il allait vomir.
― La vache ! crachota-t-il.
Je regardai le mini flacon.
― Tu m’étonnes ! Plus de 55 degrés les gars. Mais normalement, ça ne se boit pas comme ça. On doit faire couler un peu d’eau sur un sucre…
― Ouais, ben on n’a ni sucre, ni flotte, ni cuillère à absinthe. Alors si vous voulez goûter, c’est nature.
Je suivis le mouvement et avalai le liquide vert qui me brûla la gorge. A côté de ça, la vodka passerait pour de l’eau du robinet. Franchement on commençait à être bien chauds !

Le côté spiritisme de la soirée passa très rapidement au second plan au profit d’une beuverie en règle. Simon était déjà hors-jeu, allongé à plat ventre, la bouche ouverte, ronflant comme une locomotive poussive. Tophe était déjà sorti deux fois du mausolée pour vomir. Franck tenait à peu près le coup et moi, je commençai à monter en spirale vers le plafond tandis que les murs ondulaient et pulsaient. Une belle brochette de vainqueurs. Quand j’y repense, nous étions vraiment lamentables. Comme beaucoup de jeunes de province, originaires d’une petite ville qui ne proposait pas vraiment d’occupations à notre génération, le seul hobby du week-end était de se mettre minable.
Je rampai à quatre pattes vers Simon, histoire de voir s’il ne sombrait pas dans un coma éthylique. Je me laissai retomber lourdement près de lui. La dalle sur laquelle il était vautré, dans un renfoncement près de l’autel, se fendillait par endroit. Un morceau manquait même dans un coin. Une inscription à demi effacée par le temps se dessinait sur la surface polie. Juliette Villeneuve, 1815 – 1836. Tophe et Franck vinrent me rejoindre.
― Eh, gaffe les mecs… le mort va… sortir par le trou !
Je jetai un regard bovin sur un Tophe hilare.
― C’est… malin… murmura Franck.
― N’empêche… faudrait être un peu… plus respectueux, hoquetai-je, la nausée me nouant la gorge.
Tophe éclata de rire.
― Tu parles ! Ils doivent s’emmerder là-dedans ! Et si on leur proposait… un coup à boire ?
Je n’eus pas le temps de répondre à leurs remarques pâteuses que mon pote arrachait déjà les morceaux de dalle. Le coin bien dégagé, il s’arc-bouta et tenta de soulever le reste. Au début, rien ne bougea. Puis, lentement, la lourde pierre s’éleva de quelques centimètres et Tophe la fit pivoter suffisamment pour dégager un espace assez large. Aussitôt, une odeur de moisi et de pourriture monta et envahit notre petit repaire. La nausée me souleva à nouveau l’estomac.
― Ce n’est pas bien, pas convenable, soufflai-je.
Mus par une curiosité morbide, je jetai un œil dans la cavité. Tophe balayait l’intérieur de sa torche. Environ deux mètres plus bas gisait un cercueil de bois. Le couvercle complètement rongé d’humidité était éventré. Nous pûmes apercevoir l’intérieur.
Un cadavre en état de putréfaction avancé nous fixait de ses orbites creuses. La peau parcheminée me rappela les momies égyptiennes exposées dans les musées. Des tâches verdâtres parsemaient le visage et les bras nus, sorte de lichen macabre. Le corps portait encore des lambeaux de vêtements, une robe qui avait été blanche ou écrue. Des touffes de cheveux décolorés s’accrochaient encore au crâne.
Un tintement métallique résonna dans le silence de la crypte. Nous reculâmes vivement. Tophe et Franck remirent la dalle en place. Aucun de nous ne parlait. L’ambiance était retombée, d’un coup. J’avais l’impression d’avoir une couverture mouillée sur le dos. Froide. Lourde. Rien de tel pour se dégriser. Même Simon semblait reprendre des couleurs. Il s’était redressé, assis dos au mur, et nous fixait d’un regard bovin.

La vue de cette chose horrible qui avait été un être humain autrefois eut le mérite de nous dessoûler. L’aube pointait déjà à l’horizon lorsque nous quittâmes les lieux. Il fallut aider Simon. L’un de nous sous chaque bras, il fut traîné jusqu’à la sortie. Mieux valait partir avant qu’un paroissien vienne fleurir une tombe et nous trouve là.
De nous tous, Franck était sans doute le moins beurré, bien que dans un état avancé. Et nous fîmes la connerie de reprendre la voiture. Cependant, nous eûmes la chance de ne pas croiser de flics et de ne pas avoir d’accident. Mes amis me déposèrent devant l’immeuble où j’occupais un petit studio et je rentrai pour m’affaler tout habillé sur mon clic-clac sans même l’ouvrir. Je roupillai jusqu’au milieu de l’après-midi. Dire que mon réveil fut difficile est un doux euphémisme. Entre le pic-vert qui avait élu domicile sous mon crâne, l’impression que mes dents se déchaussaient et mes sens agressés par le bruit et la lumière, j’étais à l’agonie. C’était la première fois que je goûtais à l’absinthe et je me jurai que c’était aussi la dernière.
Je pris une douche pour m’éclaircir les idées. C’est en me brossant les dents que je me rendis compte que ma chevalière n’était plus à mon doigt. Je fis le tour du canapé, regardai en dessous, entre les coussins, puis dans les draps. Rien. Merde ! J’avais paumé cette bague. Le bijou appartenait à ma famille depuis des lustres et se transmettait de père en fils. Hormis la valeur sentimentale, l’objet était précieux, de bon prix, puisqu’il était en or massif, orné d’un rubis. Où avais-je bien pu perdre cette fichue chevalière ? La soirée me revint en mémoire par bribe. Je l’avais, j’en étais certain. Jusqu’à ce qu’on ouvre cette satanée tombe.
Avait-elle glissée dedans ? Je m’imaginai le bijou dans le cercueil, sur ce cadavre répugnant. Impossible de penser à autre chose, mon cerveau m’envoya des flashs ignobles : ma bague, accrochée à un os qui pointait comme un doigt accusateur, ou baignant dans un jus noirâtre, soupe de chairs en décomposition…
Je secouai la tête pour effacer ces images. En tout cas, valeur ou pas, bijou de famille ou pas, je ne comptai pas aller vérifier ni la récupérer le cas échéant ! Rien que l’idée me souleva le cœur. Un creux de peur et de regret me noua le ventre.

La vie reprit son cours et je n’y pensais plus. Ou sporadiquement. Les examens approchaient et j’avais d’autres chats à fouetter. Aucun de nous n’aborda plus le sujet de la soirée « spiritisme », excuse bidon pour une beuverie au goût amer. Je passais mes journées à la fac et retrouvais mes potes le soir, dans le bar où nous avions nos petites habitudes.
Ce soir-là, nous devisions de concours à passer, de surcharge de travail, et autres sujets de la vie estudiantine. L’heure tournait et j’indiquai à mes camarades que j’allais rentrer.
― Déjà ? Allez, prends encore un verre, il n’est pas si tard !
Aucune volonté. Je restai assis et repris une bière.
― Eh Dimitri ! Ne te retourne pas, mais y’a une bombasse qui te mate depuis un moment, au bar…
La finesse légendaire de mon ami Tophe. Personnellement, je ne qualifiai jamais les filles avec ce genre de noms dégradants. Pourtant, vu la lueur d’excitation dans le regard de mes potes, je ne pus m’empêcher de jeter un coup d’œil. Je la jouai discrète mais le comportement de mes copains me grillait.
Ce fut la plus belle apparition qu’il m’ait été donné de voir. Grande, brune, légèrement penchée sur le bar avec son bras droit lascivement posé, elle fixait son regard de braise sur moi. Pas de doute là-dessus. Ses grands yeux noisette suivaient mes mouvements et la bouche la plus sexy qu’on puisse imaginer me sourit. Sanglée dans un imperméable mastic qui s’arrêtait aux genoux, ses jambes longues et fines se terminaient par des pieds chaussés d’escarpins vernis à talons hauts. Elle dégageait une aura de sensualité un brin désuète, comme les actrices des films noirs des années cinquante.
Qu’est-ce qu’une fille comme elle fichait dans un troquet tel que celui-ci ? C’était le genre de créature qui hantait les lieux sophistiqués, à siroter du champagne millésimé du bout des lèvres ou des cocktails exotiques aux noms alambiqués. Pas le genre à traîner dans un rade comme ici.
― Tu la connais ?
La voix de Franck me ramena à la réalité. Je retombai violemment sur terre, extirpé de force de ce rêve inaccessible.
― Je… heu, non.
J’en bafouillai. J’avalai ma bière précipitamment pour me donner une contenance. J’ai toujours été timide avec les filles et le comportement de mes copains ne m’aidait en rien. Je me levai enfin pour partir.
Alors que je longeai le bar vers la sortie, la jeune femme m’attrapa le bras. Son visage grave et souriant me fit face. Elle demeura silencieuse. Ses longs cheveux bruns accentuaient la douceur de son visage angélique. Je la saluai, attendant un mot, un geste. Son sourire s’élargit et elle posa son index sur mes lèvres.
― Chut, ne dis rien. Viens.
Nous quittâmes le bar ensemble. Elle marchait avec une grâce et une légèreté rares. Je perdis toute notion du temps car en un clin d’œil nous fûmes devant chez moi, puis sur mon palier. J’ouvris la porte et la refermai sans bruit. Dans la pièce privée de lumière, je distinguai à peine sa silhouette gracile. Une complicité incongrue me liait à cette inconnue. Elle n’avait pas ouvert la bouche depuis notre départ du bar. Ce silence semblait s’être imposé à toute chose, même les bruits de la rue ne nous parvenaient plus. Les quelques mètres nous séparant de mon canapé furent franchi en deux secondes.
Je lui chuchotai un compliment, me sentit aussitôt gauche et idiot. Elle émit un petit rire cristallin et ses mains s’aventurèrent contre ma poitrine. Je passai les miennes dans son dos et fis glisser la fermeture de sa robe.

Je tirai les rideaux et ouvris les volets. Le soleil inonda la pièce. Je jetai un regard circulaire sur mon studio. Ma conquête d’un soir était partie, sans un bruit. La reverrai-je un jour ?
Un petit papier posé sur la table basse m’interpella. « Merci pour cette nuit. Si tu souhaites me revoir, tu sais où j’habite. Juliette ».
Un objet scintilla juste à côté.
Un tremblement incoercible me saisit à la vue de ma chevalière.


Dernière édition par chasseuse de la nuit le Jeu 5 Déc 2013 - 15:14, édité 8 fois (Raison : Modifications/corrections)
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Re: Amour lointain

Message par Jack-the-rimeur le Lun 2 Déc 2013 - 1:38

Je connais une variante de ce genre d'histoire avec une montre à gousset à la place d'une chevalière, une vieille légende urbaine dont Orson Welles avait tiré un court-métrage très "quatrième dimension", assez éloignée de la tienne quand même pour qu'il n'y ait pas la moindre équivoque.
Tu as bien dépoussiéré le vieux récit de revenants et ton fantôme délicieusement modernisé ne manque pas de charme (ni de charmes). Ton quatuor fait plus vrai que nature et la réserve naturelle du narrateur est bien rendue par le contraste des dialogues.
L'ensemble est emballé avec une apparence de facilité qui donne envie d'applaudir et qui semble bien être ta marque de fabrique habituelle.
Les indices parsemés font que le final n'est pas vraiment inattendu mais je ne pense pas qu'une chute-choc ait été ton but. Plutôt une variation fantastique humoristique.
Enfin (mais c'est juste manière d'essayer de trouver quelque chose d'un peu original à dire), tu aurais peut-être pu rajouter un petit zeste d'ironie supplémentaire dans le message : "Merci pour cette nuit. Si tu souhaites me revoir, tu connais mon adresse. Juliette."
Au plaisir.


"Car il faut avant tout sortir, ne fût-ce qu'un instant, de la prison sans portes ni fenêtres."
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Re: Amour lointain

Message par Invité le Lun 2 Déc 2013 - 12:09

Jack-the-rimeur a écrit: tu aurais peut-être pu rajouter un petit zeste d'ironie supplémentaire dans le message : "Merci pour cette nuit. Si tu souhaites me revoir, tu connais mon adresse. Juliette."
Au plaisir.
Hello !
Merci de l'avoir lue ! Je ne connais pas l'histoire de Welles, donc peux pas comparer.
Pour la chute, excellent, tu m'as fait rire ! Le coup du "tu sais où me trouver", super !  
Je pense que je la reprendrai pour l'améliorer !
Si tu aimes ce genre d'histoire, j'en ai une autre en réserve, je la posterai.
Merci et à plus !
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Re: Amour lointain

Message par RaphaëlLIII le Mer 4 Déc 2013 - 23:18

Je vais commencer par aller droit au but : j’aime beaucoup. Le style convient presque parfaitement au narrateur que tu as choisi (pourquoi presque ? Je soulève les détails dans peu de temps). Sachant que se glisser dans la peau d’un narrateur n’est pas facile (nos manières d’auteur ne demandent qu’à revenir au triple galop), c’est une belle réussite.
Je ne connais pas non plus le court-métrage d’Orson Welles (en aurais-tu le titre, Jack-the-rimeur ?), mais je connais une nouvelle de Dino Buzatti sur le même thème. Elle s’intitule tout simplement Le fantôme. On la trouve dans le recueil Les nuits difficiles, où elle est enchâssée avec deux autres nouvelles dans Trois histoires de Vénéties. Je te rassure : ta nouvelle ne ressemble pas à une copie malgré deux points communs importants (un fantôme et un objet). Le ton est très différent, ainsi que les personnages.

pour ne pas se faire repérer.
J’ai un doute sur la correction de cette tournure. Il y a un «nous» peu avant : «pour ne pas nous faire repérer» me semble plus correct.
Tous les sons s’amplifiaient en raison du silence de la nuit.
Le ton ne correspond plus tout à fait au style de Dimitri. D’autre part, cette précision est envoyée un peu vite : Dimitri ne parle pas de l’effet que ça lui fait.
La lune, pleine, brillait dans un ciel assez dégagé.
Là encore, c’est un peu expédié : ce qu’on se figure est trop vague.
Sa lumière sépulcrale donnait à toute chose des reflets argentés.
Le registre de langage dérive vers quelque chose de trop soutenu pour Dimitri : on ne s’attend pas à lire, dans son récit, des mots comme «sépulcral» ni des tournures comme «à toute chose». Il a le droit de les connaître : c’est un étudiant, il a donc un certain bagage. Toutefois, dans le ton du texte, ça ne colle pas.
Simon sortit de son sac des mignonettes vertes avec une jolie fille stylisée sur l’étiquette.
Au contraire des deux précédentes, cette phrase est excellente dans le récit de Dimitri. Le «avec» est normalement une faute (on doit le réserver à l’accompagnement, pas pour la description), mais c’est une faute admissible chez un individu lambda (ce qu’est Dimitri) racontant son histoire. Une faute qui contribue donc à l’authenticité du ton.
Mais alors, le «nous» qui conviendrait mieux que le «se», que je signalais au début ? Le «avec» mal employé est une faute grammaticale que tout le monde commet en parlant. Le «se»/«nous», on l’évite beaucoup plus.
La vue de cette chose horrible qui avait été un être humain autrefois eut le mérite de nous dessoûler. L’aube pointait déjà à l’horizon lorsque nous quittâmes les lieux.
Petit souci de cohérence : Simon était, avant ce passage, effondré. À moins que je n’aie pas tout saisi…
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Re: Amour lointain

Message par Invité le Jeu 5 Déc 2013 - 14:48

Merci beaucoup Raphael pour ce retour très complet !
Je ne connais pas nous plus la nouvelle de Buzzati (idées de lecture !), mais j'ai conscience que ce type de sujet est éculé...
Je vais corriger le tir, c'est vrai que certaines tournures sont trop élaborées pour un étudiant qui se murge, et l'état comateux de Simon nécessite une remontée à la surface plus graduelle !
Version corrigée postée / remplace la pécédente !
A+ et
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Re: Amour lointain

Message par Murphy Myers le Dim 27 Juil 2014 - 16:16

Moi ça m'a rappelé le poème Les métamorphoses du vampire de Baudelaire, et aussi une version de la légende de la dame blanche, où un homme ramène une fille qu'il trouve sur le bord de la route chez elle un soir. Le lendemain, il revient pour récupérer la veste qu'il a oublié dans la chambre. Une vieille femme lui ouvre et lui dit que la seule fille correspondant à celle qu'il décrit est sa propre fille, morte des années plus tôt. Mais il retrouve bien sa veste sur le lit de la fille.
J'ai trouvé un petit côté Les noces funèbres aussi, l'image de la bague qui tombe dans le cercueil, comme l'alliance d'un mariage mortuaire.

Bref, une idée bien remise au goût du jour, je trouve. L'ambiance gothique est superbe, de très belles descriptions, et le tout dans un contexte moderne fait plaisir à voir. Ça prouve qu'on a pas besoin d'être au 19e siècle pour écrire dans un style gothique.
L'unique chose qui m'a gêné est le langage du narrateur. Je suis le premier à mélanger le "un peu soutenu" au "un peu parler", mais là, j'ai trouvé l'écart trop grand, trop extrême. Beaucoup d'expressions qui frôlent l'argot (comme "être bien chauds", "se mettre minable") avec, par exemple, une conjugaison qui est trop soutenue pour moi ("nous passâmes", "nous eûmes", "nous fîmes", etc.) qui aurait facilement pu être remplacé par des "on a, on est passé, on a eu" qui sont certes moins jolis mais plus dans le langage du personnage. Bon, ç'aurait pu être pire, tu montres bien que le narrateur a une mentalité plus "sage" ou "vieille" que les autres, ce qui peut en partie expliquer ce paradoxe de narration. Mais ça m'a paru trop en décalage l'un par rapport à l'autre quand même.

En bref, une très bonne histoire et une ambiance gothique géniale.


NOUVEAU : L'ombre

"Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher." Baudelaire, Chacun sa chimère
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Re: Amour lointain

Message par mormir le Lun 28 Juil 2014 - 12:55

C'est superbe ! Lu d'une traite presque sans respirer, je suis tout vert maintenant à cause de toi !!! Smile

Franchement, quelle aisance pour produire des récits fluides.

L'histoire n'est pas nouvelle, mais a été convenablement mise au goût du jour. Et même si la fin se profile comme une évidence, elle surprend encore.

Beau boulot, vraiment !


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Re: Amour lointain

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