Parole de robots

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Parole de robots

Message par Eimelle le Mer 6 Nov 2013 - 10:30

Bon, un petit texte de moins de 1000 mots que j'ai écrit pour me détendre un peu les neurones entre deux grosses nouvelles. Je ne réussis pas par contre à aller sur le site pdf.fr : rien ne s'affiche quand je tape la barre d'adresse ! Est ce que quelqu'un peut m'aider ? Du coup, je vous le mets à la suite : vous avez l'habitude maintenant ? lol

Parole de robots

Le robot ouvrit, puis ferma les yeux. Un dixième de seconde. Une dizaine de volt d'énergie.
Oui, bien-sûr. Essayons. Essayons encore.
Il était là à présent. Assis dans ce grand salon. Une commode Ikéa, il la reconnaissait, à droite. Typique du début du XXI e siècle. Au fond les fauteuils et le canapé. D'une grande marque aussi, il ne se rappelait plus laquelle. Standard. Epars, un fouillis de bibelots qui rendaient l'atmosphère aussi douillette qu'oppressante. Et devant lui, qui se tenait à peine debout, la vieille. Une petite Mamie, entre 80 et 85 ans, difficile d'en dire plus. Elle parlait. Elle parlait à son robot de compagnie à côté d'elle. Lui ?
Tu sais, disait-elle. On est pareil toi et moi. On est seul, c'est tout, isolés. On n'est presque plus humains. Mes enfants... Ah mes enfants, soupirait-t-elle. Ils m'ont quitté. Ils ne viendront pas, et pour me consoler, ils m'ont donné toi. Je n'ai plus que toi. Tu n'as plus que moi. Tu reveux un peu d'électricité ? Je prendrais bien une tasse de thé...
Le robot ferma les yeux, et les rouvrit. Essaya de comprendre. Les enfants, le cycle naturel, humain. Oui, la reproduction, il avait vu ça, un jour, dans ses connaissances enregistrés. Difficile d'en imaginer plus pour lui. Il pouvait faire un effort, bien-sûr, mais comprendre, c'était un bien grand mot. Et la vieille reprit alors.
Je les ai aimés, mes enfants. Ils sont beaux. Une belle situation, ça oui. Maintenant. Ils m'aiment, je crois. Mais ils n'ont pas le temps. Quand je serai morte, ils m'emmèneront à l'incinérateur. Ils pleureront peut-être. Quand je serai morte, ils t'emmèneront à la décharge. Et je pleurerai sur toi. Si Dieu existe. Là-bas. Mon ami.
Le robot cligna encore des yeux. "Ami", avait-elle dit. Sur un ton doux, très doux. Qu'est ce que c'était exactement? Quelque chose comme un attachement, un fil invisible. Aimer, ça devait avoir un rapport. Son acier crissa sous la réflexion. Algorithmes et théorèmes confondus, il n'arrivait pas à imaginer, à conceptualiser ces mots. Ca devait être humain. Proprement humain. Il cligna des yeux.

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La rue à présent. La rue ensoleillée ? La rue sombre ? Il ne savait pas comment il fallait la penser. Mais la rue, bruyante, animée. Des feux qui s'élevaient en l'air. Des fusées. Des cris. Des hurlements même. Les cailloux qui frappaient les uns. Les couteaux qui s'enfonçaient dans le corps des autres. Et lui, impassible, au milieu. Les autres robots, impassibles tout autour. Oui, ça devait être ça. Toute cette agitation humaine ne les concernait pas.
Mais les hommes s'entretuaient dans les ruelles sombres ou éclairées, peu importait. Les vociférations. "Sale nègre". "Sale riche". "Cul terreux". Il était las, il ne pouvait plus bouger. Personne ne le regardait. Il y avait juste leurs yeux qui luisaient. Il essaya de s'imaginer. Un instant. Un peu mieux que ça. L'humanité. Et là aussi, c'était comme si les cailloux frappaient. Comme si la mitraille pleuvait. Le sang humain qui se versait.

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La vieille femme dans son salon. Encore. Il en avait vu de nombreuses reproductions, de salons de ce type. Ca le hantait. Tellement typique. La vieille femme regardait la télévision. Oui, ça, il le savait. Ca, il reconnaissait. La télévision. Un appareil électrique, comme lui, sur lequel circulait l'image et le son. Et cela montrait la rue. La rue qui explosait à l'extérieur. Et la vieille femme qui disait : ils vont tous nous enterrer. Et elle disait aussi : ils nous ont pillé, maintenant, c'est la rébellion, tranchez leur la gorge, à tous ces exploiteurs. Brûlez les, ces petits voyous. Le peuple, elle disait. Toujours, le peuple, le bon peuple qui se révoltait. Une lumière carnassière dans ses yeux. Une excitation, une fébrilité, qui accompagnait mal une fin de vie. Et une tristesse aussi.
Une marre de sang, c'était ce que lui, le robot voyait. Une élite décapitée. Et la hargne du peuple qui se retournait à présent contre le peuple. Pays contre pays, Noirs contre blancs, hommes contre femmes , l'empoignade générale. Une division implosive. Et les robots qui attendaient passifs. Et lui, qui continuait à regarder la vieille femme. Où sont mes fils? disait-elle à présent. Et elle se lamentait. Et elle pleurait. Passant si vite du rire au larme, de la fébrilité à la peur, du rejet à la compassion. C'était étrange, très étrange. Il se concentra sur son visage, qui devenait si flou, comme si il s'effaçait : ce n'était pas l'affaire des robots, tout cela. Une explosion qui souffla les vitres. Atomique ? Nucléaire ? Seul amas de particules qui s'entrechoquaient. Les lois de la physique, oui, ils les connaissaient. Ce n'était pas l'affaire des humains, ça. Les robots étaient en dehors de cela.
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Pourtant, à bien y réfléchir... Pas tout à fait. Reprenons le décor de l'apocalypse. Ils étaient là. Les robots. Ceux qu'il imaginait. Ses frères peut-être. Ses doubles. Ou ceux qui l'avaient été un jour. Au milieu des explosions, ils sortaient encore en masse des usines. Ils recevaient un ordre, et son contraire. Selon qui devenait le maître. Le maître changeait régulièrement. La grande valse des propriétés, oui, un grand moment d'incertitude pour eux. Et toujours le même ordre : tuer. Pourquoi ? Ils ne voulaient pas désobéir. Les hommes étaient leurs possesseurs, ils avaient raison, ils avaient l'intelligence. La vraie. Ils ne comprenaient pas leurs agissements, pas assez de donnés infiltrés dans leurs circuits. Il devait pourtant y avoir un panel d'explications : psychologiques, sociales, économiques, et peut-être tout cela à la fois. Qu'il voulait découvrir. Qu'il ne pouvait pas. Et pourtant, ces yeux qui les fixaient. La terreur, lui avait-on dit. C'était écrit dans ce que les survivants gravaient dans la pierre. Parce que eux les robots savaient lire. Même s'ils ne savaient pas ce que l'on attendait d'eux. Ils tuaient, et on les appelaient criminels. Mais criminel, c'était un mot humain. Comme amour. Pas pour eux. Et pourtant, il aurait voulu...
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Le robot ferma les yeux pendant trente seconde au moins. Il arrêta d'imaginer, de réfléchir et de penser. Il arrêta d'essayer par projection, par imagination, par reconstitution, de savoir, de connaître, de comprendre. Et pourtant, oh oui, il aurait aimé... Savoir pourquoi l'espèce humaine s'était éteinte. Pourquoi ils étaient seuls, maintenant, eux, les robots, à proliférer sur la planète. Comme des ombres. Vides de tout ce qui pourrait faire sens, et seulement pleins de chiffres et de théorèmes. Mais rien d'autres qui les animaient. Rien qui fasse que vivre soit vivant. Ces humains qu'il devait étudier.... ils avaient au fond quelque chose de terriblement inaccessible. Et de terriblement fascinant.
Il savait que l'humanité était une catastrophe, mais aujourd'hui, il aurait bien aimé être humain.
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Très intéressant !

Message par Invité le Mer 6 Nov 2013 - 11:58

Petit texte de SF trés intéressant ! Eimelle, on voit ta grande facilité à écrire ce genre de texte. J'espère que tu réussiras à te hisser au niveau des grands de ce genre ! Tu n'es pas loin...
Amicalement.
ESPER.
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Re: Parole de robots

Message par FRançoise GRDR le Mer 6 Nov 2013 - 12:26

Ton texte nous plonge dans les interrogations d'un robot et j'ai beaucoup aimé car j'apprécie ce genre d'univers et cette confrontation entre machine et chair pensante. Les questions du robot, mine de rien sonde la nature humaine. Il assiste à une projection matérialiste poussée à l’extrême par la seule volonté humaine (déjà le décor, "confort" sans originalité de la vieille et ses plaintes montrent qu'elle est un clone de toutes personnes dite "humaines" ). Et l'on se demande finalement si ce n'est pas l'homme qui serait devenue une machine dénuée de sentiments.
Concernant ton souci de convertir des fichiers en PDF, j'utilise ce lien (http://www.conv2pdf.com/ en vérifiant bien que ton document est en .doc ou .odt... (voir le liste des formats convertibles) (http://www.conv2pdf.com/convertibles.php, puis un autre lien pour le partager : http://www.fichier-pdf.fr/#upload. Pour ma part, ils marchent (Very Happy ). Il doit y avoir un fil sur le forum avec ces liens ( les mêmes cités précédemment car je les utilise Cool )et des explications  (mais je ne sais plus où ???)


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Re: Parole de robots

Message par Eimelle le Mer 6 Nov 2013 - 14:37

Merci beaucoup à vous, Esper et Françoise. Je compte peut-être l'envoyer aux éditions La Madolière pour leur anthologie sur les robots. Mais je voulais avant avoir l'avis des forumeurs, pour être sûre de ne pas avoir trop fait d'erreurs de fond et de forme. Merci beaucoup de votre vigilance.
J'ai aussi posté dans les ateliers un texte sur les zombies, que je voudrais envoyer à la Géante Rouge. Si ça vous tente de le relire...
Et merci encore pour conseils sur les pdf, la prochaine fois, j'essayerai de faire ce que tu m'as conseillé ! Mais je pars de très bas au niveau informatique....
Bisous
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Re: Parole de robots

Message par Zaroff le Mer 6 Nov 2013 - 16:21

Tu me plais de plus en plus comme auteure. Tu as un réel potentiel. Tu devrais lire les nouvelles de Richard Matheson (en trois volumes chez Folio), tu t'en rapproches un peu.


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Re: Parole de robots

Message par Eimelle le Mer 6 Nov 2013 - 18:20

Merci Zaroff ^^ ! Je vais essayer de me les procurer !
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Re: Parole de robots

Message par Perroccina le Mer 6 Nov 2013 - 21:38

Pour se détendre hein ? Vraiment ?
Le robot me fait un peu penser à un des robots d'Asimov. À force d'observer l'humanité, il en devient presque humain et transcende  la machine.
Dans le même temps les hommes semblent perdre leur humanité ce qui finit par les tuer en fin de compte. Vraiment très intéressant et bien écrit, agréable à lire.
Merci pour ce moment


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Re: Parole de robots

Message par Eimelle le Jeu 7 Nov 2013 - 7:59

Merci Perroccina ! En fait, quand je dis "pour me détendre", c'est qu'en ce moment, je sue sur une longue nouvelle que je n'arrive pas à terminer, car je suis peu à l'aise sur ce genre de format. Je préfère les formats moyens, voire courts, sur lesquels j'ai plus de facilités... Et j'abandonne au fur et à mesure les longs projets d'envergure que je m'étais fixés...
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Re: Parole de robots

Message par Perroccina le Jeu 7 Nov 2013 - 20:04

Comme je te comprends. Quand j'ai commencé à écrire je ne pensais qu'à écrire un roman, mais depuis j'ai découvert le format court et c'est vrai que je m'y sens plus à l'aise.
Quoiqu'il en soit j'aimerais bien pouvoir me "détendre" comme toi


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