La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Jeu 24 Oct 2013 - 13:19

Salut encore moi qui m'incruste, tout ça pour dire que j'aime bien ton roman un peu façon thriller et le langage employé correspond bien à l'univers je trouve. J'ai lu les 4 chapitres et ça promet. L'humour présent st aussi sympatoche
Spoiler:
ex : Disons que j’étais la seule à être au courant, l’autre personne aurait la surprise / c’était découper du vampire façon carpaccio

Le seul truc que je déplore c'est qu'il n'y ait pas de collègue officiel (un peu comme starsky et hutch Cool  toujours à deux pour les enquêtes) mais sinon c'est ton choix et peut-être que ça va justement faire partie de la trame plus tard enfin bon ...
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Ven 25 Oct 2013 - 12:09

Hello !
Merci pour les retours. Elle a effectivement des collègues, mais bosse souvent en solo, elle préfère... On les retrouvera plus tard quand même !
Je mets la suite !

CHAPITRE 5 (il est très court)

Spoiler:
Une rapide douche me donna le coup de fouet escompté. Debout devant le placard de ma chambre, je choisissais ma tenue. Pour la chasse au vampire, rien de telle qu’une panoplie de catin. Ces créatures ne résistent pas à un décolletée plongeant. J’enfilai donc un haut moulant dont le col en V descendait bien en dessous de ce que la morale tolère, une jupe carrément trop courte et des bottes cuissardes à talons aiguilles (idéales pour planquer la lame dans son fourreau). Je me maquillais comme une voiture volée et remontais mes cheveux pour dégager ma nuque. Ma veine palpitante serait un excellent appât. Un dernier coup d’œil dans le miroir me confirma que j’avais l’air d’une parfaite allumeuse. J’avais dû m’entraîner de longues heures à combattre dans des tenues qui n’étaient pas, à la base, conçue pour ce genre de corps à corps. Je peux vous certifier que ce n’est pas évident de se bagarrer gainée dans une robe moulante.
Ma cible était un type qui s’en était pris à des étudiantes qu’il chassait dans les discothèques. Sa dernière victime, attaquée le week-end précédent, n’avait pas eu de chance. Elle n’avait pas survécu mais je possédais la description de l’agresseur et je connaissais ses terrains de chasse.

Je pris donc ma voiture et me rendis à une heure de route de chez moi, dans un bled paumé dont la discothèque représentait l’unique défouloir.
A peine entrée, la musique lourde me balaya comme un tsunami et je sentis son rythme vibrer sous ma peau. C’était bondé, samedi soir oblige. Je fendis la foule jusqu’au bar et commandai un Bloody Mary. Mon côté humour noir. J’attendis en sirotant très lentement ma boisson, je devais garder les idées claires. Je commençais à sérieusement m’impatienter, il n’y avait que des clients humains ce soir ou quoi !
Plusieurs types vinrent m’aborder. A leurs yeux, une fille seule au bar fringuée comme une pute ne pouvait être là que pour une seule raison. Je fis dégager les gros lourds avec ma diplomatie légendaire.
J’avais un peu mal aux fesses à force de me tortiller sur le siège inconfortable. J’attrapai mon verre pour refaire un tour de l’établissement. Décidément, je n’étais pas un appât terrible ce soir. L’heure tournait et il n’y avait que des types bourrés, camés ou qui dansaient.

Je finis par me rasseoir et là, au bout de deux minutes, banco.
― Bonsoir. Une fille telle que toi ne devrait pas rester seule.
La voix suave émanait d’un cadavre sur pattes. Celui que je cherchais. Finalement, la chance tournait. Je pris une voix pâteuse et bredouillai, voulant paraître complètement éméchée.
― Je ne suis plus seule puisque t’es là, beau brun !
Ses yeux bleu clair ne me quittaient pas et il me sourit comme le loup du « Petit Chaperon Rouge ».
― Tu sors souvent sans être accompagnée ?
Monsieur se renseignait, tactique habituelle.
― Ben en fait, j’suis venue avec des potes, mais ils sont partis.
Je lui offris une œillade suggestive et un sourire de guingois. Toi mon coco, tu ne m’échapperas pas.
― Ce n’est pas gentil de leur part de t’abandonner ainsi. Comment t’appelles-tu ?
Je balançai le premier nom qui me passa par la tête.
― Lolita.
Il me déshabillait littéralement du regard, son sourire s’accentuant de plus en plus.
― C’est très mignon tout ça, Lolita.
Il jeta un rapide coup d’œil alentour, comme pour s’assurer que personne ne faisait attention à nous. Se méfiait-il ? Non, il voulait juste être bien certain que personne ne se rappellerait de lui, au cas où.
J’inclinai la tête et passai ma main sur mon cou pour le provoquer. J’avais toute son attention, il avait faim.
― Et toi, c’est quoi ton petit nom ?
Il me dit s’appeler Marc, être célibataire et prof de gym. Un véritable ramassis de conneries mais je fis semblant de boire ses paroles.
― Tu ne peux pas rentrer seule dans ton état. Je peux te raccompagner si tu veux.
Nous y étions. J’acceptai avec un sourire béat et un petit rire idiot. Je trébuchai en me levant et m’agrippai à lui. Une pauvre fille complètement bourrée et sans défense. Une victime toute désignée.
Nous sortîmes sur le parking et il me fit grimper dans son Audi A4 en me tenant galamment la portière. Il n’avait pas cessé de scruter les environs d’un air tendu. Il ne voulait pas qu’un importun fasse capoter sa soirée.
Il démarra et nous quittâmes les lieux. Nous roulâmes en silence sur environ cinq kilomètres puis il quitta la route pour s’enfoncer dans un chemin creux. Je jouai la surprise.
― Tu fais quoi ? C’est pas la route !
― Je veux te montrer un truc.
― Toi alors… T’es un rapide !
Tandis qu’il serrait le frein à main, je glissai les doigts contre ma cuisse et défis la fermeture de l’étui où reposait ma lame, dans ma botte.
Il se tourna vers moi, ne cachant plus son vrai visage. Ses yeux luisaient d’un éclat mortel et ses canines pointaient sous sa lèvre supérieure. J’attrapai la poignée, ouvris la portière et bondis dehors en poussant des cris apeurés. Il avait choisi l’endroit idéal. Tout autre que moi n’aurait eu aucune chance d’être secourue.
Je courus en titubant jusqu’à un arbre. Là, je m’effondrai en faisant semblant de m’être tordue la cheville. Je poussai quelques gémissements pour plus de vraisemblance.
Il s’approcha avec une lenteur calculée, savourant l’instant. Son sourire carnassier laissait présager ses intentions.
― N’aie pas peur, ça ira vite.
Il se dressa au-dessus de moi comme un cobra, tous crocs dehors.
― S’il te plaît, pitié, nooon ! hurlai-je avec conviction.
Je me suis souvent dit que j’aurai dû faire du théâtre.
Il se laissa tomber à mes côtés et m’attrapa la gorge d’un mouvement vif. Tout à sa besogne, il ne prêta pas attention à mes mains.
D’un geste que je connaissais sur le bout des doigts pour l’avoir exécuté des dizaines de fois, j’enfonçai ma lame en plein dans son cœur. Jusqu’à la garde. Une brève rotation et l’organe se déchira. Il réalisa, mais trop tard.
― La… Traqueuse…
― Elle-même !
Je lus de la surprise dans ses yeux, juste avant qu’ils ne s’éteignent. Je le poussai de côté, récupérai mon bien et nettoyai mon arme sur sa veste chic.
― Eh ouais connard, tu l’avais pas vu venir, celle-là !
Et un buveur de sang en moins. Je traînai le corps à l’écart et l’enfoui sous des branchages. Je n’avais plus qu’à téléphoner pour qu’une équipe de nettoyage vienne disposer de la dépouille. Une soirée rondement menée.

A bord de son Audi, je regagnai le parking et récupérai ma caisse. Là, je rentrai chez moi pour prendre quelques heures d’un repos bien mérité. Je devais être fraîche et dispose pour ce qui m’attendait. J’allais devoir plonger dans le milieu interlope et ça n’allait pas être du gâteau.



Dernière édition par chasseuse de la nuit le Jeu 28 Nov 2013 - 22:41, édité 1 fois
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par RaphaëlLIII le Ven 25 Oct 2013 - 16:48

J'ai le plaisir de commencer la lecture de cette Marque. Je précise que ce n'est pas une formule de politesse !
Je me suis déjà bien attaché à Léa Bacal. Malgré son tout jeune âge, elle me rappelle une autre chasseuse de vampires : Anita Blake (qui a, si mes souvenirs sont bons, la trentaine passée, mais qui a un peu la même personnalité). Son style de narration est bien réussi : tout en parvenant à lui dessiner sa personnalité, il évite au moins un piège de la première personne, qui est la répétition du pronom.
J'aime beaucoup cette idée de vampires officiellement intégrés tant bien que mal à notre société : ça sort de l'ordinaire. Il me vient une question : as-tu voulu une allégorie du racisme (Léa semble "vampirophobe") ?

Le bus me déposa en bas de la rue. Je devais prendre la première à droite et remonter la colline sur quatre cents mètres avant d’être enfin au chaud.
Ma valise à roulettes traînait derrière moi. Elle ameutait le quartier en cahotant sur le bitume. Les réverbères jetaient leur aura blanche et glacée à intervalles réguliers. La rue bifurqua légèrement sur la gauche, j’y étais presque.
Je stoppai, parcourue de frissons. Machinalement, je resserrai le col de mon manteau. La maison m’apparaissait nimbée par le halo des lampadaires. Mais elle restait sombre. Aucune lueur ne filtrait par les fenêtres. Et si nous nous étions croisés ? Ça serait le pompon.
J’avais une clé. Je pouvais donc entrer même en leur absence mais j’avais espéré un chaleureux comité d’accueil. C’était loupé.
Je repris ma marche, poussai le portillon et m’engageai dans l’allée du jardin. Tout était calme. Le carillon métallique accroché dans l’arbuste près de la porte d’entrée tintait, brisant le silence de la nuit. Bizarre, Skooter ne déboulait pas en aboyant pour me sauter dessus avec ses pattes sales. Il se faisait vieux, son ouïe défaillante lui avait fait rater mon arrivée. Ce labrador noir était le cadeau de mon sixième anniversaire. Il allait allègrement sur ses quatorze ans, un véritable vieillard en âge chien.
Alors que j’insérai la clé dans la serrure, une boule d’angoisse me serra l’estomac. Quelque chose clochait.
J’entrai et allumai la lampe du couloir. La vive lumière dorée inonda le hall et l’escalier qui grimpait à l’étage sur ma droite. Alors que je refermai, j’appelai.
― Hé ho ! Il y a quelqu’un ?
Pas de réponse.
Une odeur cuivrée me monta aux narines alors que j’avançai vers le salon. Je commis l’erreur de presser l’interrupteur et hurlai.
Deux éléments pourraient faire grimper la tension, mais ils ne sont pas assez mis en valeur : les "auras blanches et glacées" (la formule est pourtant bien trouvée) des réverbères et le carillon accroché à l'arbre. Ces deux images sont bonnes, mais trop brièvement exploitées. Les "auras" devraient être un peu plus développées, afin qu'on imagine la façon dont elles trouent l'obscurité tout en en laissant pas mal. Quant au carillon, il mérite lui aussi davantage d'insistance, afin qu'on ait l'impression d'entendre ses notes dans le silence de la rue, puis de la maison.
La création d'une atmosphère passe par l'exploitation d'éléments. Là, tu en as deux qui ne sont pas assez exploités.
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Ven 25 Oct 2013 - 19:21

Hello !
Merci pour ce retour.
Je ne connais pas Anita Blake. C'est bien ? Lecture conseillée ?
Léa est plutôt vampirophobe, c'est clair, mais sans allusion au racisme.
Disons qu'elle en a peur, ne les fréquente pas, ne sait rien d'eux, et ensuite, avec ce qui va se passer, elle va carrément les haïr. Mais elle sait faire la part des choses : ceux qui se tiennent à carreau n'ont rien à craindre d'elle.
Je vais tenter de mieux exploiter l'atmosphère comme tu le conseilles. (Chap 1 modifié)
A+ et
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par RaphaëlLIII le Ven 25 Oct 2013 - 20:34

Anita Blake est née de l’imagination de Laurell K. Hamilton. Son premier métier est de relever des zombies pour le compte d’un type qui ne la paie pas très bien. Elle arrondit ses fins de mois en acceptant des primes pour chasser des vampires. Certains d’entre eux sont des amis, notamment Jean-Claude, bisexuel aux manières quasi-aristocratiques. D’autres sont… Disons qu’elle entretient avec eux les mêmes rapports que les héros de thrillers peuvent entretenir avec des caïds : sources d’infos incontournables, mais alliés uniquement par nécessité. Et bien entendu, certains autres sont des ennemis.
À ce jour, je n’ai lu que sa première aventure : Plaisirs coupables (c’est le nom du club de striptease masculin que possède et dirige Jean-Claude). Elle se retrouve aux prises avec Nikolaïos, une vampire qui a l’apparence d’une petite fille, mais qui est en réalité très ancienne et particulièrement puissante. Le roman ne manque pas d’humour grâce aux personnages.
Le ton sur lequel s’exprime Léa m’a fait penser à Anita Blake.
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Sam 26 Oct 2013 - 9:55

Ouhlà, tu me fait peur ! Il se trouve que Charles, le Maître de la ville, est aussi proprio d'un club de strip-tease ! J'ai comme l'impression que, sans le savoir, je me retrouve dans le même genre d'univers que ton Anita. Aïe ! Par contre, chez moi, pas de zombies : juste des lycans et des goules, m'enfin...
Puisque tu as l'air de connaitre ce bouquin, tu me diras si la suite part dans la même direction, auquel cas je suis dans la m..., surtout que je suis sur le tome 2 !
Merci pour tes commentaires.
A+

CHAPITRE SIX

Spoiler:
Pour certaines personnes, la prostitution présente un côté exotique, presque glamour. Peut-être à cause de la bonne vieille tradition gauloise qui sévit encore. De toute façon, ça arrange tout le monde de penser ça. Imaginer que le plus vieux métier du monde a une facette romanesque évite de voir la réalité crue en face. Car il n’y a rien de plus sordide. C’est ni plus ni moins que de l’esclavagisme organisé à grande échelle par des réseaux internationaux. Ça rapporte trop de fric pour qu’un quelconque gouvernement s’y oppose sérieusement.
Là où il y a prostitution, il y a également trafic de drogue. Cela va sans dire. La plupart des filles ne font pas ce boulot par vocation. Les gamines rêvent de devenir princesses, maîtresses d’école ou infirmières, pas d’arpenter les trottoirs pour gagner leur vie en vendant leur corps. Alors bien souvent, elles sont forcées, et pour casser les esprits rebelles, rien de mieux que de les shooter jusqu’à la moelle.

C’est habillée comme une bonne gagneuse que je me rendis dans le quartier chaud. Je faisais tournoyer un petit sac de façon suggestive. Si les clients potentiels savaient ce qu’il contenait… Un Glock 17 bourré de mes cartouches « spéciales ». Léger, peu de recul, l’idéal quoi.
J’avais sur moi la photo de Sophie, la fille du snuff movie et j’espérais que certaines tapineuses pourraient me renseigner sur elle. Sophie, du latin « sagesse »… Elle portait vraiment mal son prénom.
Une bonne partie de la planète se retrouvait sur les trottoirs à la nuit tombée. Elles ne se mélangeaient pas. Certains coins étaient le terrain de chasse des asiatiques, plus loin se retrouvaient des africaines et enfin les filles venues de l’est. C’est vers ces dernières que je me dirigeai.
Je me fis d’emblée rembarrer violemment par des petits groupes qui pensaient que je venais piquer leur gagne-pain. Lorsque je sortis ma plaque et la photo, leur colère se mua en méfiance. Rares furent celles qui daignèrent jeter un œil sur le cliché, sinon pour me signifier qu’elles ne l’avaient jamais vue.
J’avisai une petite blonde potelée un peu à l’écart des autres. Elle me balança un regard paniqué lorsqu’elle réalisa que je marchais vers elle, et elle s’enfonça dans une ruelle sombre. Je la suivis. C’était un cul-de-sac et elle n’eut d’autre choix que de me faire face.
― Salut ! Je peux te parler une seconde ?
Elle écrasa nerveusement son mégot.
― Non. Si je le fais, je vais en prendre plein la gueule.
Elle avait un fort accent mais parlait un français nickel. Probablement une Tchèque.
― Ne crains rien. Je ne suis pas flic. Comment t’appelles-tu ?
Elle hésita une seconde et regarda tout autour pour voir si quelqu’un risquait de nous observer ou nous entendre.
― Olinka.
Je doutais que ce soit son véritable prénom. Peu importe.
― Moi c’est Léa. Quel âge as-tu, Olinka ?
Elle se rebiffa.
― Je suis majeure !
De ça aussi je doutais.
― Je ne suis pas là pour te faire des ennuis. Je cherche des informations sur une fille.
Je tendis le cliché. Elle le regarda attentivement et je vis immédiatement à son expression qu’elle l’avait déjà vue.
― C’est une occasionnelle.
― Je le sais. Que peux-tu me dire sur elle, sur ceux qui l’emploient ?
Elle se ralluma une clope et souffla bruyamment la fumée. Elle cherchait à se donner une contenance.
― Elle bosse à son compte, elle n’a pas de mac. On a discuté une fois. C’est pour payer ses études. Mais je ne l’ai pas revue depuis un moment.
Je soupirai.
― Tu ne la reverras malheureusement pas. Elle est morte.
Ok, je ne faisais pas preuve de tact. Pas dans ma nature. Mais Olinka en avait sûrement vu d’autre. D’ailleurs elle tiqua à peine à la nouvelle.
― Sais-tu quel genre de clients elle prenait ?
― Je sais pas. Ce qui se présentait. On peut pas faire les difficiles.
― Donc, si un vampire payait, elle acceptait la passe ?
― Ben… Peut-être. C’est un vampire qui l’a saignée ?
Je ne répondis pas.
― Est-ce qu’on t’a déjà proposé de faire un film ?
Elle me regarda, interloquée.
― Quel genre ?
― Genre saga historique… A ton avis ? Du porno bien sûr ! Mais violent.
Elle secoua la tête en rongeant un ongle au vernis orange fluo plus qu’écaillé.
― La victime a été tuée en faisant un snuff. Tu en as entendu parler ?
― Non… Enfin, y’a des bruits qui courent…
Je la fixai et l’invitai d’un geste impatient à poursuivre.
― J’en sais rien ! Il y aurait un type lié au réseau bulgare qui serait assez déjanté pour ça, d’après ce qui se dit. Ecoute, je dois y aller sinon je vais prendre une tannée.
Je griffonnai mon numéro de téléphone sur un papier et sortis quelques billets que je lui tendis.
― Tiens. Dédommagement. Et appelle-moi si tu as du nouveau.
Elle s’en saisit et je vis ses bras nus constellés de marques de piqures.
― Et arrête cette merde.
Elle s’éloigna sans un mot. Encore une qui ne ferait pas de vieux os.

Il me paraissait impossible qu’un réseau mafieux, qui plus est vampirique, joue à ce petit jeu sans que le Maître de la ville soit au courant. Il faudrait que je retourne le voir. Histoire d’avoir une petite conversation entre quat’zieux. Je n’aimais pas qu’on se paie ma tête.
Je quittai l’impasse et remontai la rue. Au bout d’une centaine de mètres, un détail insolite attira mon attention. C’était désert. Plus la moindre pute, ni mac, ni client. Seul le bruit de mes bottes claquait sur le bitume.
J’entrouvris mon sac à main, me saisis du Glock et continuai d’avancer, les sens en alerte. L’ombre d’un type se profila au milieu de la chaussée, une vingtaine de mètres devant moi. Le comité d’accueil.
Il bondit en avant et, en une fraction de seconde, l’homme fit place à la bête. Un lycanthrope. Et merde.
Contrairement aux légendes, les lycanthropes ne se transforment pas uniquement les nuits de pleine lune. Ça serait trop facile. Non, en fait, c’est à la demande. Une autre idée reçue veut que le pauvre type touché par la malédiction se torde de douleur pendant de longues minutes, ses os perçant sa peau dans d’horribles souffrances. C’est sûr que c’est plus spectaculaire et ça donne du boulot aux gens des effets spéciaux. Mais on aurait le temps de les flinguer un million de fois. Evident que ça aiderait. En fait, le changement se rapproche plus de celui de la métamorphe bleue à cheveux rouges du film X-men. Un clignement d’œil et hop ! Très rapide.
Je visai et tirai. Il fit un vol plané et s’écrasa à mes pieds. D’autres surgirent aussitôt. Au moins trois. J’en touchai un second mais je fus percuté par un gros loup noir sorti de nulle part. Le choc fut rude et je lâchai mon flingue. J’eus tout juste le temps de sortir ma dague avant qu’il ne soit sur moi. J’enfonçai la lame profondément dans la fourrure sombre et épaisse, au niveau de la gorge. Son museau frôlait mon visage et de la bave gluante dégoulina sur ma joue. Il glapit avant de s’effondrer. Son sang avait giclé sur moi, poissant mes mains et mon visage. Le manche de mon arme glissait entre mes doigts humides. Je tentai d’affermir ma prise pour faire face au dernier lycan. Il était énorme. Son pelage se parait de reflets argentés sous la lumière crue d’un réverbère. Ses yeux rouges me fixèrent tandis que je me redressai. Mon pistolet gisait à deux mètres sur le bitume, je n’aurais jamais le temps de le récupérer. Il avait dû suivre mon coup d’œil car il retroussa les babines, dévoilant des crocs acérés. Il bondit. La lame en avant, prête à le recevoir, j’attendis le choc. Une déflagration déchira l’air et la tête du monstre explosa. Interdite, je me retournai vers l’origine du coup de feu.
Il se tenait debout environ trois mètres derrière moi. Un long manteau claquait dans l’air sur ses mollets. Je ne voyais qu’une silhouette sombre, imposante. Il bougea et le lampadaire éclaira son visage. Très pâle, des cheveux noirs en bataille lui retombaient sur le front. Ses yeux brillaient d’une lueur verte. Un vampire ! Alors qu’il s’approchait, je me jetai sur mon Glock et le mis en joue. Il sourit.
― Tu veux me descendre pour me remercier ? Tu n’es pas très reconnaissante.
Sa voix était douce et posée. Ses inflexions harmonieuses me rappelèrent celles du Maître de la ville. Il bougeait avec une fluidité toute vampirique, cependant une étincelle d’humanité brillait dans son regard.
― Si tu m’y obliges. Reste où tu es.
― Tout doux ma jolie. Je n’ai pas l’intention de te faire du mal. Sinon, j’aurais laissé les lycans s’occuper de toi.
― J’avais la situation en main.
― J’ai vu ça.
Son ton ironique ne m’échappa pas et je ravalai une réplique acerbe. Nous nous tenions toujours réciproquement en joue.
― Je baisse mon flingue si tu en fais autant.
Il s’exécuta très lentement et je fis de même sans le quitter du regard, la moindre fraction de seconde d’inattention pouvait se révéler fatale.
― T’es qui ? Humain ou vampire ?
Il sourit.
― Bonne question. Si seulement je pouvais y répondre…
Sans me laisser le temps de bouger ou d’ajouter quelque chose, il fit volte-face et disparut. Beaucoup trop vite pour un être humain.

J’appelai les nettoyeurs. Je ne pouvais pas partir et laisser les cadavres dans la rue. Le problème avec les lycans, c’est qu’ils reprennent leur aspect humain à leur mort. Du coup, quatre types à poil (sans mauvais jeu de mots) gisaient sur la chaussée.



Dernière édition par chasseuse de la nuit le Jeu 28 Nov 2013 - 22:43, édité 3 fois
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par RaphaëlLIII le Sam 26 Oct 2013 - 16:37

J’ai lu la fin modifiée du premier chapitre. Les lampadaires sont déjà mieux exploités. Mais tu as moyen d’exploiter encore mieux la mélodie du carillon : c’est un bruit continu, qui va donc résonner jusqu’à… Bon, pas d’excès non plus : on peut l’oublier pendant le paragraphe suivant, tout de même. Mais :
Alors que j’insérai la clé dans la serrure, une boule d’angoisse me serra l’estomac.
Ça me paraît un bon moment à faire accompagner par un petit rappel du carillon.

Cela étant dit, je m’attelle au…

Chapitre 2

Je peux te rassurer : Léa Bacal ne ressemble pas tant que ça à Anita Blake. Léa va travailler pour un service spécial, alors qu’Anita chasse les vampires à son compte. Quant au coup de la boîte de striptease, nous savons tous les deux que les lieux interlopes sont la tarte à la crème du thriller, fantastique ou pas.

Nous continuons donc à faire connaissance. Et assistons à une terrible découverte de Léa !
Sur le plan du style, la narration a tendance à s’éloigner du langage un peu familier de Léa. Autant le premier chapitre était bien réussi sur ce plan, autant ici, certaines formulations semblent trop soutenues :
Toute cette agitation me paraissait si lointaine, comme appartenant à une dimension parallèle qui ne me concernait pas.
(...)
Allongé sur le tapis du salon imbibé de sang, les yeux grands ouverts fixant le plafond, la gorge béante.
Les participes présents nous éloignent du registre instauré dans le premier chapitre.
Le sapin décoré trônait à sa place habituelle, tellement déplacé au centre de ce décor macabre que cela rendait la scène surréaliste.
Ce seul mot dans la phrase suffit à sonner soutenu.

C’est une difficulté de la narration à la première personne : l’auteur doit rester bien dans la peau de son narrateur afin de le rendre crédible. Maintenir l’impression que c’est un personnage qui écrit (Léa en l’occurence) et non pas un auteur (à savoir : quelqu’un qui est habitué à travailler son langage, ses formulations…) est plus difficile qu’on ne le croie : le «professionnalisme» de l’auteur reprend facilement le dessus.
L’auteur qui écrit à la première personne devrait devenir acteur, plus qu’auteur…
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Sam 26 Oct 2013 - 16:58

chasseuse de la nuit a écrit:CHAPITRE SEPT
Après 5 c'est pas 6 ? lol! 
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Sam 26 Oct 2013 - 20:31

Draal a écrit:
Après 5 c'est pas 6 ? lol! 
He oui, c'est tout moi ça !
Merci !

Merci aussi pour les retours, je vais voir à modifier 2-3 trucs !
Pour le language, c'est vrai qu'il y a mélange... Bon, elle s'adapte à son auditoire, quand elle s'adresse à un officiel ou à une prostituée, elle n'utilise pas le même registre. je vais essayer toutefois de réduire l'écart.
Chap 2 corrigé.
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Sam 26 Oct 2013 - 20:56

Hello !

Pour ceux qui suivent et veulent connaître la suite, la voici :

Chapitre 7 (oui, oui, c'est bien le 7 maintenant ! Razz )

Spoiler:
Je n’avais pas attendu trop longtemps. Une dizaine de minutes après mon coup de fil, la camionnette s’était garée dans la rue où je me tenais. Deux nettoyeurs en combinaison blanche prirent le relais et je pus filer au Centre.
Je voulais savoir à qui j’avais affaire. Installée devant un ordinateur, les souvenirs tout frais en mémoire, je tentai de faire un portrait-robot du bon samaritain. Faute de nom, je n’avais pas trouvé mieux. L’agent David Villaverde passait dans le couloir. Il me vit, attrapa un siège et s’installa près de moi.
― Salut Léa. Tu fais quoi ?
― Je joue au Scrabble, c’est évident, non ?
Il soupira en souriant et secoua la tête.
― Tu veux un coup de main ?
― Nan. Me perturbe pas, j’essaie de me souvenir de détails…
― C’est qui ?
Bon. Il n’allait pas me lâcher. Tant pis.
― C’est ce que je voudrais bien savoir. Il a déboulé quand je m’occupais des lycans. Les yeux, c’est à peu près ça… les cheveux sur le front… son nez, merde ça colle pas. Plus fin…
David fixai l’écran. Le portrait de l’inconnu se dévoilait petit à petit.
― Tu le connais ? lancai-je à tout hasard.
― Non. Jamais vu. Ça te dit un verre, quand tu auras fini ?
Je levai les yeux au ciel. Il remettait ça.
― Arrête ton plan drague à deux balles. Je t’ai déjà dit que toi et moi, c’était niet.
― Ok… Au fait, bon boulot. Pour le vampire. Les lycans, ce n’était pas prévu.
― Ça, tu peux le dire. Ils me sont tombés sur le râble. Des surveillants sans doute. Ils n’ont pas apprécié que j’interroge les filles.
Des lycanthropes bossaient pour les réseaux de prostitution. Ils surveillaient les filles pour le compte de leur souteneur vampire. Avec leur aspect parfaitement humain, ils passaient inaperçus dans les rues. De plus, ils bossaient de jour comme de nuit. Les vampires, bien que capables de sortir le jour à condition de se tartiner d’écran total et de porter des lunettes de protection, restaient sensibles à la lumière et préféraient rester à l’ombre.
― T’as eu du nouveau pour le snuff ?
― Pas vraiment, mais la dernière fille avait croisé la victime. D’après elle, Sophie n’était pas très regardante concernant ses clients. Elle n’aurait refusé aucune offre lui permettant de se faire du blé. Je suis sûre qu’elle ne m’a pas tout dit. Il me faudra l’interroger à nouveau, à l’occasion. Mais il y en a un autre à qui j’ai deux mots à dire.
― Qui ça ? demanda David, les yeux rivés sur mes cuisses.
Je ne m’étais pas changée et portait toujours ma tenue minimaliste.
― Le Maître de la ville, Charles. Il ne peut pas ne pas être au courant. Ça me paraît impossible.
― Tiens en parlant de Maître, celui de Toulouse a disparu. Rien sur son remplaçant.
― Ah oui ? Ça fait combien maintenant ?
― Euh… C’est le sixième, si je ne m’abuse : Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille, Rennes et maintenant Toulouse.
Parfois un Maître se faisait défier par un rival. Soit il gagnait et restait en place, soit il mourrait et le vainqueur devenait le Maître à son tour. Mais le gagnant ne restait jamais anonyme, au contraire ! Il se faisait connaître et étalait sa puissance pour bien asseoir sa suprématie. Mais dans le cas de ces villes, nada. Les Maîtres avaient disparus, sûrement morts, et ceux qui les avaient détrônés restaient dans l’ombre. Etrange.
― Je viens avec toi. Voir Charles.
La voix de mon collègue me tira de mon introspection.
― Si tu veux… David ?
― Oui ?
― Tu détournes ton regard de là immédiatement ou je te les coupe pour te les faire bouffer.
― Reçu cinq sur cinq…
Il se leva, un sourire goguenard aux lèvres.
― Je me change et on y va. Je te retrouve dans ton bureau.
― Ça roule. Dommage, cette tenue te va à ravir.
Il battit en retraite devant mon regard assassin.

Je fignolai le portrait-robot avec quelques détails. La bouche plus pleine, les pommettes plus saillantes… J’eus du mal à donner l’expression à son regard. Cette lueur verte, typique des vampires, présente chez lui mais plus faiblement. Je ne savais pas pourquoi, mais j’étais persuadée que ce type avait un cœur en état de marche. Une intuition. Mais ça ne collait pas. Il possédait toutes les caractéristiques des suceurs de sang : le teint pâle, la vitesse, les réflexes, la force…
J’imprimai le résultat et fixai ce visage. Un beau mec, à l’air dur et inquiétant. Mon petit doigt me disait que j’allais le recroiser. Je pliai la feuille et la rangeai dans mon sac.
Avant d’aller me changer, je me saisis de la liste de codes trouvée par mes collègues chez le suspect qui avait préféré mourir plutôt que de parler.
Je me connectai au deep-web. J’écartai les propositions de ventes d’armes, de drogues et de codes de cartes bancaires. Au milieu des offres pour pédophiles, je trouvai des listes de filles avec photos. Elles avaient toutes l’air si jeune ! Je savais que la moyenne d’âge des filles forcées à se prostituer tournait autour de treize ans. Je choisis la section concernant l’Europe de l’est, plus précisément les bulgares. La nausée me nouait la gorge devant cet étalage de chair fraîche. Le trafic d’êtres humains avait de beaux jours devant lui… Des vidéos étaient proposées moyennant finances. Des rencontres réelles aussi. Une liste des « prestations » offertes me fit froid dans le dos. Extrême est un qualificatif trop léger. Certaines filles étaient ni plus ni moins disponibles pour des jeux à l’issue fatale.

Au vestiaire, je troquai ma tenue aguichante pour des vêtements beaucoup plus confortables et surtout nettement plus discrets. Un jean, des baskets et un chemisier noir cintré. Je fixai un holster autour de mon épaule et y insérait mon Browning. Une veste trois-quarts recouvrit le tout. Elle cachait également les lames glissées dans ma ceinture, sur chaque hanche.
Je passai prendre David dans son bureau. Il me jeta un regard déçu mais n’ouvrit pas la bouche. Un bon point pour lui.
― Prêt ? On y va. L’aube va se lever, il sera fatigué.
Nous prîmes ma voiture et filâmes vers le quartier chaud. Le ciel rosissait, dégagé de tout nuage. Il allait faire beau.
Je garai ma Honda juste devant le Lolita. La vie grouillante de la nuit avait disparue, laissant la place à un désert que la lumière du jour rendait miteux. Des papiers gras roulaient sur les trottoirs, poussés par le vent. Des canettes, brisées ou intactes, jonchaient l’asphalte. Une ou deux filles traînaient encore, l’espoir de se faire un dernier client avant de dormir les poussant à rester là. Elles s’approchèrent alors que David sortait du véhicule. Lorsqu’elles me virent à mon tour, elles rebroussèrent chemin, déçues.

Nous frappâmes à la porte décorée de silhouettes blanches se déhanchant sur fond noir. Un physionomiste ouvrit. Pas le monsieur muscle de l’autre soir, mais taillé sur le même modèle.
― C’est fermé ! jappa-t-il.
Il allait claquer le battant au ras de mon nez lorsque je bloquai l’huis de mon pied, sortant ma plaque prestement. David m’imita. Le videur jeta un œil dessus et son visage se crispa.
― Nous venons voir Charles.
― Il est tard. Il va dormir. Revenez ce soir.
Je grimaçai un ersatz de sourire.
― Est-ce qu’on a l’air de vouloir revenir ? Tu ouvres sans discuter.
― Sinon ? grimaça-t-il, ses canines affleurant au ras des lèvres.
― Sinon je t’offre un aller simple pour l’enfer, rétorquai-je, lui posant l’extrémité de mon flingue sous le menton.
― Et elle ne plaisante pas ! souffla David dans mon dos.
A contrecœur, le type ouvrit pour nous laisser passer. Je lui tapotai l’épaule, ravie de l’asticoter.
― Brave garçon ! Ta cervelle aurait fait tache sur la tapisserie.
Nous traversâmes la piste de danse déserte. Les barmans rangeaient derrière les comptoirs et des balayeurs s’occupaient de la salle. Sans la foule, les spots multicolores et la musique assourdissante, la discothèque recélait une atmosphère étrange. Des effluves de sueur, d’alcool et de fumée planaient, prenant à la gorge.
Le portier nous entraîna à l’arrière, au-delà des salons privés et des toilettes. Au bout d’un couloir, il s’arrêta devant cette porte que j’avais déjà franchie, seule, quelques soirs plus tôt. Le repaire de Charles.
Il frappa et ouvrit.
J’entrai, David dans mon sillage.

Il semblait nous attendre. Nonchalamment appuyé sur un coude, il se tenait semi allongé sur un canapé de velours sombre. Il portait encore un pantalon noir moulant, et c’était tout. Pieds nus et le torse offert à la vue, il sourit.
― Léa !
― Agent Bacal, s’il te plaît. Et voici l’agent Villaverde.
― Oui, nous nous sommes déjà rencontrés, souffla Charles, une moue contrariée sur le visage. Je préfère quand tu me rends visite seule. Que me vaut ce plaisir ?
D’un geste, il nous indiqua un autre sofa placé pile en face du sien. Nous nous y installâmes.
― Nous voudrions que tu nous parles de la filière bulgare.
― Je ne fais pas dans la prostitution.
Je ricanai.
― Bien-sûr. Quand on voit ton club, ça saute aux yeux !
Il se redressa, assis bien droit. Son visage pris une expression sérieuse.
― Les filles qui travaillent pour moi sont des danseuses. Elles n’offrent qu’un plaisir visuel, esthétique. Je ne trempe pas là-dedans.
― Tu crois vraiment qu’on va te croire ? lança David.
Charles le regarda comme s’il le découvrait pour la première fois. Du mépris passa dans son regard.
― Je n’ai pas l’intention de me répéter. Ce que mes danseuses font de leur temps libre en dehors d’ici ne regarde qu’elles. Pour ma part, elles ne font que danser, en public ou en privé. Le client regarde mais ne touche pas. Vous devriez le savoir, agent Vi-lla-ver-de.
Il appuya sur chaque syllabe du nom de mon collègue. Entre eux d’eux, ça faisait des étincelles.
― Sais-tu qui m’a envoyé des lycans pour m’étriper ?
Le Maître se refocalisa sur moi.
― Dès que je le saurai, je règlerai le problème. Je ne peux tolérer ce genre de… désagrément.
Son regard me transperça littéralement. Une lueur verte passa devant ses iris et une vibration emplit l’air de la pièce. Je me raclai la gorge, mal à l’aise.
― Ça t’embêterai beaucoup de… passer quelque chose.
Il se mit à rire. Le son me fit l’effet d’une houppette de fourrure caressant ma nuque. Il se leva avec une souplesse féline, et attrapa un pull blanc.
― Serais-tu gênée ?
C’est bien connu, les vampires n’ont aucune pudeur. Chaque mouvement faisait onduler ses muscles fins et élancés. Sa peau cristalline rayonnait sous les spots du plafond. J’avais presque envie de passer mes doigts sur ses bras pour vérifier leur douceur. Il enfila lentement le jersey. Même si l’idée de lui éclater la tête était toujours présente, il tapait dans l’œil. Et il le savait. Je me ressaisis.
― Donc, tu ne vois pas qui.
― Ils surveillent les filles dans la rue. C’est leur boulot. Tu as dû te montrer un brin trop envahissante. Mais ce n’est pas une raison.
Il passa derrière notre sofa et me frôla. Je sursautai.
― Ne refais plus ça.
David se mit debout. Il suivit la progression de Charles, la main sur son holster.
― Ton collègue est nerveux, Léa, ricana-t-il. Tout doux mon joli. Serais-tu jaloux ?
Je n’aimais pas la tournure de la conversation.
― Et mon réseau bulgare ?
― Je peux me renseigner pour toi. Mais tu me devras une faveur.
― De quel genre ?
Il fixa David droit dans les yeux.
― Je ne sais pas. Un simple dîner, peut-être. Pour commencer. Qu’en dis-tu ?
Ben tiens.
― J’espère ne pas être au menu de ce « dîner ».
Charles me regarda, un petit sourire au coin des lèvres.
― Comme tu me juges hâtivement ! Revenons à tes bulgares. Que veux-tu savoir exactement ?
― Comment ils se procurent les filles, s’ils font dans les films.
― Nous y voilà ! Ce sont les films qui t’intéressent !
― Tu sais quelque chose, j’en étais sûre !
― Non. Le porno m’indiffère.
― Pas du porno classique. Du snuff. J’ai vu une fille mourir sous mes yeux, et crois-moi, ce n’était pas beau à voir. Un vampire l’a saignée devant la caméra.
― Hum… La police a-t-elle retrouvé le corps ?
― Non. Pas encore. Pourquoi ? demanda David.
Charles lui lança un regard glacé. C’est à moi uniquement qu’il voulait parler. Il se refocalisa sur ma petite personne.
― Dans ce cas, tout porte à croire que le réseau recycle.
― Recycle ?
Je devais avoir l’air complètement à côté de mes pompes. De quoi parlait-il ?
Il se rassit, juste en face de moi. Il pencha son buste en avant. Son visage n’était qu’à une trentaine de centimètres du mien. Aussi immobile qu’une statue.
― Pas de traces. Pas de problèmes. Le meilleur moyen de se débarrasser d’un cadavre encombrant est de le faire disparaître. Complètement.
― Il y a toujours des traces, soufflai-je, malgré les précautions prises.
Il ricana.
― Pas si le corps passe par les charognards ! Crois-moi ma jolie, ils ne laissent pas la moindre miette.
Merde ! Les charognards ! Par ce terme, Charles évoquait les mangeurs de chair, les nécrophages. Des goules. Mon estomac se souleva.
― Bordel, je n’avais pas pensé à ça !
― Tu vois, il te reste encore des choses à apprendre.
J’imaginai l’organisation d’un tel réseau : des filles qu’on pousse à l’abattage, certaines qui servent à des films. Quand elles sont « usées », direction l’assiette des goules. Rayées de la carte. Plus sordide, je ne voyais pas.
― Tu sais qui serait assez taré pour travailler en collaboration avec des goules ?
Charles secoua la tête.
― Pas vraiment. Nous évitons de les fréquenter. Pas assez classes. Mais si j’ai du nouveau, je te le fais savoir.
― J’y compte bien.
Nous nous levâmes. David me précéda vers la porte. Charles se retrouva dans mon dos si vite que je ne l’avais pas vu bouger. Il murmura à mon oreille et je sentis son souffle sur mon cou.
― Ton collègue est dingue de toi, la Traqueuse. Je sens ses effluves de désir dans l’air.
Je me retournai vers le Maître.
― Occupe-toi de tes affaires, ma vie privée ne te regarde pas.
Il ricana, les bras croisés.
― J’ai l’impression que ses sentiments ne sont pas partagés. Cela me laisse une chance.
― Dans tes rêves ! lâchai-je.
Merde, pour qui se prenait-il ? Maître ou pas, je n’en avais rien à secouer. Et le jour où je fréquenterai un vampire, il faudra m’abattre, parce que je n’aurai plus toute ma raison.



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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Mar 29 Oct 2013 - 15:48

Et le chapitre 8 dans la foulée :

Spoiler:
Ouf, que ça faisait du bien de se détendre et de penser à autre chose que le boulot. Je n’étais pas à proprement parler un cordon bleu, mais je me débrouillais quand même dans une cuisine. Un poulet rôtissait dans le four, avec des patates et des tomates. Une salade de concombre attendait au réfrigérateur. En dessert, ce serait glaces. Ok, je ne m’étais pas foulée, ça restait simple mais au moins je minimisais les risques de ratage.

Confortablement installée sur le canapé, je sirotais un cocktail en compagnie d’Amber, ma bonne copine. Je l’avais connue à la bibliothèque de l’université. Pas lorsque j’étudiais l’histoire de l’art. Après les évènements, dans une autre université plus proche. Elle connaissait mon CV concernant la période qui précédait mon arrivée et nous n’abordions jamais le sujet. Elle avait suivi des cours de droit et, diplômée, bossait maintenant comme avocate dans un cabinet réputé non loin d’ici. On se voyait de temps à autre, pas assez souvent à notre goût mais chacune était prise par sa vie professionnelle.
― Alors comme ça, cette fille s’est faite étripée sous tes yeux ?
J’avais largement entamé mon troisième verre. Il faudrait sans doute que ce soit le dernier.
― Mouais. Pas beau à voir. Mais franchement, changeons de sujet avant que ça te coupe l’appétit. Je ne voudrais pas avoir cuisiné pour rien. Où en sont tes amours ?
Amber éclata de rire.
― Pas bien loin, j’en ai peur. Je t’ai déjà parlé de Denis. Bon, le problème, c’est qu’il ne quittera jamais sa femme.
Je soupirai.
― Bon sang Amber ! Tu t’attendais à quoi ? Les mecs mariés, ça ne mène jamais à rien. C’est le meilleur moyen pour ne pas s’engager et courir à l’échec. Du vrai masochisme !
― Dis donc, Madame l’experte ! Je n’ai pas l’impression que ça se bouscule devant ta porte !
Un point pour elle. Je ricanai. Amber rêvait de me voir casée avec un gentil garçon qui me ferait deux gosses et avec qui j’emménagerais dans une jolie maison de banlieue, avec pelouse impeccable et barrière blanche, bien entendu. Le parfait cliché à la Desperate Housewives.
― Tu devrais arrêter de leur faire peur si tu désires en choper un dans tes filets, si tu veux mon conseil.
― Attends ! T’exagère ! Je ne leur fait pas si peur…
― Non, tu leur pètes juste les dents ! Franchement Léa…
Ok. Elle n’avait pas tellement tort. Il est vrai que parfois j’aurais dû mettre un peu d’eau dans mon vin avec la gent masculine. J’avais un caractère emporté, pour ne pas dire agressif. Effet secondaire de mon choc post-traumatique.
― Mais tu as tout faux. En ce moment, j’ai un ticket.
Amber mordit immédiatement à l’hameçon.
― Ah oui ? Qui ? Je le connais ?
Je me mis à rire devant sa mine réjouie et intéressée.
― Ben quoi ?
― Je te charrie ! En fait, j’ai tapé dans l’œil de quelqu’un mais crois-moi, ce n’est pas réciproque.
Elle attendait la suite, pendue à mes lèvres, rêvant de la révélation de l’année.
― Je suis allée interroger le Maître de la ville en personne, et il m’a fait du rentre-dedans. Tu imagines ça ? J’étais à deux doigts de le crucifier.
Amber me regarda, les yeux ronds.
― Et alors ? Il est mignon au moins ?
― Eh, t’as entendu ce que je viens de te dire ou quoi ? Le Maître… Un vampire.
― Oui, forcément…
Elle connaissait mon aversion pathologique pour ces créatures.
― Il pourrait être le dernier mâle sur cette terre qu’il ne se passerait rien, tu peux en être certaine !
Nous terminâmes l’apéro en parlant d’autre chose. Je ne voulais pas que Charles vienne gâcher notre dîner, même à son insu.

J’allai chercher l’entrée dans le frigo pendant qu’Amber s’installait.
― Ambeeeeeer !
Mon amie déboula à mon cri strident.
― Qu’est-ce que…
Elle suivit mon regard affolé et se saisit d’un papier absorbant en riant. Du bout des doigts, elle cueillit l’intruse et la jeta dehors.
― Franchement, depuis le temps ! Tu devrais essayer de te raisonner, ou essaie l’hypnose, il paraît que c’est efficace !
― C’est une phobie, Amber ! Je contrôle pas !
Je devais avoir quatre ans, pas plus. On a généralement peu de souvenirs de cet âge, mais celui-là était bien vivace dans mon esprit, comme si c’était arrivé la veille. Je me réveillais de la sieste par un bel après-midi d’été. La fenêtre de ma chambre laissait entrer une brise douce et la lumière se déversait à flot. Je me redressai et la vis. Je portais un tee-shirt blanc et la tache noire me sauta aux yeux, par contraste. Enorme, velue, elle se tenait au niveau de mon estomac. Je hurlai, bondit hors du lit comme une électrocutée. L’araignée se mit à bouger et ma mère entra, telle Wonder Woman pour tuer le monstre. Depuis, j’étais gravement arachnophobe, aussi stupide et insensé que cela puisse paraître.
― La tueuse de vampires à peur des petites bêtes, se moqua Amber en retournant vers la salle de séjour.
― C’est malin, marmonnai-je.
Si ça se savait, je perdrais toute crédibilité, ça ne ferait pas un pli. Je voyais ça d’ici : les lycans et autres vampires, morts de rire avant même que je les frappe. Ça me faciliterait la tâche, certes, mais bonjour l’image…

Il faisait doux et les fenêtres ouvertes laissaient entrer une brise agréable. Un courant d’air fit voleter des papiers posés sur le bureau et Amber les ramassa.
Je revins avec le plat et la trouvai en train de scruter une feuille.
― Dis la cachotière, c’est qui celui-là ? Il est craquant !
Je regardai ce qu’elle tenait entre les mains. Le portrait-robot du bon samaritain.
― Ce type ? Aucune idée. C’est justement ce que je voudrais savoir. Il est intervenu l’autre soir pendant que je me démenais avec des lycans. Il a l’air d’un vampire, mais… j’en suis pas sûre.
Nous passâmes à table. Le vin descendit plus vite que les mets solides. Nous parlâmes beaucoup et rîmes encore plus. Nous ne nous étions pas vus depuis deux mois, alors nous rattrapions le temps perdu. Amber était ma meilleure amie. Pour ne pas dire ma seule amie.
― En tout cas je te trouve en forme. Tu fais toujours ta gym ?
― Oui m’dame ! Deux soirs par semaine, je sue sang et eau au centre sportif des Vallons. On a un nouveau coach, un vrai sadique ! Mais le résultat en vaut la peine, non ?
Amber se leva et fit tourner sur elle-même sa fine silhouette de blondinette.
― Si. Tu es parfaite. Un vrai canon.
― Tu parles ! J’aimerais être taillée comme toi. La chasse aux vampires te maintient en forme, ma cocotte !
Elle n’avait pas tort. Je n’avais pas besoin de me torturer sur des tapis de mousse. Entre les combats à mains nues, à l’arme blanche, la course à pied, le tir, je pouvais me considérer comme une athlète complète. Et c’était beaucoup moins dispendieux qu’un abonnement.
― Mais j’y pense ! Fais-moi revoir ton portrait !
Je la regardai interloquée. Elle se tenait là, la main tendue, pétrifiée, comme frappée par la foudre. Je lui tendis la feuille.
― Qu’est-ce qui se passe ?
Elle fixa le portrait-robot si intensément que je craignis un instant qu’il s’enflamme sous son regard de braise.
― Ça me revient ! Je connais ce type !
Je manquai de m’étrangler.
― Tu le connais ! C’est qui ?
Elle fit la moue.
― Ça, je n’en sais rien, je ne peux pas te dire son nom. Je l’ai croisé plusieurs fois en sortant de la gym. Il vient au gymnase très tard, quand les cours se terminent. Une fois, j’étais à la bourre, la dernière à quitter les vestiaires. Le centre fermait mais il doit avoir une dérogation. Il se dirigeait vers la salle où les mecs s’entraînent à la boxe. Je n’avais pas fait le rapprochement tout de suite, je suis désolée.
Il allait s’entraîner seul, tard le soir. A l’abri des regards.
Je lui offris mon plus beau sourire.
― Pas grave. Ça te plairait que je t’accompagne à ton prochain cours ?



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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par kalcidian le Mar 29 Oct 2013 - 18:57

décidement, je ne me lasse pas de te lire. J'aime beaucoup (et tu sais ce que je pense de la bit-lit).
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Invité le Jeu 31 Oct 2013 - 20:36

Piti cadeau pour Halloween !

Chapitre 9 :


Spoiler:
L’avantage de mon boulot par rapport à celui de flic, c’est que je ne suis pas obligée de traîner derrière moi un coéquipier comme un boulet. Je peux travailler en solo, même si ce n’est pas recommandé. Le fait d’être une femme me procure également un sérieux plus. Les gens me parlent plus volontiers, se méfient moins. Et s’en prendre à moi physiquement leur parait une tâche plus facile. Erreur qui se paye chère.
J’avais eu du mal à trouver le sommeil suite aux révélations d’Amber. Le lendemain de notre dîner, en fin de journée, je pris donc seule la route pour Pegrac-les-Vallons, lieu de résidence de mon amie. Je dénichai facilement le centre sportif et me garai en retrait, loin des éclairages.

Le bâtiment de béton allongeait son esthétique douteuse, grise et rectangulaire, typique des années soixante-dix. Des trouées de verre laissaient passer la lumière criarde des salles. Le parking comptait une vingtaine de véhicules, mais alors que l’heure tournait, il se vida petit à petit. Le centre fermait à vingt-deux heures et quinze minutes avant, pendant que les derniers sportifs quittaient les lieux, une silhouette entra.
Je me tenais trop loin pour voir les détails mais j’étais certaine qu’il s’agissait d’un homme de haute taille. J’attendis jusqu’à vingt-deux heures quinze et quittai l’habitacle réconfortant de ma Honda.
La porte principale était maintenant verrouillée. Je fis le tour des lieux et découvris un vasistas entrouvert. Grimpant sur une poubelle, j’entrai… pour tomber dans le filet, au sens propre. Je gesticulai pour me dépêtrer de l’amas de câbles de nylon. Je me retrouvais dans un entrepôt emplis de matériels hétéroclites, allant des ballons aux cages de hand-ball, en passant par des plots orange et des crosses de hockey. Je manquai de me prendre les pieds dans des barres métalliques servant à je-ne-sais-quoi et rattrapai le tout avant d’ameuter le quartier. Je sortis dans un long couloir envahit par l’obscurité. Seules les loupiotes indiquant les sorties d’urgence balisaient les lieux.
Je remontai silencieusement le corridor. Le linoléum du sol eut l’extrême amabilité de ne pas crisser sous mes tennis. Une clarté émanait de deux hublots s’ouvrant dans une porte coupe-feu. Je la poussai doucement en croisant les doigts pour que les gonds soient bien huilés.
Elle donnait sur un gymnase aux proportions immenses. Le plafond entrelacé de poutrelles métalliques s’envolait une bonne quinzaine de mètres au-dessus de ma tête. Des poulies pendaient, retenant des cordes. Dans chaque coin de la salle trônait un ring de boxe. Au centre, plusieurs tatamis s’étalaient. Un bon nombre de punching-balls et des sacs de frappe se tenaient à la disposition des sportifs et les murs se couvraient d’échelles verticales en bois clair. Tout pour se sculpter un corps de rêve…
Des coups sourds et réguliers résonnaient. Un sac de frappe oscillait au bout de sa chaîne dans le coin opposé de la salle. Un ring s’interposait et me masquait la vue. Je me glissai, aussi silencieuse qu’un chat, à demi-courbée, et contournait l’estrade. Tapie à l’abri du coin, je levai lentement la tête pour apercevoir le frappeur. Les coups avaient brusquement cessé et le sac se balançait toujours. Abandonné.

― J’étais certain que tu me chercherais.
Mon cœur loupa un battement et je me redressai d’un coup, faisant volte-face vers l’origine de la voix.
Il se tenait derrière moi, réajustant les bandes de protection sur ses mains. Un sourire en coin étirait ses lèvres et ses yeux, légèrement plissés, me fixaient intensément au travers des mèches rebelles qui retombaient sur son front.
― Je… euh… Tu es bien sûr de toi.
Il me prenait de court et j’ai horreur de ça.
― Que me veux-tu, la Traqueuse ?
― Tu sais qui je suis ?
Son sourire s’élargit.
― Il n’y a pas beaucoup de femmes qui se battent avec des lycanthropes. Du moins, pas avec autant de hargne et de réussite. Alors je répète une dernière fois, que me veux-tu ?
Une lueur verte passa dans son regard. Mauvais signe, sans doute.
― Je veux savoir qui tu es et ce que tu fichais dans cette rue, l’autre soir.
― Tu es agent du GIAR, n’est-ce pas ?
Cette manie de répondre à mes questions par d’autres…
― Oui, je travaille effectivement pour cet organisme, mais tu le savais déjà, non ? Et toi, pour qui roules-tu ?
― Je ne travaille pour personne.
Il prononça cette phrase d’un ton très bas, provoquant. Il avança d’un pas et je me recroquevillai, prête à bondir.
― Foutaise. On travaille toujours pour quelqu’un.
― Alors disons que je suis à mon compte. Ça te convient ?
― On va faire avec. Mais réponds. Que fichais-tu là et qui es-tu ?
― Je cherchais des informations. J’étais sur le point d’interroger une fille quand tu m’as devancé. Je t’ai ensuite suivis en me disant que je pourrais, peut-être, te faire parler, quand je t’ai vu planter un couteau dans un lycan. Quelle classe !
― Pourquoi voulais-tu l’interroger ?
― Ça, c’est personnel.
― Et ton nom ?
Il se mit à arpenter la pièce d’un pas vif, juste avant de se poster à mon côté.
― Si tu veux le savoir, offre moi un petit combat amical. Sans armes.
D’un geste, il désigna le ring qui nous surplombait et arqua un sourcil dans l’expectative de ma réponse.

Désarmée, j’aurai du mal à battre un vampire. C’est mission impossible pour quiconque d’humain. Pourtant, j’ôtai ma veste et mes chaussures, dégrafai mon holster et grimpai sur l’estrade. Fierté mal placée ? Je ne voulais pas me déballonner devant lui.
Il me suivit et me tendit des bandes de protection. Il m’aida à les mettre en place. J’en profitai pour l’observer. Il n’était pas d’une beauté classique mais dégageait une aura de sensualité à tout casser. Les filles devaient tomber comme des mouches en sa présence.
― Je ne sais toujours pas contre quoi je vais me battre. Tu ne m’as pas répondu l’autre soir. Je sais que tu es un vampire mais quelque chose cloche… Tu as une allure presque… humaine.
― Tu es bien sûre de toi. Crois-tu vraiment m’avoir percé à jour ?
― Ton teint, ta peau semble… cristalline. Ta façon de bouger, différente, fluide. Tu es rapide. Il y a de l’électricité dans l’air autour de toi et cette lueur dans tes yeux… Alors oui, je sais que tu es un vampire, tu en a toutes les caractéristiques et pourtant…
Il émit un rire sans joie.
― Toi et moi avons plus en commun que tu l’imagines. Tu te méprends sur ma nature. En garde !
Nous nous tenions face à face, au centre du ring. Le sol de toile était doux et élastique sous mes pieds déchaussés. Je me tenais en position, les poings serrés, les yeux fixés sur mon adversaire.
Il fit craquer ses phalanges et roula sa tête pour s’assouplir les cervicales. Son regard me brûlait comme un laser. Je n’étais pas rassurée. Mes paumes, moites, collaient sous les bandes.
― Ladies first ! lança-t-il, souriant.
Je bondis le plus vite possible et lançai mon poing droit vers son visage. Il m’évita à la dernière seconde, décrit un demi-cercle pour se poster hors d’atteinte.
― C’est tout ce dont tu es capable ? ricana-t-il.
Je le fusillai du regard. Il était si rapide que je ne l’avais presque pas vu bouger. Je me mis à lui tourner autour. Je feintai une attaque de la droite et alors qu’il esquivait, je frappai du poing gauche en plein dans son estomac. Il parut surpris et riposta aussitôt. Son genou me percuta dans le ventre et je me pliai en deux, le souffle coupé. Un goût de bile me monta dans la gorge.
― Merde !
La douleur était intense et je tentai de réguler ma respiration.
― Tu as commencé ou tu t’échauffes, là ?
Agenouillée, une main au sol, l’autre sur mon estomac douloureux, je le flinguai d’un œil noir. C’était mes oreilles qu’il m’échauffait, ça oui !
D’un bond, je fus de nouveau sur mes pieds. Je tentai de le balayer d’un mouvement de jambe circulaire, mais il sauta et se laissa retomber avec souplesse hors de ma portée.
― Tu fais ton petit footing ou tu t’y colles sérieusement ?
Il avait réussi à m’énerver. Je lui sautai dessus avec toute la force dont j’étais capable. Il chancela sous le choc et nous tombâmes en arrière ensemble. Je lui saisis les cheveux et frappai sa tête sur le sol. Accroupie sur son dos, je l’enserrai de mes cuisses comme un étau. Ses côtes allaient s’en souvenir. Je continuai de lui frapper la tête mais il s’arc-bouta si violemment que je fus désarçonnée. Il était puissant. Sûrement très âgé, mais pas un Maître, pas encore.
Avec vivacité, il bondit. Son poing percuta ma tempe gauche et je tombai à la renverse, complètement sonnée. Je tentai de me défendre, mais je ne voyais plus rien et me démenai dans le vide. Je devais avoir l’air d’une épileptique en pleine crise, mes bras et mes jambes frappant au hasard. Je ne touchais rien mais ses coups, eux, atteignaient leur cible.
Ma tête bourdonnait, je voyais trouble. La douleur était telle que j’avais envie de vomir. Je tentai de me diriger vers lui en titubant. Le décor se mit à tourner et je m’effondrai.

Un large sourire étirait ses traits. Il se tenait assis près de moi, une bouteille à la main. De l’eau coulait sur mon visage.
― Ça va mieux ?
Il en avait de bonnes. Etais-je passée sous un semi-remorque ou avais-je chuté du quinzième étage ?
― Je croyais que… c’était un combat amical, haletai-je.
Il se mit à rire. Super.
― C’est le cas. Sinon, tu serais morte.
Il me tendit la main. Je la saisis et il m’aida à me relever. Je craquais de partout. Je me débrouillais plutôt bien au corps à corps d’habitude. Mais face à lui, je ne faisais pas le poids.
― Bon. Tu es content ? Tu as foutu une raclée à la Traqueuse… Ça devrait épater tes amis lorsque tu raconteras l’histoire à l’occasion d’une soirée arrosée.
Il fit la moue et sourit.
― Je n’ai pas d’amis. Je suis un solitaire. Je t’ai juste donné une leçon afin que tu constates que tu peux toujours tomber sur un os. Tu dois être plus prudente.
Il ramassa ses affaires et sauta avec souplesse hors du ring.
― Tu es en état de rentrer chez toi ?
Oh, il s’inquiétait ! N’était-ce pas mignon tout plein ?
― Ouais, je ne suis pas en sucre.
J’avais mal partout physiquement. Mais la douleur la plus vive se situait au niveau de ma fierté.
― Bon, alors ciao !
Il se dirigea vers la porte.
― Hé !
Il s’arrêta sans se retourner.
― Quoi encore ?
― Qu’est-ce que nous avons en commun ? Et puis, si je me battais avec toi, tu devais me dire ton nom. Tu crois sans doute que j’ai oublié ?
Il poussa un profond soupir et ses épaules s’affaissèrent légèrement.
― On me surnomme Hunter. Et comme toi, c’est la vengeance qui me pousse. (Il marqua une pause). Je ne suis pas ton ennemi, la Traqueuse. Mais ne te mets pas en travers de mon chemin.
Il repartit. Il ne m’avait pas regardé une seule fois pour me répondre.



Dernière édition par chasseuse de la nuit le Jeu 28 Nov 2013 - 22:46, édité 1 fois
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par Zaroff le Ven 1 Nov 2013 - 7:51

Je te promets de lire tes chapitres un jour. Tu écris en direct et tu postes tes chapitres au fur et à mesure ?


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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

Message par kalcidian le Ven 1 Nov 2013 - 9:16

Ce nouveau personnage est intéressant et j’attends d'en savoir plus sur lui. ce qui est bien c'est qu'on se pose les même questions que le personnage principal.

Merci
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Re: La Marque (Léa, tome 1) - Roman bit-lit

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